T’as vu comme il fait étroit ici? Je me sens tout pris, tout m’étourdit. J’ai tenté de faire de la place, mais j’ai envie de ne rien jeter. Tu te souviens, l’espèce de chanson que tout le monde connait et sur laquelle tu m’avais planté ta hache dans le dos? Et bien, je la joue encore à la guitare, simplement pour être sur que je ne l’oublie jamais, on dirait que pour la plaie, ça va, ça fini par guérir, mais la musique, je ne sais pas, ça me reste toujours dans la tête. Tu me connais, si je n’étais pas si timide, je répondrais à tout le monde par des paroles de chansons, je crois que j’en connais assez pour ne jamais manquer de voyelles. Je ne sais pas, j’ai beau remplir les sacs-poubelle, il y a toujours quelque chose qui reste, simplement pour que je me souvienne, peut-être parce que je n’ai pas envie en fait que ça se termine, peut-être que je ne suis pas capable de fermer la porte, fermer mes yeux complètement, en anglais, ils appellent ça « Grief » en français, ce n’est rien que je peux expliquer, c’est latent, c’est là, c’est douloureux, mais pas de la douleur, Google ne connait rien à la traduction des sentiments, j’ai essayé. Si Ricardo faisait des recettes de sentiments, il saurait lui comment l’expliquer c’est quoi « grief »… Tu sais, quelque chose du genre, 1 tasse de nostalgie, 1/2 tasse de mélancolie, 1/2 tasse d’amertume, 1/3 de tasse de malchance, 1 c. à table de pitié, 1 c. à thé de destin, 1 c. à thé d’apitoiement, une pincée de larmes, tu mets ça dans un grand verre, d’avale d’un trait et ça passe toujours de travers avec le temps. Lui il connait ça les recettes. Moi j’ai toujours les ingrédients sous la main, j’ai les ingrédients pour toutes les recettes et j’ai beaucoup trop d’ingrédients, c’est comme ça chez nous, on est inquiet de père/mère en fils/filles… on remplit de tout pour être sur qu’on ne manque de rien… mais la foutue recette… elle est où? C’est toujours la même chose, on finit par jeter parce qu’on n’a rien fait avec ce qu’on avait, on finit par ne même pas profiter de ce qu’on a. Je suis là à jeter dans un grand sac ce qui marche pu au lieu de regarder ce qu’il reste dans les armoires ce que je pourrais bien utiliser pour justement ne pas perdre. Des fois, j’ai envie de fermer les yeux, tout jeter, pis racheter en neuf, le problème là-dedans, c’est qu’on fini par acheter des affaires qu’on avait déjà. Elle est où cette foutue recette?
Un texte digne d’un paysage interieur ayant vue sur les Carpates Orientales.
J’aime les mesures.