Un ciel gris plane au-dessus d’une ville tranquille et vient lentement se poser sur les épaules de l’automne. Dans une ruelle on entend seulement les bruits des pas légers d’un enfant qui lentement avance, faisant rebondir sur le sol, une balle toute neuve, bleue, blanche et rouge, que vient de lui offrir sa mère en cadeau d’anniversaire. Un vent froid fait virevolter tout autour de lui, un essaim de feuilles de toutes les couleurs. Sur le côté de la grande clôture blanche, il s’assied sur la deuxième marche de béton de l’arrière-boutique du boulanger donnant sur la porte de livraison jusqu’à côté de la maison de Jeanne. Il regarde maintenant sa balle. Sur sa joue, une larme glisse et vient s’engloutir au creux d’une crevasse qui laisse s’évader un soupir. Il pense à demain, la rentrée des classes lui fait un peu peur, sa mère lui a expliqué qu’elle l’accompagnerait pour son premier jour de classe, elle lui a raconté quelque chose de compliqué sur le même professeur que l’an passé et de nouveaux amis, une histoire qu’il n’a pas très bien comprise. Il regarde en silence les vêtements de Maryse danser au son du vent sur la corde à linge de l’autre coté de la ruelle, des vêtements qu’il n’a vus qu’à de très rares moments surprenants Élise, sa demie sœur, se changeant dans sa chambre, mais Maryse est gentille, elle n’a jamais donné de gifle derrière la tête d’Étienne, elle lui a même déjà offert une glace un jour où il s’était arrêté brusquement pour regarder Maryse, étendue en maillot au soleil. Une autre goutte glisse maintenant sur la joue d’Étienne, mais cette fois, c’est un énorme ciel gris qui lui envoie cette pluie, il devra rentrer à la maison. Le temps à peine de se lever que bien fort la pluie s’est mise à tomber, Étienne préfère se cacher sous le balcon de Jeanne, voisine du boulanger et grand-mère de tous les enfants du quartier. De l’autre côté, il voit Maryse qui sort à toute vitesse pour enlever les vêtements qui finissaient à peine de sécher. D’où il est il observe, elle semble ne porter qu’un long t-shirt, sa peau semble si blanche, elle est si belle et disparaît en quelques minutes comme si elle n’avait jamais existé. Étienne laisse allez un long soupir et tête basse il entreprend le court chemin le menant à la maison.
Sous chacun de ses pas explosent les flaques d’eau que la pluie en peu de temps a formées laissant retomber à chaque explosion un éclat de rire toujours aussi grand. Soudain, il s’arrête devant sa maison, il la regarde et tout semble paisible maintenant. Il avance lentement vers la porte de jardin, s’immobilise pour observer dans l’eau une marelle décolorée, les couleurs semblent se suivre, se mélanger, formant de longues traînés semblables à celles qu’il aperçoit souvent sur les joues de sa maman. Puis sursaut, “Étienne!!!!”, provient de la fenêtre de la cuisine comme l’éclatement du tonnerre, c’est Pierre, le nouveau copain de cœur de sa mère qui prend son rôle à cœur en criant toujours après Étienne ou après sa mère. La seule épargnée reste Élise, sa fille à lui qui a toujours ce qu’elle veut, elle n’a qu’à demander elle, son père est toujours là, Élise ci, Élise ça. Étienne se relève et court vers la maison et dès qu’il met les pieds dans la maison, il s’aperçoit qu’il n’a pas couru dans la bonne direction.