Chute

30 03 2016

J’ai amorti ma chute à coup de shots, de verres, de bières. Juste pour oublier, un soir, puis un autre, puis encore un autre. Je suis devenu expert aux dés, je n’ai encore jamais perdu, ça ne fait pas de moi un champion, mais une âme bien triste qui tente de noyer sa peine. Ç’a fonctionné un instant, pas longtemps, on se réveille toujours avec la tête lourde et le coeur à l’envers. J’ai plus l’âge que j’avais. Le corps qui vieillit à coup de mauvais calembour. L’esprit qui faiblit quand se pointe le lever du jour. Le temps qui a passé n’a rien changé, pas encore du moins. Je dirais même qu’il fait plus mal encore qu’hier, qu’avant. J’ai tenté de me souvenir de tes mots, de tes silences, quelle en était la différence. J’ai fait du bruit, simplement pour enterrer celui qui gronde sans cesse dans ma tête, m’expliquant pourquoi d’une façon toujours aussi farfelue chaque fois. Je me suis demandé si tu étais triste, si depuis le temps tu m’avais oublié, effacé, à jamais, déjà. Je n’ai pas eu de réponse là non plus. Suis-je mort quelque part en toi, suis-je trop con pour continuer ma route et faire comme si rien n’était vraiment arriver? Mes pensées chavirent mon âme en peine, je ne me concentre plus, j’en suis incapable. Je me laisse divaguer cent fois, jusqu’à ce que le sommeil me gagne, un court instant. Maintenant sobre, je fais face à la vie, rien n’est clair, mais il semble qu’oublié quelque chose que l’on ne sait pas soit assez simple. Je regarde le plancher s’approcher de mon visage, comme au ralenti, comme si ça faisait des lunes que je tombais. Comme si tu m’avais poussé, depuis longtemps, depuis le début, en bas de moi, juste alors que je tombais sur toi.





Cherche

26 03 2016

Ce matin je t’ai cherché, dans mes draps pour me coller. J’avais l’impression de tourner en rond dans un grand lit rectangle, ça ne faisait aucun sens. Je sais que tu n’étais pas là, je sais que tu es plus là, j’ai tout de même tenté ma chance. Je ne fais jamais les choses par habitude, je fais les choses parce qu’elle mérite d’être faite. Te chercher ce matin, je me suis dit … des fois que. Le chat couché en boule sur un vieux pyjama qui trainait là, il m’a regardé, j’ai compris, j’ai pleuré. J’ai pleuré pour plein de raison, tel que remplir le vide, l’eau on sait que ça remplit bien n’importe quoi d’assez étanche. J’ai pleuré pour me vider de ma peine, c’était comme des verres communiquant, avec la seule impression que ça ne fonctionnait pas, qu’il en restait toujours un peu, profondément, quelque part, quelque chose qui voulait pas partir, comme rattaché à toi, parce que je t’aime, parce que le vide se replis pendant longtemps. Je t’ai cherché toi longtemps, j’ai toujours un peu cherché en fait, même quand tu étais là, j’ai cherché à me faire aimé, à ne pas me faire oublier. C’est fou de mettre autant de temps dans un projet qui n’en est pas réellement un, dans une histoire qui se finit un jour. J’ai toujours eu de la misère à lire pour cette raison, je n’aime pas les histoires qui terminent, surtout quand je trouve qu’elles sont belles, on aurait envie d’en écrire des pages et des pages encore, pour ne pas que ça se termine, pour que ça chemine au long des chapitres. Je n’ai jamais lu en diagonale, je ne sais pas comment, je ne veux pas savoir comment, j’aime trop ces mots qui me parlent de toi, un peu dans chaque histoire. Il y a des chances que je cherche longtemps comment, pourquoi, quand, les trois mousquetaires d’une réflexion qui fait aucun sens. Je sais quand, je ne sais pas pourquoi ni comment. J’ai l’impression d’avoir tout faite pour pas que ça arrive, j’ai l’impression de n’avoir rien fait pour que ça arrive non plus. Le silence m’horripile, je sais que je dois mettre fin à ma recherche, que ça ne servira à rien, comme du temps de la ruée vers l’or, ce que l’on veut est rarement ce que l’on trouve.





