Aujourd’hui

31 07 2014

Enfin, aujourd’hui le jour de paye, je vais pouvoir m’acheter à manger à la fin de la journée. Manger… ça fait tellement longtemps on dirait. Je fais tellement pas attention à mon cash, maudit cash sale, je le brûlerais si je pouvais. En fait je le brûle un peu, au dépanneur du coin, avant mon café, pour mon paquet de cigarettes, mon seul plaisir. Du café j’en ai toujours, de l’instantanée, du filtre, peu importe ce que je trouve derrière le Tim Horton à coté. Des fois, quand je suis chanceuse, j’ai même un truc pas trop dégueulasse à manger, mais c’est rare, on dirait qu’ils font exprès pour tout scrapper. On dirait qu’il s’en câlisse du monde qui ont faim en passant derrière leur restaurant de vieux. Aujourd’hui, c’est le jour de paye, je vais pouvoir me gâter, m’acheter un fix, allez triper avec mes chums de filles, après mon shift, si je suis pas trop maganée. Des fois je suis trop brûlée pour bouger après travailler, j’aime mieux allée m’enfermer, toute seule chez nous, comme hier, pis le jour d’avant aussi. Aujourd’hui c’est différent, du cash, du beau cash qui pue le riche, qui pue celui qui se prend pour un riche aussi, qui pue l’eau de javelle, qui pue le petit précoce à maman, le petit gars à papa qui serait pire que moi si sa famille était pas là. Des fois je me demande si c’est parce que ma famille était là que je suis ici aujourd’hui. De l’argent, le genre d’affaire qui manque toujours quand t’en as besoin, t’en as toujours besoin, t’en as jamais assez. C’est pas comme les claques que j’ai reçues, que je reçois encore, sans que je comprenne jamais pourquoi, en m’en foutant un peu dans le fond maintenant. L’important, c’est le cash, à la fin de la soirée, me montrer le cul pour me faire gâter dans une boîte qui sent les faux riches qui la visite, les hommes qui me veulent, ceux qui pense que je fais tout pour le cash. J’ai mes limites, j’ai mes peurs pis mes moments où je les trouve tous dégoutants, où je pense qu’un de ces hommes-là est en train de passer sa paye, pour ma paye, est en train de mettre dans ma culotte, le repas de la semaine d’une p’tite fille, qui deviendra probablement comme moi, grâce elle aussi à son père quoi boit. Aujourd’hui c’est le jour de paye, comme tous les jours de l’ostie de semaine.

 

Défi du jour: Jour de paye





La recette

31 07 2014

Jeffrey est assis à son bureau. Dans le corridor, c’est la folie, toute la gestion du centre est en panique, tout le monde s’active, mais pas lui. Son patron a été clair auprès des autorités canadiennes, ne pas perdre son temps avec Jeffrey. La GRC à tout de même fait son examen de routine à son bureau, il les regardait avec le sourire, d’un calme imperturbable, deux où trois questions, l’enquêteur à vite plier bagage et compris qu’il n’avait rien à faire ici. Jeffrey est seul à son bureau, c’est peut-être d’ailleurs le seul bureau qui n’est pas de la gestion où on trouve un chercheur seul. Il a toujours été chercheur, il a toujours été seul. Ses recherches, personne ne s’en intéresse, ses collègues se moquent un peu de lui, chercheur sur les cancers, sur l’ADN humain, le clonage, en fait des trucs qui n’intéressent pas Jeffrey de toute façon. Ce dernier est assis à son bureau, depuis quelques jours il a terminé son travail, il avait besoin d’un peu de temps, d’un peu d’espace pour lui. Maitenant, il savoure doucement sa victoire. Sur son bureau, de grands schémas, des mots dans tous les sens, des mots et des flèches, comme sur son tableau noir. Jeffrey n’utilise pas l’informatique pour faire ses recherches et c’est maintenant lui qui se fout de la gueule de ses collègues. Il est assis dans son bureau parce que son grand-père l’a fait rentrer là, parce qu’il en continue les recherches, parce que son grand-père a mis beaucoup d’argent dans le centre de recherche, parce que cette condition était qu’on emploie son petit fils pour continuer ses recherches. Il y a deux semaines, Jeffrey a trouvé enfin la réponse à tout. À trente-cinq ans enfin, seulement dix ans après avoir commencé les recherches, seulement 5 après la mort de son grand-père. Dans ses habitudes, il termine sa journée au petit café près de chez lui pour s’instruire des nouveautés culturelles avec un bon café. Il y a deux semaines, il a mis ses lectures de côté, même si la pièce semblait vraiment intéressante, il aurait le temps d’y revenir. Il n’y est jamais retourné. Une petite femme magnifique se tenant devant lui, il ne pouvait pas continuer à lire. Une peau de porcelaine, les cheveux charbon, comme dans ses rêves. Il comprit à cet instant ce qu’étais le coup de foudre, l’élément qui manquait à ses recherches sur l’amour. Il allait enfin pouvoir terminer ce que son grand-père avait commencé plus de cinquante ans avant, à la mort de sa femme. Depuis deux semaines, il finalise les derniers paramètres qui gère cette recette d’amour, comment le provoquer, le prolonger, le faire durée. Il est capable de faire cela, tout en maintenant sa nouvelle relation avec Ming, l’amour de sa vie, celle à qui il pourrait tout donné. Il sait aussi que la recette qu’il vient de terminer est dangereuse pour l’humanité, il est fier et un peu paranoïaque par rapport à ses collègues maintenant, qui a vu sa nouvelle copine quand il l’a fait visiter où il travaillait. Il est prêt à tout pour Ming, son moindre caprice lui est accordé, les yeux fermés, au nom de l’amour. Elle est si bonne pour lui, même cette fois où il attrapa cette vilaine grippe qui le cloua au lit, en pleine rédaction de ses découvertes. Ming lui proposa gentiment d’aller chercher ses papiers à son travail le matin très tôt, elle voulait qu’il termine, il lui donnait tous les accès pour qu’elle puisse y aller, elle connaissait maintenant l’endroit. Il l’aime et lui fait confiance. Il sait que ce n’est pas ses recherches que les Chinois ont dérobées.

Défi du jour: Ce que les chinois ont dérobé du centre de recherche canadien