Enfin, aujourd’hui le jour de paye, je vais pouvoir m’acheter à manger à la fin de la journée. Manger… ça fait tellement longtemps on dirait. Je fais tellement pas attention à mon cash, maudit cash sale, je le brûlerais si je pouvais. En fait je le brûle un peu, au dépanneur du coin, avant mon café, pour mon paquet de cigarettes, mon seul plaisir. Du café j’en ai toujours, de l’instantanée, du filtre, peu importe ce que je trouve derrière le Tim Horton à coté. Des fois, quand je suis chanceuse, j’ai même un truc pas trop dégueulasse à manger, mais c’est rare, on dirait qu’ils font exprès pour tout scrapper. On dirait qu’il s’en câlisse du monde qui ont faim en passant derrière leur restaurant de vieux. Aujourd’hui, c’est le jour de paye, je vais pouvoir me gâter, m’acheter un fix, allez triper avec mes chums de filles, après mon shift, si je suis pas trop maganée. Des fois je suis trop brûlée pour bouger après travailler, j’aime mieux allée m’enfermer, toute seule chez nous, comme hier, pis le jour d’avant aussi. Aujourd’hui c’est différent, du cash, du beau cash qui pue le riche, qui pue celui qui se prend pour un riche aussi, qui pue l’eau de javelle, qui pue le petit précoce à maman, le petit gars à papa qui serait pire que moi si sa famille était pas là. Des fois je me demande si c’est parce que ma famille était là que je suis ici aujourd’hui. De l’argent, le genre d’affaire qui manque toujours quand t’en as besoin, t’en as toujours besoin, t’en as jamais assez. C’est pas comme les claques que j’ai reçues, que je reçois encore, sans que je comprenne jamais pourquoi, en m’en foutant un peu dans le fond maintenant. L’important, c’est le cash, à la fin de la soirée, me montrer le cul pour me faire gâter dans une boîte qui sent les faux riches qui la visite, les hommes qui me veulent, ceux qui pense que je fais tout pour le cash. J’ai mes limites, j’ai mes peurs pis mes moments où je les trouve tous dégoutants, où je pense qu’un de ces hommes-là est en train de passer sa paye, pour ma paye, est en train de mettre dans ma culotte, le repas de la semaine d’une p’tite fille, qui deviendra probablement comme moi, grâce elle aussi à son père quoi boit. Aujourd’hui c’est le jour de paye, comme tous les jours de l’ostie de semaine.
Défi du jour: Jour de paye
[…] que les chinois ont dérobé du centre de recherche canadien Lui Elle 2014-07-31: Jour de paye Lui Elle 2014-08-01: Texte d’au moins 400 mots. Toutes les phrases commencent par: J’ai toujours […]