L’usure

5 08 2014

Je m’ouvre les yeux, doucement. J’ai cette pression sur la poitrine, chaque matin. Je dors sur le dos, depuis toujours, même si on me dit que je ronfle depuis que j’ai trente ans, je continue. Cette pression sur ma poitrine, les deux yeux noir et or, le premier miaulement à la découverte que je suis aussi éveillé, Soprano. Je caresse doucement sa tête de ma main tremblotante, il roucoule, il ronronne, il en redemande. Doucement, il se déplace, son visage est fatigué, quinze ans que l’on a passés ensemble, il n’est plus aussi gras qu’à l’époque de ses 4 ans. Probablement ma plus longue relation à deux, lui et moi, on se suit. Je déplie machinalement la couverture qui recouvrait mon ventre gras, je m’assois sur le bord du lit, comme le faisait mon père chaque matin avant de démarrer sa journée. Je déplie mon genou avec la douleur qui lui revient, sauté dans le sable, sur la plage, avoir l’air sportif, c’est le prix à payer pour avoir eu tant de fierté. La matinée est toujours un peu lente, elle me suit, comme le chat. Déjeuner sur la galerie, toilette, je m’habille avec la souplesse d’un spaghetti non cuit. J’ai ma routine. J’ai gardé les croutes de mes toasts, je ne suis de toute façon pas capable de mâcher dorénavant. J’ai tenté de partager mon bacon avec Soprano, mais il n’en veut toujours pas, quinze ans qu’il s’obstine à ne pas le manger. Peut-être veut-il simplement me le laisser. Je sors pour le parc, pendant que le chat se couche sur un sac. Je marche lentement, dans le quartier, tout le monde me connait, j’y suis depuis presque toujours, eux aussi. J’ai vu des familles se dissiper, des gens mourir, j’ai vu les enfants de ses gens se marier, j’ai vu la tristesse sur leur visage, le bonheur d’avoir leur propre enfant maintenant. Dans le parc, je m’assois sur un banc, mon chapeau noir pour me protéger du soleil, je lance aux oiseaux le reste de mon déjeuner. Je repense ici à ma vie, mes amours, je ne suis pas triste. J’ai cette nostalgie des doux moments vécus, je m’ennuie. Je repense à la famille, à ma famille, celle que je n’ai pas eu aussi. Je tente difficilement de lire mon journal, les foyers ne suffisent plus, je regarde surtout les images. J’entends des pas qui s’approche de moi, une joggeuse, magnifique brunette, un corps splendide, elle accourt vers moi. Je me souviens tout à coup de cet âge où je n’avais pas peur qu’une femme coure vers moi.

 

Défi du jour : C’est là que je me suis senti vraiment vieux/vieille


Actions

Information

Une réponse

9 08 2014
Défi du jour | ScareCrow

[…] me tente pas  Lui Elle 2014-08-05: C’est là que je me suis senti vraiment vieux/vieille  Lui Elle 2014-08-06: Viens pas te plaindre  Lui Elle 2014-08-07: Objets perdus  Lui Elle […]

Laisser un commentaire