Hier j’ai joué à la roulette russe, j’étais vraiment seul et je me disais que ça ajouterait un peu de fantaisie. Un révolver comme outil, une balle pour la quincaillerie et une bouteille de whisky, pour l’anesthésie. J’ai inséré la balle dans le barillet, je l’ai refermé, je l’ai fait tourner puis le révolver j’ai déposé. J’ai ouvert la bouteille, j’ai jeté le bouchon, je me suis dit qu’il n’avait plus sa raison, un peu comme moi quoi. J’ai pris une grande rasade, un grand respire, l’arme, un grand respire, une autre gorgée, puis j’ai tiré, clic. Je ne tremblais même pas, faut croire que je n’ai pas vraiment peur de mourir, peut-être parce que je sais qu’un jour ça m’arrivera. J’ai pris une lampée, j’ai déposé l’arme sur la table, un instant. Je me suis dit que j’avais rarement pesé le pour et le contre quand il s’agissait de coup de tête, quand il s’agissait d’aimer, quand il s’agissait de toi, peut-être simplement parce qu’il n’y avait pas de raison. J’ai repris l’arme, j’ai fait tourner le barillet, je l’ai mis sur ma tempe, j’ai bu un peu, les yeux fermés, sans vraiment me poser de question, comme quand j’ai actionné la gâchette. Clic. Je crois que je commence à apprécier, peut-être le trop bon whisky, peut-être cette sensation qui me rappelle l’amour, le coeur qui palpite, l’inconnu, l’acceptation soudaine d’être impuissant devant ce qui se passe. La seule chose que je contrôle, c’est le débit d’alcool et le mouvement que mes mains font sur l’arme, passant de ma tête à la table, faisant tourner le barillet. Tu sais, j’aurais pu m’interroger sur le pour et le contre, tenter de comprendre si ma décision faisait du sens, si je vivais bien de cette dépendance, mais à quoi bon, qu’est-ce que ça aurait changé? Sinon que je ne serais pas là à boire une autre gorgée, à me faire tourner, à continuer à me viser, à me tirer, à me manquer. Il y en a qui appellerait ça le destin, moi je me dis que c’est seulement le hasard, un peu comme quand je t’ai rencontré, t’aurais pu être là, ou pas. J’aurais pu te peser le pour ou le contre, chercher ce que j’aimais, ce que je détestais, mais bon, à cause de mes parents me je suis retrouvé à aimer les gens tels qu’ils sont, à la perfection. La perfection de ce qu’ils sont, avec les imperfections, ce qui fait de toi la femme exactement humaine, exactement comme je l’aime. J’ai pris une autre gorgée, c’est ma tête qui commençait à tourner, j’ai fermé les yeux, une dernière fois, j’ai pris l’arme entre mes doigts, je n’ai pas fait tourner le barillet, devant ma tempe qui doucement battait, j’ai pris un grand respire, puis j’ai tiré. J’ai tiré en prenant soin de pointer l’arme vers la bouteille qui a rendu l’âme, se vidant de toute sa vie sur la table, les os brisés, mort instantanée. J’ai vraiment fait comme avec toi, j’ai juste senti qu’il fallait arrêté de jouer tout seul, parce que ça pourrait vraiment mal tourné.
Défi du jour : Le pour et le contre