Silence…

22 07 2014

C’était le matin, je me suis réveillé, non pas par l’odeur du café, mais parce que tu faisais du bruit. Tu fais toujours tellement de bruit, même quand tu n’es pas là, ça résonne encore dans ma tête. Ce matin, en plus, tu ne me regardes pas, tu ne me regardes jamais. Ce matin, je ne te touche pas, comme ces derniers matins, ces matins où tu me fais la gueule, sans que je ne sache pourquoi. Je sais pas depuis quand ça a commencé en fait, je sais pas si c’est ce que j’ai fait, ce que j’ai dit, tu ne m’en parles pas. Le sais-tu que c’est enrageant de pas se faire regarder droit dans les yeux pour simplement se faire dire ces quatre vérités, peu importe leur portées? Moi je te le dis! En fait pas ce matin, je ne me peigne même pas, je claque la porte, qu’Est-ce que t’en a à faire de toute façon. Je descends sur la rue, je marche un peu, un peu trop rapidement peut-être. Les voitures klaxonnent, c’est comme ça le centre ville, c’est un peu comme dans ma tête, comme dans mon appartement, toujours trop de bruit, jamais assez de silence, c’est jamais assez comme la nuit. Toi on sait bien, madame calme inébranlable. Je m’allume une cigarette, ça va me calmer, dehors tu ne me feras pas de signe que ça sent mauvais. Je me calme un peu, je sais pas quelle mouche m’a piqué, probablement je suis tombé dans un nid de mouche, parce que ça fait déjà treize matins que je me lève ainsi. Pourquoi je sais que c’est treize? Parce qu’on c’est rencontré le 8 et que c’était mon anniversaire. Tout à changer si vite. Je sais tu m’as prévenu, mais tu ne me le dira pas ça non plus. Je ne sais pas si c’est la solitude, la solitude durant un anniversaire, c’est assez pathétique, triste, loser comme dirait certain. Moi un jour je l’ai souhaité, simplement pour faire différent, simplement pour voir ce que cela faisait, d’être oublié par tous, la journée de notre naissance. Je sais que tu ne le sauras jamais non plus, je ne te l’ai jamais dit, le moment aurait été mal choisi, ou simplement par honte. Je ne sais pas si j’ai juste profité de la situation, que tu étais là, et quand je dis là, c’est vraiment le cas, car je me retrouve encore sur ce coin, ce même coin que j’emprunte chaque matin. Tu es venue à mes cotés, splendide, radieuse, les lunettes fumées sur le bout du nez. Il ne faisait même pas si soleil de ce que je me rappelle, mais tu étais là. T’es venue hanter mon café, mon petit espace à moi, tu as même pris ma table sans t’en apercevoir, pour y commander la même chose. J’ai pris un moment, une respiration, j’ai tenté de calmer ma respiration, te regardant, d’un peu plus loin. Je ne sais pas si ce qui m’emportait était le fait que je te trouvais magnifique dans mon univers, ou si c’était simplement le fait que mon territoire était occupé et je me sentais violer. J’ai dit très peu de mots, j’ai fait quelques gestes, dans cette main que tu m’avais tendue, encore une fois. Cette main que tu m’avais tendue, quand doucement j’ai touché ton coude sur le coin de cette même rue, ta canne blanche à la main, tu m’as signalé que tu étais sans mot. Aujourd’hui, tu es toujours dans mon espace, encore, celui que j’ai quitté, c’est de ma faute, je n’aurais jamais dû traverser cette rue en t’aidant.

 

Défi du Jour: Je n’aurais jamais dû traverser cette rue!





