Loin

12 08 2014

Je me suis ouvert les yeux, j’étais immobile, paralyser. Il y avait autour de moi une certaine odeur de souffre. J’étais paralysé, mais je sentais, je voyais autour de moi des choses étranges. La pièce était de forme non définie, comme une grotte. La lumière était sombre et ambrée. J’étais entubé par le nez et la bouche, c’était inconfortable, je ne pouvais pas parler. Je savais que je n’étais pas dans un hôpital standard. Rien ne m’était familier ici. Mon corps était rempli d’oxygène, c’était frais, j’avais l’impression de ne pas avoir à respirer. J’étais paralysé, mais je sentais tout, tous mes sens étaient en présent, bien trop présent. Sur une table près de moi, des instruments que je ne voyais pas tout à fait bien, d’autres tubes, d’autres outils, des lames, des pinces, pour ce que je pouvais croire en être, je liais à ce que je connaissais ces outils qui m’étaient pas familier, qui m’effrayaient de plus en plus. Seul dans cette salle, la panique commença à m’envahir. Mon coeur se mit en déroute, je ressentis une certaine sensation sur ma poitrine, une sorte de plaque y reposait, mon coeur avait repris sa cadence. Je ne pouvais même pas m’énerver en paix sur cette table qui me glaçait le dos. Je me suis mis à penser à plusieurs scénarios, on m’enlèvera mes reins, on me vendra au marché noir, en pièce, semble qu’il y a un marché pour ça. Sinon je suis vraiment à l’hôpital, mon esprit est déphasé, simplement. J’ai eu un grave accident, je dois avoir bu et conduit, ou encore pire, une autre personne a bu et conduit et m’a mis dans cet état. Ça ne fait aucun sens, mes idées sont claires, je peux bien remarqué.

Le temps passe, je suis toujours seul, seul avec mes pensées, je pense à ma mère, ma soeur, mes neveux et nièces. Je n’ai qu’eux. Mon père décédé 10 ans plutôt me manque. Sa simplicité dans la façon de voir les choses. Ma grand-mère qui m’aimait tant, vivante, souriante, chantante. Mon grand-père qui m’amenait chez Woolco, qui m’achetait un Silly Putty, qui me durait quelques heures, le temps que j’imprègne trop de journaux et qu’il devient sale et difforme. Le repense à cette solitude qui m’habite en ce moment. Je repense à toi, toi au sens large, l’amour de ma vie, que j’ai retrouvés dans plusieurs visages, que je n’ai jamais réussi a gardé, par peur, par épuisement de l’amour avec le temps. Puis je m’endors.

À mon réveil, des ombres, sur le mur et le plafond. Comme il est inconfortable de dormir en se sentant observer. J’entends deux voix, peut-être trois. Je reconnais les voix, mais c’est impossible. Je prends le temps de me réveiller comme il faut, la plaque sur ma poitrine me fait regagner rapidement une cadence cardiaque adéquate. Les voix se précisent, il y en a deux, trois ombres, mais deux voix que je reconnais du moins, que j’associe avec le passé. J’aurais envie de crier, de les interpeller, mais le tube enfoncé dans ma bouche empêche tous sons de sortir. J’enrage simplement au fait de me voir clouer là, sans pouvoir rien faire. Je ne peux même pas tourner la tête. Les ombres s’approchent de moi, comme si elles savaient que je voulais voir. J’ai vu. C’était bien eux, mon père, ma grand-mère, mais c’était impossible, ils étaient morts depuis trop d’années. Étais-je mort aussi? Une main froide se posa sur ma tête, une main dont je connaissais le poids, une main apaisante, réconfortante. Je regardai devant moi, une autre main qui s’étira dans la lumière, une lame brandie au-dessus de mon corps qui descend avec violence…

 

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