Comme dans une botte de foin

14 09 2014

Je me suis cherché, comme une aiguille dans une botte de foin, sans même me trouver. J’ai parcouru plus de mille kilomètres pour chercher dans un endroit où je ne suis pas. Je suis allé voir dans le bois, après des heures de marche, je suis revenu sur mes pas, bredouille je m’embrouille. Je me suis levé ce matin, j’ai eu envie d’autre chose, simplement parce que je ne me trouvais pas, j’ai pris mes idées au pied de la lettre et j’en ai écrit une, puis une deuxième, au bout de quelques lettres j’ai formé des mots délicieux à mon oeil, musicaux à mes oreilles, puis j’ai souri doucement. Ce matin je me suis trouvé, dans le plaisir d’écrire, quand j’ai appuyé sur Publier, ça a écrit que j’en avais 450 à mon actif, combien de mots te sont destinés? J’en suis vraiment désolé. Ce matin, j’ai eu envie de toi, différemment. Ce matin, j’avais envie de sentir la vie sur mon visage, j’ai refait le même parcours, j’étais là, partout et nulle part à la fois, une simplement envie transformée en désir d’être là, alors je suis revenu. Demain je rentre, rentre à ma base, retrouver mes bases, ma vie, mes mêmes envies. J’aurais fait plus de 1500 kilomètres pour me retrouver pareil, au même endroit, pareil, mais différent, parce que j’ai envie d’être simplement là, parce que je ne me suis jamais perdu, je me suis seulement oublié. J’ai pris ma peine, j’ai composé pour faire changement, faire autrement, transformer ma douleur en histoire d’amour, de transformer mon amour en inspiration, expiration, te transformer en muse. J’écoute une chanson des Counting Crows « Ghost Train », ça me fait pleurer un peu… mais je vais bien, on dirait qu’elle attendait avant de commencer. Je regarde l’heure et je patiente, doucement le calme en moi, j’espère déjà demain, le retour à la maison, l’envie d’être, comme une aiguille dans une botte de foin, peut être un peu perdu, mais bien là. Si jamais tu me cherches, je suis là, quelque part.





Tu vas t’y retrouver ma chérie

14 09 2014

J’ai creusé ce grand trou en pensant à toi, dans la cour, pendant que tu me regardais, il faisait noir et tu ne voyais que les reflets de la pelle dans l’éclair de lune qui surplombait la nuit. Il faisait vraiment chaud, mon t-shirt était trempé, un mélange de sueur et de pluie d’automne qui ressemblait bien à la fin de l’été des Indiens. Ce n’était pas mes larmes qui mouillaient mon t-shirt, bien que nombreuses, elles mouraient sur les coins de ma bouche, je savais parce que c’était salé. La pelle était lourde, bien plus lourde encore quand elle était vide, que je l’élevais dans les airs pour la planter toujours un peu plus creux en terre, pour finir enfoncée par mon pied. Le grand trou jamais assez grand pour toi, jamais assez grand pour moi. Tant d’énergie je dépensais pour enfin me reposer, tant d’énergie je dépensais, simplement pour oublier le passé, le présent. Tu buvais doucement une tisane, je voyais ton ombre devant les rideaux, puis tu t’évanouis doucement dans la noirceur bleuâtre du salon, projetée par la télévision. J’avais l’impression de faire un pèlerinage immobile, dissocié les images, les sensations entre ce qui s’en venait et le passé, ce que les gens appelaient l’avenir. Peut-être est-ce pour ça que tu as quitté la fenêtre, pour ne pas voir l’avenir, ce qui s’en venait pour toi et moi, ce qui nous réunirait enfin. J’en avais encore pour quelques jours, quelques jours à creuser encore, je brûlais bien rapidement mon énergie, je me fatiguais bien rapidement, surtout après des journées de travail bien chargées. J’arrêtais toujours vers minuit, histoire d’éviter les questions des voisins, on ne leur parle pas de toute façon, mais ils ont le nez long, un rien ne les fait parler de nous, parler de tout.