Si j’avais cru…

21 07 2014

J’ai suivi tes traces de mains dans la neige. J’imagine que tu ne t’habitues pas encore au fait que tu n’as plus de jambe. Hier, je regardais les photos du temps où tout était encore là, tu sais de quoi je parle. Le temps passe si vite. J’imagine que je ne te rejoindrai jamais, qu’il y a longtemps que tu es parti. Tu m’avais dit, souviens-toi, « Si un jour, plus rien ne marche dans ma vie, je la quitterai! » À cette époque, je ne me souviens plus pourquoi, je croyais que tu parlais de ton couple, de ton boulot, de ta vie en général, pas le fait que tu ne marcherais plus. J’ai quand même pris mes jambes à mon coup, désolé du jeu de mots, mais j’ai tenté de te retrouver, puis à un certain moment, les pas ont disparus, comme si là, sur le bord du lac pas encore tout à fait gelé, tu t’étais envolé, comme volatilisé, probablement qu’en ange tu t’es transformé. Tu croyais tellement à Dieu, à cet être grandiose, tu tentais de me convaincre même si tu savais que je ne voulais rien savoir, mais là, je dois avouer que j’ai un doute, devant le fait accompli, devant ce miracle… J’imagine que c’est plus facile de s’envoler avec un poids en moins. Où es-tu allé? Pour moi c’est un peu difficile de te suivre, tu comprendras, je n’ai comme pas les mêmes connaissances que toi, peut-être que j’aurais dû finalement. Il parait qu’il n’est jamais trop tard! Je sais, tu disais le contraire quand t’as eu l’accident et que dans ta voiture, tu savais que tu aurais pu t’arrêter avant, en fait t’aurais du t’arrêter avant, je ne sais pas si c’est la vitesse ou l’alcool qui ont fait en sorte que tu pensais plus lentement, quoi que tu te rappelles, les gens disaient toujours que t’étais pas vite vite, t’as encore voulu prouver le contraire. Je voulais juste te rejoindre, j’aurais aimé te dire que j’étais là pour toi, pour t’aider, même si je ne me suis pas trop occupé de toi, tu sais, j’étais vraiment occupé avec ma blonde, je sais que je donne plus de nouvelles bien bien, mais quand t’as raccroché et que tu m’as dit que tu m’aimais bien, je me suis dit qu’il y avait quelque chose d’étrange, que ce n’était pas dans tes habitudes de m’appeler pour me dire juste ça, surtout qu’on ne c’était pas reparler, le soir où tu es parti de chez moi, le soir de l’accident, après que Geneviève t’ait quitté pour Bob. Tu me l’avais dit pourtant que ce n’était pas une bonne idée que les deux aillent dans le sud ensemble, parce que toi tu ne pouvais pas parce que t’avais pas d’argent et que j’ai suggéré Bob à ta blonde qui ne voulait pas partir toute seule. Tsé, Bob, c’est un bon gars, tout le monde l’aime, il a de bonnes valeurs , il a une bonne job, il est célibataire depuis toujours, donc il n’a jamais trompé aucune de ses blondes. Je ne pensais pas que ta copine l’aimerait, c’est mon erreur, tu ne pouvais pas m’en vouloir pour ça, tu ne pouvais pas me mettre tes jambes sur le dos, tu sais que ce n’est pas moi qui ai bu et qui ai conduit après, tu sais bien que je ne bois pas! En tout cas, c’est pour ça je suis parti à ta recherche je vais retourner bredouille à la maison, en fin presque bredouille, j’ai trouvé ta casquette qui flottait sur l’eau.





Grief

21 07 2014

T’as vu comme il fait étroit ici? Je me sens tout pris, tout m’étourdit. J’ai tenté de faire de la place, mais j’ai envie de ne rien jeter. Tu te souviens, l’espèce de chanson que tout le monde connait et sur laquelle tu m’avais planté ta hache dans le dos? Et bien, je la joue encore à la guitare, simplement pour être sur que je ne l’oublie jamais, on dirait que pour la plaie, ça va, ça fini par guérir, mais la musique, je ne sais pas, ça me reste toujours dans la tête. Tu me connais, si je n’étais pas si timide, je répondrais à tout le monde par des paroles de chansons, je crois que j’en connais assez pour ne jamais manquer de voyelles. Je ne sais pas, j’ai beau remplir les sacs-poubelle, il y a toujours quelque chose qui reste, simplement pour que je me souvienne, peut-être parce que je n’ai pas envie en fait que ça se termine, peut-être que je ne suis pas capable de fermer la porte, fermer mes yeux complètement, en anglais, ils appellent ça « Grief » en français, ce n’est rien que je peux expliquer, c’est latent, c’est là, c’est douloureux, mais pas de la douleur, Google ne connait rien à la traduction des sentiments, j’ai essayé. Si Ricardo faisait des recettes de sentiments, il saurait lui comment l’expliquer c’est quoi « grief »… Tu sais, quelque chose du genre, 1 tasse de nostalgie, 1/2 tasse de mélancolie, 1/2 tasse d’amertume, 1/3 de tasse de malchance, 1 c. à table de pitié, 1 c. à thé de destin, 1 c. à thé d’apitoiement, une pincée de larmes, tu mets ça dans un grand verre, d’avale d’un trait et ça passe toujours de travers avec le temps. Lui il connait ça les recettes. Moi j’ai toujours les ingrédients sous la main, j’ai les ingrédients pour toutes les recettes et j’ai beaucoup trop d’ingrédients, c’est comme ça chez nous, on est inquiet de père/mère en fils/filles… on remplit de tout pour être sur qu’on ne manque de rien… mais la foutue recette… elle est où? C’est toujours la même chose, on finit par jeter parce qu’on n’a rien fait avec ce qu’on avait, on finit par ne même pas profiter de ce qu’on a. Je suis là à jeter dans un grand sac ce qui marche pu au lieu de regarder ce qu’il reste dans les armoires ce que je pourrais bien utiliser pour justement ne pas perdre. Des fois, j’ai envie de fermer les yeux, tout jeter, pis racheter en neuf, le problème là-dedans, c’est qu’on fini par acheter des affaires qu’on avait déjà. Elle est où cette foutue recette?