Dis-moi dix mots : Gontrand

22 03 2016

Quand Gondrand s’est levé ce matin-là, il était encore tôt. Il le savait parce que seule la lumerotte éclairait son petit appartement sans rideau. Il sentait qu’il ne pouvait, qu’il ne pourrait pas faire de cette journée un moment mémorable. Comme ces journées où on se lève trop tôt, où il est trop tard pour se rendormir, où la seule envie qui nous reste est celle de rester au lit pour la journée. Une journée où le temps est mauvais, où rien n’ira comme sur des roulettes, où son pied le premier à toucher le plancher sera surement celui qui lui portera tant de malheur. Gontrand s’assied donc sur le rebord de son lit, comme chaque matin, se disant qu’en ne changeant pas sa routine, il éviterait peut-être le pire. Il prit de sa main droite ses lunettes qui reposait sur la table de nuit, pour tenter de distinguer la vie dans son une pièce et demie. Le vent d’automne soufflait des rafales dans ses trois petites fenêtres. Il drache depuis plusieurs minutes, c’est un peu ce qui l’a réveillé. Il passe la main gauche sur le bas de son visage, histoire d’essuyer les résidus d’une nuit passée un peu ivre, ça l’aide à dormir. La bouche pâteuse lui rappelle qu’un verre d’eau repose sur la table de nuit. Sur sa porte, donnant sur l’escalier extérieur de l’immeuble, il entend un bruit sourd, surement le journal, il devra faire vite s’il veut lire quelques pages, car la pluie ravagera rapidement les vieilles nouvelles de la veille. En ouvrant la porte, une bourrasque inonde l’entrée, le journal repose dans un sac de plastique, à deux mètres de la porte. Il se dépêche à sauter sur le balcon pour ramasser le journal quand la porte se referme sur lui. Un peu surpris il se dépêche vers celle-ci et se rend compte qu’elle n’était pas verrouillée, celle-ci qui dans ces habitudes l’est toujours. Il entre, dépose le journal sur la minuscule table ronde, s’en va à la salle de bain histoire de s’éponger un instant. Au retour, il se fait un petit ristrette pour accompagner sa lecture. Gontrand lit toujours les mêmes sections dans son journal de quartier, la première page, la politique et les arts et spectacles, toujours dans cet ordre, et ce depuis toujours. Il garde toujours pour la fin, la météo et la chronique nécrologique pour la fin. Il est content de ne pas être plus au nord, où ils annoncent de la poudrerie pour la journée, que certaines écoles sont déjà même fermées. Gontrand éprouve un certain plaisir à lire et à regarder les photos de cette dernière section, se demandant comment on peut choisir cette photo plutôt qu’une autre, comme cette Pauline Miron à l’air chafouine, comment sa famille c’est arrêté à cette photo. Et il s’invente des histoires sur ces gens qui sont disparus à des âges variables, simplement parce que la vie en avait décidé autrement de leur plan. Chaque fois c’est pareil, il y passe des heures. Il a même déjà fait le tri parmi ses photos, pour trouver la sienne quand ça serait le temps, il ne se pardonnerait jamais de laisser à qui que ce soit la liberté de l’identifié dans une position où il n’était pas à son meilleur, homme champagné, il n’avait pas envie d’être la risée du quartier avec une photo où il aurait l’air un peu fada. Il en a quand même choisi trois, s’assurant de détruire celle qu’il ne prendrait surement pas, et mis ses préférées sur le frigo dans une petite