Une fin d’ours

11 01 2016

Je garde mes mots pour moi, histoire de ne pas faire d’histoire. C’est complexe, pas nécessairement compliqué, mais complexe, comme si ce que j’ai toujours voulu écrire me piégeait tout à coup dans un racoin, une forêt isolée où seul le vent chuchote encore ce qui me traverse l’esprit. Cet esprit monstre qui va dans tout les sens pendant que moi je reste en place, immobile, à regarder passer le temps. Je me surprends même à ne pas croire au 500e, comme si la faim m’assaillait, comme ça par surprise, assis devant un buffet gargantuesque, mais la bouche cousue, que le nez pour respirer. Je me suis tue, pas du verbe tuer comme le suicide, mais le verbe taire, le synonyme de terrer. L’hiver trop tard, l’absence de médication, la vie, tout me laisse dans mon monde, dans cet univers où se déroule mes rêves, où je suis condamné à simplement ne plus écrire. J’ai l’envers de la médaille effacer par le temps, il ne reste que ce que l’on voit, de toute façon l’autre coté ne plaisait pas ou peu. Était incompris ou incongru, tout dépend de qui en faisait la lecture. Je lis les mots des autres par faim de ne pas vomir les miens. Je ne sais plus comment manger, comme sans bras, sans bouche ou sans estomac. La mousse me pousse dans mon visage à force de saliver devant toute ces idées. J’ai perdu quelque chose, quelque part, à un certain moment de l’histoire. Ce plaisir à mourir de faim sans fin. À ne boire qu’au cliquetis d’un clavier délaissé. Je ne veux pas sombrer dans l’oubli, même pas l’instant d’un moment où je ferme les yeux. Je veux brûler les aliments comme avant, les consumer avant de les consommer avant que le printemps arrive, avant qu’hiberner ne se transforme à mourir de fin.