Ainsi soit-il

14 09 2014

Je ne sais pas pourquoi je me suis retrouvé là, ça faisait vraiment longtemps que je n’y avais pas mis les pieds, peut-être que j’avais froid, peut-être que j’avais simplement un manque d’inspiration et je savais plus où aller la trouver. La dernière fois j’étais là, j’étais seulement perdu, perdu dans Montréal, se perdre de l’intérieur, j’avais besoin d’un espace tranquille et je sais que très peu de gens fréquente cet endroit maintenant, alors je savais que j’allais avoir la paix, c’est un peu l’endroit où on la trouve d’ailleurs, certain y repose même. Le dimanche par contre, c’est un peu plus achalandé, en matinée, mais bon, j’avais besoin de sermon, d’entendre où de me souvenir ce qui me déplaisait dans cette institution, parce que les fondements logiques et basés sur des valeurs fondamentales sont correctes, comme la majorité des religions qui existent en fait, mais j’ai toujours été pour l’équité et je m’intéresse de la même façon à toutes ces religions. Je suis rentré en même temps que plusieurs personnes, en même temps que toi. Je me suis avancé, en milieu d’allée, celle où on peut être invisible, on ne connait pas toutes les paroles, les gens autour marmonnent pour nous, on peut rester assis tranquille, contempler l’architecture qui nous entoure. C’est dans les églises que je trouve les plus belles réalisation, des choses qu’on ne crée plus aujourd’hui, parce qu’on se concentre sur le carré, le rond, le moderne. Je suis donc là, à regarder les gens autour, à ne pas écouter le prêtre qui commence sa cérémonie. Toi tu t’es assise dans les dernières rangées, celle où les retardataires s’assoient, les itinérants, les gens qui viennent simplement se reposer, se réchauffer, voir. Tu es seule dans les dernières rangées, tu me regardes te regarder. Je retourne timidement la tête et continue mon parcours d’observation, à la gloire de dieu, tout puissant, Amen. Je sais maintenant ce qui me déplait, j’ai l’impression d’être dans une séance de lavage de cerveau, où la place à la liberté de penser n’existe pas, un peu comme la politique quoi, deux domaines où si on pense un peu différemment, on est excommunié, on est bani, on est regardé de travers. J’aime tout de même le son dans cet endroit, on dirait que ça été construit pour simplement promener la voix sans arrêt dans tous les sens, j’aimerais être seul, vraiment seul et faire porter ma voix, « Écho000! » et compter le temps que ça prend avant que le son ne revienne plus. Je suis tiré tout à coup de ma rêverie quand j’entends à travers des paroles du curé, un son qui ne lui appartient pas, on son qui se met à tourner autour de moi, qui me donne des frissons. Ma tête tourne vers toi, qui as toujours la tête vers moi, la tête oui, mais tes yeux semblent disparaitre sous tes paupières, encore plus au moment où mes yeux se posent sur toi. Tu sembles pris dans un exorcisme que tu te provoques, je t’entends encore gémir au même moment où je te vois trembler, ton corps ondule, douleur ou plaisir, probablement un peu des deux. D’une vague de chaleur, je dois avoir le visage rouge comme l’enfer, je ne me sens plus à ma place avec des pensées très peu catholiques. Les mains moites, je m’essuie sur mes pantalons, je tire un peu mon chandail vers le bas pour cacher cette protubérance naissante. Je n’ai maintenant qu’envie de quitter cet endroit, je cherche le moment, le silence naissant avant une autre parole divine pour m’éclipser, pour t’enlever de cet endroit avant que tu ne brûles seule sur place. J’ai encore l’impression que ton gémissement a préséance sur l’orgue qui vient de s’éteindre, comme si ton plaisir était parfait dans cet endroit divin. Le moment est enfin propice, je me lève et m’esquive doucement à ce supplice, arrivé à ta rangée tu t’es volatilisé, disparue, consumée. Je continue ma route jusqu’à l’extérieur où le froid me rappelle que la saison tournera bientôt à l’hiver. Je m’assois sur le perron de l’église, la tête entre les mains me demandait si j’ai rêvé ou si je suis simplement devenu fou, tu ne pouvais pas vraiment être là.

 

Défi du jour : C’est écho, je t’ai entendu gémir


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