enveloppe sous l’aimant du mot commémoratif de sa femme, morte depuis dix ans maintenant. Il jette un oeil à l’enveloppe, ne regarde même plus sa femme. La maladie l’a privé de son premier amour, son seul, qu’il avait rencontré lors d’un voyage à Haïti, où ils étaient allés pour la même raison, sans encore se connaitre avant cette rencontre-choc, où elle était tombée assise sur lui lors d’un transport en tap-tap entre l’aéroport de Port-au-Prince et St-Marc. Ils n’avaient tous deux que la vingtaine et tellement de promesses ils se faisaient déjà qu’à leur regard, avant même de s’être présenté. Il était furieux après elle de l’avoir quitté avant lui, il gardait au fond de lui une certaine rancoeur face à la vie et ne ce n’était jamais pardonné à lui même de ne jamais lui avoir dit combien il l’aimait. Le temps et la solitude broyant ses idées, il s’était laissé charmé par Huguette, la seule fleuriste du quartier où il faisait les livraisons pour arrondir sa pension. Il se fit un autre café, pour terminer sa lecture, pour terminer de regarder les grands décédés de la veille, il en meurt tellement de gens. Des jeunes, des vieux, des gens qui ont encore l’air heureux. Il prend soin de lire chaque texte, chaque mot, s’imprégnant de l’attention, ou de l’inattention des textes rédigés. Lui même n’était plus très vigousse, mais tout de même créateur à ses heures, il se demande ce que les gens pourraient bien dire de lui à son départ. « Elle laisse dans le deuil… » c’était toujours écrit cela, même sur celle de sa femme… Gontrand Longpré et Grace, leur fille adoptive qu’ils étaient allés chercher bien des années plus tard à Haïti, car il ne pouvait pas avoir d’enfant, il était stérile dû à une maladie qu’il avait eue. Aujourd’hui, sa fille était retournée dans son pays natal, pour faire comme ses parents, laissant Gontrand un peu seul, elle lui avait demandé de l’accompagner, mais à son âge et dans les conditions de guerre qu’on retrouvait là-bas, il n’allait être qu’une carcasse à transporter. Il détourna ses idées et son regard vers l’extérieur, comment il allait pouvoir travailler aujourd’hui, il appellerait peut-être pour déclarer malade, sa journée semblait déjà perdue, et ce depuis qu’il s’était levé. Retournant à sa lecture, son coeur s’arrêta, une larme sur sa joue coula, il était devant le drame de sa journée, il se leva d’un bond, saisi le téléphone qui dormait sur le comptoir, composa sur le téléphone un numéro, tentant de ne pas se décomposer. Parla un instant puis raccrocha. Il se rassois à sa place, poussant la tasse de café du revers de la main, l’envie n’y était plus, il pleurait en silence. Il pensa alors à sa fille, qu’il devait peut-être la rejoindre maintenant, pendant qu’il avait encore la vie, pendant qu’il ne pouvait plus rien attendre que la mort. Son regard se perdit dans le vide, de longue minute, à penser à rien, jusqu’à ce que la porte sonne. Il ouvrit la porte, ne pensa même pas à inviter le commis du dépanneur à l’intérieur, paya, pris son paquet et referma la porte. Il déposa la grosse caisse sur le comptoir, l’ouvrir et s’ouvris une bière, à 8h31 bien précisément. Ce manège continua en silence pendant la journée, jusqu’à ce que la caisse soit terminée, que lui aussi est un peu fini. Il décida de sortir, sans se soucier de ce qu’il portait, il titubait dans les rues en direction du fleuve.

