Je me souviens, lorsque j’étais petit, ma mère utilisait souvent le lavabo de la salle de bain pour y faire tremper des trucs; bas, brosse, peu importe, le souvenir que j’ai est plus lié à la fin du processus. Quand le trempage était bien terminé, que les items avaient été retirés et que ma mère tirait sur la petite chaine qui tenait le bouchon du lavabo bien au fond, c’est là que la magie se produisait. Par chance, les tuyaux où j’habitais étaient toujours un peu bouchés, ce qui retardait le vidage du lavabo, ce qui accentuait l’effet qui me gardait, les deux mains bien accrochées au lavabo pour ne pas y passer, les yeux bien rivés sur le tourbillon qui aspirait tout ce que le lavabo contenait. Le mouvement qui s’entamait était plutôt lent, au commencement, puis s’accélérait à chaque tour que les débris faisaient, qui tentait de s’accrocher à chaque tour à l’espace auxquels ils n’appartenaient même pas, n’ayant pas de port d’attache, de point d’appuis, de pied à terre. Mes yeux s’accrochaient eux, à un de ses objets flottant non identifiés, effectuant les mêmes ronds que lui, créant ce lien éphémère durant cette spirale aux enfers. Mes yeux ne lâchant pas un moment, tant qu’il ne disparaissait pas dans le grand trou noir, mes mains s’accrochant avec espoir, de le sauver, de m’en sauver. Puis déception, moi toujours accroché, lui disparaissant, me donnant autre choix que d’accrocher mon regard sur une autre parcelle d’espoir, ne comprenant jamais vraiment pourquoi je m’acharnais chaque fois à obtenir le même résultat, à recommencer, encore et encore, jusqu’à ce que le tout soit vide, que déçu, mais sans plus, je parte doucement m’occuper à autre chose que font les enfants. Aujourd’hui, avec le recul, je me dis que c’était peut-être un message, ce tourbillon fait maison.
Tourbillon fait maison
17 05 2014Commentaires : Leave a Comment »
Étiquettes : Seul, Vie
Catégories : Je ne veux pas que ça s'arrête, Solitude