Je te cueille, l’écume aux lèvres, sans rouge à lèvres, sans l’ombre d’un doute, sans que tu te tiennes debout. Tu sais ce que tu veux, ivre de je ne sais quoi, probablement un mélange de solitude et de mauvais whisky. Toute la soirée, tu as déambulé, d’un bar du bar à l’autre, t’enfonçant doucement, comme les doigts dans ma chaire simplement pour te retenir de tomber toujours plus profond, de te retrouver encore plus seule. Sans scrupule, tu t’es heurtée à tous ces gars qui n’ont pas voulu de toi. Ce n’est pas eux qui ne t’ont pas choisi, c’est toi qui t’es convaincue qu’il en était ainsi. Repoussant les bouches, les bras, les vides qui s’offraient à toi, tu t’es retournée vers moi qui te regardais immobile. J’appréciais ta danse, chaque mouvement complété d’un regard vers moi, tu t’attachais doucement, tu me répugnais tout autant. Qui peut croire que de tenter de pêcher avec un aussi grand filet me séduirait? Tu t’enivres, tu me délivres, je ne veux plus de ce regard que tu m’as lancé quand tu es arrivé, qui s’est transformé en fauve esseulé. De pinte en pinte, je trace mon trajet fatal vers ce nid qui semble froid. Le vide pour le vide, que le vent pour un moment, petit pivot de ma vie qui me donne envie. Je dois partir, j’attends que tu te tournes à nouveau vers un autre que moi, je me faufilerai, je l’ai déjà fait. Mes yeux dans ma bière je t’ai perdu un instant, j’ai beau cherché, mais je ne te trouve pas. C’est donc le moment, je vide mon verre et me lève sur mon banc, au quart de tour je me retourne et me heurte violemment la tête contre ton regard devant moi. Allez viens… juste cette nuit…
Laisser un commentaire