E

21 07 2014

Encore, l’espoir éternel, étoiles étirant l’entière effusion d’émotions enflammées. Essuie l’essence échappée. Étends l’enfant en toi, emmagasinant l’essentiel de l’être extraordinaire. Étiqueté excessif dans cet établissement endormi je m’émerveille. Expérimenter l’esprit, estimer l’explorateur érudit, envier ton esprit. Équilibrer l’empreinte de ton être en moi, esquiver l’érection éphémère et t’enlacer encore. T’embrasser, m’émerveiller, encore l’élue exceptionnelle, émouvante. J’entretiens l’essence enflammée espérant qu’elle est éternelle. Exaltation exquise par l’expérience exténuante de l’exercice exotique entretenue encore… et encore. Nous échouons ensemble, enlacer et épuiser. En enfermant en enclos l’essentiel de l’exploit, j’exécute, excité, l’exploration de l’entrejambe encore engourdi par l’engouffrement de l’engin enflé. Excessif sans excuse, je n’exagère en rien. L’étincelle étourdie de l’étrange être dont j’escalade l’espace. Soit mon esclave, entre, enroule cette étoffe, je serai, l’époux épicurien, n’esquive en rien mon épée que j’enfouit, encore et encore en ton être excité. À l’entracte, tu ne voudras que m’engloutir, d’ennemi embrouillé je deviendrai cet ermite énigmatique, émouvant, envieux, explorateur et épris. Épargne enfin l’être que je suis, étire cet entretien, embrasse-moi éternellement.





J’ai envie de le rêver

21 07 2014

Le soleil se levait doucement sur une journée magnifique, mes yeux remplis d’eau comme le lac qui me faisait face, un café bien chaud à la main, je te voyais avec moi, là, les pieds dans l’eau, ta tête sur mon épaule. Le vent ne soufflait même pas cette idée qui me traversait la tête, parce que j’étais simplement bien, parce que le miroir qui ondulait doucement quand mes pieds se balançaient, appelait simplement à la tranquillité. Tous ces mots dit par tous, tous ces silences dit par toi, je m’ennuie que d’un, pas de l’autre. Le temps c’est arrêté, simplement un instant, un nuage trahissant son immobilité sur l’eau et de l’autre coté, la lune croissante qui retourne à son lit. J’aime le calme, j’ai le coeur rempli de ça, de toi, de souvenirs, de chose que je n’ai pas envie de voir passer, se passer de moi doucement comme si de rien n’était. Combien de fois puis-je recommencer sans effort de t’aimer? Combien de fois, puis-je risquer cette douleur qui me scie le coeur, simplement parce que je suis parti, laissant un peu de moi, un peu de ce que je suis, dans un temps donné. Je rêve de ça, de matin frais, de ta main chaude sur la mienne, de cette lumière qui ne fait pas réelle, simplement parce que c’est toi qu’elle illumine à mes côtés. J’ai envie de ces soirs d’été, où le rouge feu fait flamboyer tes yeux, ton visage, ton être qui danse au son de musique qui ne dérange personne dans la nuit. J’ai envie de le rêver, par ce que sait que ça existe, que tu existes encore.





Eau trouble

6 07 2014

Je me suis oublié, il y a quelques jours, pour ne pas penser à toi. Ça m’arrive parfois, quand je vais moins bien que la veille. C’est comme si ça se remplie, comme un vase, un moment, j’ai un creux, je me remplis de tristesse, un grand vase de tristesse, je pense plus à moi, je me lance une grenade en pleine gueule. Je ne sais jamais pourquoi exactement je fais ça. Quand je me relève, je suis mal amoché, j’ai oublié une partie de moi, j’ai détruit une partie de ce que je suis, rien n’est différent, rien n’est réglé. Sinon, j’ai mal à ce vide revenu, je le remplis à nouveau de tristesse, jusqu’à ce que je vois trouble, les yeux en larmes, mais n’entendant pas l’alarme. Je dois bien être protégé de quelconque façon, je me relève chaque fois, après chaque détonation, même si ça ne fait qu’une chose, agrandir ce trou béant, que je remplis jour après jour de sombre, de noir, de tristesse insoluble.