Le camion

28 07 2014

C’est pas possible, dans ma vie, je me suis retrouvé tellement de fois dans cette situation, pourquoi maintenant, j’apprends encore pas. Je me souviens, dans le camion, ma cousine regardait cette bosse formée sous mon pantalon, deux ans plus vieille, elle était curieuse comme mille. Elle voulait ce qui se cachait sous mon pantalon, déjà a cette époque, un rien m’allumait. C’était moi, c’était mon espace, mon corps que je ne voulais pas partager avec elle. Pas que c’était mal ou quoi, simplement que j’étais terriblement gêné. Elle finit par me dire, tu montres ton truc, je te montre le mien, promis!

C’était la première fois que je me sentis aussi humilié, je crois, c’était la honte, m’être fait avoir de la sorte, un débutant, quoique c’est bien ce que j’étais un débutant. Un marchandage impossible, pour me retrouver avec mon insatisfaction de pas avoir vu son truc à elle. Elle riait, se foutait de ma gueule, son frère de mon âge qui était assis à côté aussi.

Maintenant, sa main sur ma cuisse, il s’était passé plus de trente ans, trente années où le temps à passer, où il a fait de nous les adultes que nous sommes. On venait de reparler de l’événement du camion, on était sur mon divan, il était tard et le vin avait eu raison de nous. Bob Dylan chantonnait derrière nous, guitare à la main, il nous disait simplement « Nobody feels any pain » et elle me regardait. Sa proposition était claire, aussi claire qu’à l’époque du camion, un camion qui avait eu du millage, un camion tout rouillé qui ne tenait plus la route, trente ans, c’est vieux pour un camion. Aujourd’hui, elle était femme, j’étais un homme, on dirait que rien n’avait changé dans son regard curieux, désireux de connaitre encore et toujours ce qu’il ne connait pas. Une vieille promesse qu’elle n’avait par contre pas tenue. J’avais peut-être l’occasion de me rattraper, c’était encore elle qui m’en devait une. J’approchai ma tête d’elle, frôlant sa joue, me causant à moi même un frisson, d’un mélange de chaleur, d’envie de cette situation, d’alcool pris en abondance. Je lui dis doucement à l’oreille « Fais-le avant et promis je le fais après! », en reculant, j’ai frôlé ses lèvres des miennes. Je sentais l’envie monter, ses yeux me dévoraient. Elle attacha ses cheveux, déplia sa jambe sous sa cuisse, puis se pencha, doucement je sentis cette aspiration croissante, puis plus rien, sinon que des petites particules blanches qui trainaient sur la table. Elle me tendit le billet enroulé, je lui répondis « non merci ».

 

Défi du jour : Fais le avant et promis je le fais après!





Je pouvais juste penser à partir

28 07 2014

Comment je peux transpirer autant sans rien faire? Je suis assis là depuis un moment, le coeur me pompant à vouloir me sortir du corps, c’est comme quand je fais mes crises d’angoisse en fait, c’est pareil, mais au moins là j’ai une raison. Je ne comprends pas qu’avec le temps ça ne passe pas, ça ne change pas, c’est toujours la même intensité, inspiré, expiré, inspiré, expiré. C’est probablement aussi le seul moment que ma tête ne pense pas à autre chose, le seul moment où je ne suis pas lunatique, trouble d’attention. Tout ce que je pense en moment se déforme. Attention aux troubles pauvre lunatique, tu n’auras même pas le temps d’expirer qu’encore une fois tu seras inspiré. La défaite, comment puis-je encore l’avoir en tête, comme quoi, après toutes ses années, je n’ai pas compris. Adversaire, partenaire, je ne sais même pas qui je suis, mais je sais que je sus. De l’eau, j’ai besoin d’eau, j’ai l’impression de me vider sur place, on va me retrouver sec et seul ici. C’est pourtant simple, je regarde les mouvements, je fais abstraction des mots, j’esquive l’attaque en gardant l’oeil toujours dans celui de l’autre. Il me semble que c’est simple, mais ça n’a pas marché, chaque fois. C’est peut-être ce fait de m’adapter trop rapidement à l’autre, je deviens l’autre, il finit donc par se reconnaitre, certaine personne se connaisse bien, connaisse bien leurs faiblesses qui deviennent les miennes. J’ai réussi, quelquefois, mais c’était rapide et c’était même dans la majorité des cas même pas un échange intéressant, les plus beaux, je les ai perdus. Encore de l’eau, je vous dis, je vais mourir ici, c’est ridicule. C’est clair que je suis intimidé, c’est clair que je n’ai pas encore décidé comment j’allais commencé le tout, mais j’ai plus le choix, le temps passe, je regarde ma montre, je regarde la porte qui s’ouvre dans ce restaurant, la voilà, tout peut commencer maintenant.

 

Défi du jour de retard : Comme avant un combat