J’ai marché d’un pas anticipé pour aller te retrouver. Il y a longtemps, un an, peut-être deux déjà qu’on ne se voyait pas. Mes jambes avaient du mal à me soutenir, à me donner cet air rassuré, un pas déterminé, elles n’arrêtaient pas de trembler. Je ne savais pas sur qui j’allais tombé même si ça fait quoi, vingt années qu’on c’est rencontré. Je manquais d’air, je montais une pente, mais les deux ensembles n’avait rien à voir. Je pensais à ce que j’allais dire, ce que j’allais écrire, puis j’ai simplement eu envie de garder le silence. Je me suis dit que t’avais peut-être envie de ça, peut-être envie que je sois simplement là, moi c’est ce que je souhaitais car des mots j’en manquais. Quand je suis entré dans l’immeuble, mon sang c’est figé, mon coeur c’est arrêté, j’ai eu l’impression de divaguer, de m’évader à l’interieur de mon corps, avec cet envie d’être là, et pas.
Quand je suis monté, j’avais l’impression d’être le chien dans un jeu de quille, c’était ma première fois, pas dans cet endroit mais là. J’ai manqué d’air, je suis devenu aveugle, je ne connaissais pas la chambre, j’ai demandé mon chemin sans l’écouté, une question d’instant, j’allais te reconnaitre. En voyant le numéro de la chambre, je me suis rendu compte que j’avais enregistré la réponse qu’on m’avait donnée parce que mes jambes ont barrées, on se retrouvait deux dans la même position, si ce n’est que pour la verticalité de mon être. Figer, je savais plus, je ne savais pas, j’ai reculé, je suis revenu sur mes pas, et je suis revenu à ta chambre, parce qu’on tentait de m’en éloigner. Tu n’étais pas seul quand je suis entré, y avait déjà quelqu’un qui se tenait à ma place, en fait à celle où j’avais envie d’être. Je suis resté là, l’autre c’est retourné et dans mes yeux elle a vu qu’elle devait s’en aller, avec des promesses de revenir, elle m’a laissé seul avec toi, enfin. Avant de partir, elle m’a laissé des lettres sur un papier, un crayon pour m’exprimer, dès qu’elle est sortie je les ai déposés, je n’avais pas envie, je ne me possédais que très peu.
T’étais là, pareil comme avant, avec tes grands yeux bleus qui me disaient bonjour. Cloué au lit par tous tes membres qui se refusaient de t’obéir. Connecté de tout bord tout coté, t’empêchant de me saluer comme tu sais le faire, avec tant de choses à dire, ça faisait si longtemps. Tous ces fils, ces tubes, ses bips qui t’aidaient à survivre et moi pris dans mon corps, pas par imitation, mais par compassion. T’étais là à attendre que je dise un mot, je ne savais pas quoi faire, je ne savais pas quoi dire, j’étais pris dans tout le chimique qui paralysait ma mécanique. L’autre est revenue, simplement pour me dire que je n’avais pas attendu mon tour, que d’autres attendaient avant moi. Mes yeux lui ont fait comprendre qu’ils allaient attendre, ma bouche, que je ne serais pas longtemps. Presqu’une porte de sortie pour le mal qui me torturait à l’intérieur.
Mes yeux sont revenus sur toi qui me regardais toujours. J’ai dit quelqu’un mot d’usage un peu maladroit, simplement parce que j’étais paralysé, mais content d’être avec toi. Je t’ai dit que j’étais là parce que je pensais toujours à toi, que j’étais content de te voir, que j’aurais aimé mieux te voir ailleurs que là, dans se grand lit qui était maintenant un peu ta prison. À chaque phrase que je disais, tu me répondais par un oui, par un non de la tête, tu haussais les épaules, c’est tout ce qui te restait de ta grande mobilité que je connaissais depuis vingt ans. J’ai dit que tu devais trouver ça horrible de ne pas pouvoir bouger. Les mots me manquaient, j’ai eu envie de m’enfuir. Je t’ai dit que je pensais toujours à toi depuis que je savais que t’étais là. Je t’ai promis de revenir, avec l’autre membre de notre trio, que des gens attendaient pour te voir, t’as eu l’air d’hausser les épaules en voulant dire que tu t’en foutais. J’ai senti que t’avais envie que je reste, mais je suis parti, avec l’envie que tu ne me voies pas éclater en larme, comme si t’avais besoin de ça en plus.
J’ai marché, longtemps. J’ai écrit à notre ami pour lui donner des nouvelles de toi, lui dire que t’avais envie qu’on soit là. J’ai eu envie de fumer, de pleurer, de me coucher en boule dans un coin pour pleurer la vie. J’ai pensé à toi chaque jour qui ont suivi. Aujourd’hui je mets en mot ce que j’ai ressenti, parce que je suis tellement triste de te savoir ainsi. J’ai lu sur ta maladie, le syndrome Guillain-Barré, pour me rendre contre que je ne savais pas quand t’allais me revenir sur deux jambes et je trouve ça tellement difficile.