Trois jours déjà, je croyais en avoir terminé, mais ça avance, moins rapidement que je le pensais. J’ai fini ta partie, tu voulais vraiment ne pas avoir la partie la plus profonde, moi j’y tenais, on a fait un compromis, en fait, tu m’as sauvé un peu de travail. C’est vraiment plus grand que je pensais, c’est vraiment très humide. C’était aussi une bonne idée, de ne pas taillader les haies, ça couvre mon travail, notre futur lieu de détente, paisible enfin. J’aurais vraiment pu donné le travail a n’importe qui, mais tu sais, depuis qu’il est mort, j’ai besoin de penser à autre chose, toi aussi, probablement pour ça que tu passes clairement tes journées devant la télé, la regardes-tu vraiment? Clairement que l’assurance qu’on a reçue aurait pu couvrir tout ça, mais c’était insupportable, de ne rien faire, de rester là, loin de toi sur le divan, les yeux toujours un peu dans le vide, comme ce trou qui ne fait que grandir, comme l’espace qui nous sépare, bientôt réduit, j’y crois.

J’ai les mains bien pleines d’ampoule, une semaine de pelle, terminer enfin. Je sais, ça aurait été bien plus rapide avec une pelle mécanique, j’aurais même pu m’amuser à la faire. Je sais qu’au cimetière ça doit n’avoir pris que deux ou trois coups de pelle pour faire le trou de la petite. Ça fera un an déjà dans quelques jours, six pour être précis, je devrais avoir terminé pour nous d’ici là, ne restant de la finition. Tu ne viens même plus me voir à la fenêtre, tu ne viens même plus me rejoindre dans le lit, tu restes à des milles de moi, jusqu’à ce que la mort nous sépare, je croyais qu’on parlait de la notre, pas celle d’une autre personne, de notre enfant. La bute de terre qui est juste a coté, je ne sais pas ce que je vais en faire, je n’en ai rien à faire vraiment, le dernier de mes soucis pour le moment, je veux en terminer avec la date de son anniversaire.

Il a vraiment fallu que je t’y prenne de force, il approchait minuit quand j’ai vraiment tout terminé, le minuit qui nous faisait tant peur. Tu sentais l’humidité, la sueur collée à ta peau, combien de jours sans que tu aies pris une douche? Peu importait, je t’ai enlevé ta si confortable robe de chambre qui te faisait office de seul vêtement depuis des semaines. Tu es belle malgré l’odeur, toujours comme le premier jour. Tu ne voulais plus y aller, tu disais que c’était ridicule, que j’avais tout fait ça pour rien, de te laisser tranquille. Je ne t’écoutais pas, j’étais fatigué de cette distance, je voulais te retrouver, je voulais t’avoir près de moi, jusqu’à ce que la mort nous sépare, nous n’étions pas morts, un peu de nous oui, une partie de nous avait disparu subitement, une nuit où tout était si beau, c’était l’été des Indiens, je crois, on rêvait de demain sur la terrasse, on rêvait de voyage, de vent de mer, de s’embrasser en ne comptant plus le temps, tu te souviens comme quand on était adolescent. On avait un demain ensemble il me semble. On avait hâte de savoir s’il allait dire papa, ou maman, rêver de sa première journée d’école, son premier amour, son départ de la maison, que tu ne voulais pas trop tôt, on allait trop vite, tu nous voyais vieux, tu nous voyais heureux, avec une piscine dans la cour, vieillir comme des sachets de thé dans cette eau chauffée.

Je l’ai creusé notre piscine, notre nid d’amour, notre sanctuaire, notre endroit pour nous retrouver enfin. Ne t’inquiète pas l’eau est bien confortable et a cette heure pas vraiment besoin de nos maillots. Quand ta peau a touché l’eau, t’as eu un sanglot instantané, je t’ai déposé doucement dans l’eau, dans la marche qui menait à la partie pas creuse de la piscine, tu m’as regardé, comme pour la première fois depuis un an, réalisant que j’étais encore bien vivant. Ému je me suis mis à pleurer aussi, je t’ai prise et serrée dans mes bras, tu m’as serré si fort, je sentais tes larmes sur ma joue. Tes lèvres se sont mises à m’embrasser le cou, comme si tu avais soudainement faim de moi, comme pour signaler un peu la fin de tout ça, comme si l’envie de continuer de vivre te parcourait le corps. Tu m’embrassais maintenant avec rigueur, comme si tout venait de changer, comme si de rage tu te lançais sur moi, prenant mon membre déjà bien prêt à te retrouver, pour le glisser en toi. Tu étais animale, tu n’avais jamais été de la sorte, comme si l’eau t’avait réveillé en un instant. J’étais heureux d’être là, lorsque tout stoppa, brusquement. Tu glissas doucement dans mon oreille en t’agrippant très fort à moi de me retourner doucement. Ce que je fis, te gardant collé à moi. Je fis graduellement le monticule, la haie qui n’avait pas tenu sous le poids de la terre, les voisins qui tenais à leur main un verre, nous regardant fixement, comme deux jeunes amants, éclairée par la pleine lune de septembre.

 

Défi du jour : C’est là que j’ai remarqué que mes voisins voyaient tout





Ainsi soit-il

14 09 2014

Je ne sais pas pourquoi je me suis retrouvé là, ça faisait vraiment longtemps que je n’y avais pas mis les pieds, peut-être que j’avais froid, peut-être que j’avais simplement un manque d’inspiration et je savais plus où aller la trouver. La dernière fois j’étais là, j’étais seulement perdu, perdu dans Montréal, se perdre de l’intérieur, j’avais besoin d’un espace tranquille et je sais que très peu de gens fréquente cet endroit maintenant, alors je savais que j’allais avoir la paix, c’est un peu l’endroit où on la trouve d’ailleurs, certain y repose même. Le dimanche par contre, c’est un peu plus achalandé, en matinée, mais bon, j’avais besoin de sermon, d’entendre où de me souvenir ce qui me déplaisait dans cette institution, parce que les fondements logiques et basés sur des valeurs fondamentales sont correctes, comme la majorité des religions qui existent en fait, mais j’ai toujours été pour l’équité et je m’intéresse de la même façon à toutes ces religions. Je suis rentré en même temps que plusieurs personnes, en même temps que toi. Je me suis avancé, en milieu d’allée, celle où on peut être invisible, on ne connait pas toutes les paroles, les gens autour marmonnent pour nous, on peut rester assis tranquille, contempler l’architecture qui nous entoure. C’est dans les églises que je trouve les plus belles réalisation, des choses qu’on ne crée plus aujourd’hui, parce qu’on se concentre sur le carré, le rond, le moderne. Je suis donc là, à regarder les gens autour, à ne pas écouter le prêtre qui commence sa cérémonie. Toi tu t’es assise dans les dernières rangées, celle où les retardataires s’assoient, les itinérants, les gens qui viennent simplement se reposer, se réchauffer, voir. Tu es seule dans les dernières rangées, tu me regardes te regarder. Je retourne timidement la tête et continue mon parcours d’observation, à la gloire de dieu, tout puissant, Amen. Je sais maintenant ce qui me déplait, j’ai l’impression d’être dans une séance de lavage de cerveau, où la place à la liberté de penser n’existe pas, un peu comme la politique quoi, deux domaines où si on pense un peu différemment, on est excommunié, on est bani, on est regardé de travers. J’aime tout de même le son dans cet endroit, on dirait que ça été construit pour simplement promener la voix sans arrêt dans tous les sens, j’aimerais être seul, vraiment seul et faire porter ma voix, « Écho000! » et compter le temps que ça prend avant que le son ne revienne plus. Je suis tiré tout à coup de ma rêverie quand j’entends à travers des paroles du curé, un son qui ne lui appartient pas, on son qui se met à tourner autour de moi, qui me donne des frissons. Ma tête tourne vers toi, qui as toujours la tête vers moi, la tête oui, mais tes yeux semblent disparaitre sous tes paupières, encore plus au moment où mes yeux se posent sur toi. Tu sembles pris dans un exorcisme que tu te provoques, je t’entends encore gémir au même moment où je te vois trembler, ton corps ondule, douleur ou plaisir, probablement un peu des deux. D’une vague de chaleur, je dois avoir le visage rouge comme l’enfer, je ne me sens plus à ma place avec des pensées très peu catholiques. Les mains moites, je m’essuie sur mes pantalons, je tire un peu mon chandail vers le bas pour cacher cette protubérance naissante. Je n’ai maintenant qu’envie de quitter cet endroit, je cherche le moment, le silence naissant avant une autre parole divine pour m’éclipser, pour t’enlever de cet endroit avant que tu ne brûles seule sur place. J’ai encore l’impression que ton gémissement a préséance sur l’orgue qui vient de s’éteindre, comme si ton plaisir était parfait dans cet endroit divin. Le moment est enfin propice, je me lève et m’esquive doucement à ce supplice, arrivé à ta rangée tu t’es volatilisé, disparue, consumée. Je continue ma route jusqu’à l’extérieur où le froid me rappelle que la saison tournera bientôt à l’hiver. Je m’assois sur le perron de l’église, la tête entre les mains me demandait si j’ai rêvé ou si je suis simplement devenu fou, tu ne pouvais pas vraiment être là.

 

Défi du jour : C’est écho, je t’ai entendu gémir