Gontrand fut retrouvé 3 jours plus tard, endormi sur les berges du cours d’eau qui bordait sa ville. Il ne laissa dans le deuil personne qu’il aimait. Il se réveilla à l’hôpital, avec sa fille à son chevet lui tenant la main. Il décida de ne plus parler jusqu’à sa mort. Il décida de ne pas aller aux funérailles d’Huguette et ne pouvait même pas lui envoyer de fleur. Il attendu sa mort trop longtemps dans une maison de retraités avec traumatisme dû à son mutisme. Il s’éteignit un jour de mai, laissant dans le deuil son unique fille et cette rancoeur face à la vie.

 

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Cet exercice vient du site qui suit… chaque année ils sortent dix mots de la francophonie, Cette année c’était les suivants.
Pour la définition des dix mots dits… http://www.dismoidixmots.culture.fr/
en  France « chafouin » et « fada», au Québec « poudrerie » et « dépanneur », en Belgique  « lumerotte » et «dracher », en Suisse « ristrette » et « vigousse », en Haïti  « tap-tap » et au Congo « champagné ».




Le temps d’un printemps

22 03 2016

J’ai mal, comme si on m’avait arraché un morceau de chair, une partie de moi. Chaque jour ça élance autant, ça m’empêche de penser à autre chose, ça ne m’empêche pas de penser à toi. Je ne laisse pas guérir, j’ai pourtant pris le temps, j’ai pourtant pris la semaine, j’ai l’impression de ne pas voir avancer les jours, les heures, les minutes, les secondes. Je n’arrête pas de jouer dans la plaie, simplement parce que je ne comprends pas ce qui est parti, pourquoi? Parait que le sel guérit, aide a cautériser la plaie, j’ai beau pleuré au-dessus que rien n’y fait. J’ai simplement mal, plus le temps avance moi j’ai confiance de comprendre tes silences, ceux qui étaient passés, présents, à venir. Je suis là, à me contempler l’être de façon idiote, à ne plus avoir faim, à me dire que c’est mon chat qui déclare maintenant l’heure de manger, deux fois par jour. C’est lui qui gère la routine, c’est un peu comme ça qu’on s’embourbe, je crois. Un pas à la fois dans la même direction. J’aurais dû te retenir quand je t’ai vu t’installer là dedans, mais je n’ai rien dit, simplement parce que tu n’aimes pas ça te faire dire quoi faire, toi même tu ne décides pas pour toi. Je suis resté là, à te regarder dériver, simplement parce que je t’aime. Simplement parce qu’on ne peut pas se battre contre le courant, contre les gens, contre la vie de façon générale. La vie, le cirque, où chacun joue son rôle, son bout de scène, son moment de gloire. Tout le monde couche avec tout le monde, simplement parce qu’à un moment, ça pourrait servir, ça pourrait au pire faire du bien. Je pense que je suis brisé, depuis toujours, parce que j’excelle dans le contraire, parce que si j’aime, j’aime abondamment, que toi, pour toujours, jusqu’à ce que tu changes d’avis, sinon moi, ça arrive aussi, mais je t’expliquerais, t’inquiètes pas. Tu n’auras jamais l’impression que je te joue dans le dos, parce que je ne sais pas comment, je ne sais pas comment jouer à ça et à regarder les gens faire, je n’en ai surtout pas envie. J’aurais pu être un père, un jour, le genre de père qui restent à maison, qui cuisine à sa femme, qui s’occupe des enfants, qui trouve sa femme toujours aussi radieuse le matin et qui s’endors après s’être enlacé le plus longtemps, le plus souvent possible. Parait que c’est impossible, pour moi, parce que pour les autres ça se peut, ça arrive. Ça ne dure jamais, mais c’est là, l’instant un temps, d’un an, peut-être même plus, mais ça casse en mille morceaux, sans faire de bruit, sans le regard des gens, sans leur jugement. Ça casse de tous les bords, de tout côté, la sève qui commence à couler et les oiseaux à roucouler. Ça sent le sexe dans les yeux des gens qui se désirent là, qui ne se désirent pas, qui se désirent le temps d’un regard, d’une baise torride dans un printemps qui sent la merde en dégelant. Qui après la première pluie d’été se retourne en se demandant où ils en sont rendus. Je reste là, las, à regarder la vie, à me demander quoi faire, moi qui voulais tant aimer et qui reste, une fois de plus les mains vides, le coeur rempli de tristesse, le corps replis de fatigue, à avoir trop souvent échoué.





Deux fois

21 03 2016

Où étais-je quand tout ça c’est passé? Le sable coulant entre mes doigts comme dans un sablier. Le temps perdu à ne pas comprendre, à accepter. J’entends encore ce même silence, plus rien ne change, mais plus rien n’est pareil. Je tends l’oreille sur mes souvenirs, j’ai pourtant tout fait, trop fait? Tout fait. J’ai dansé comme si tu étais maitre, j’ai dansé pour suivre, pour battre la mesure, me faire battre sur mesure. Je me suis retrouvé dans le ballant d’un pendule qui était déjà passé, qui ne tardait pas à revenir, si vite. Tes tics, mes tocs, tes tacs, mes tics, sans arrêt, jusqu’à maintenant. Plus rien ne bouge, plus un son, plus l’ombre d’un doute, tu ne bats plus pour moi, où étais-je quand ça c’est passé, quand as-tu appris à m’oublier, et pour qui? C’est déjà le moment? C’est revenu si vite, c’est tellement cyclique, plus deux, moins deux, je croyais qu’on était heureux. Plus deux, moins deux, tu repars d’où tu étais venu, je reste où je suis. Qu’as-tu appris dans ton sommeil? N’est-ce pas là que tu te réfugies tout le temps? Sommeil, silence, je suis confus parfois. Tout ce sable entre mes doigts, deux plus deux, puis encore toi. Je me suis ennuyé de la mer, je me suis soudainement ennuyé de la mer, de son odeur, de son sel. Tout ce sable, j’ai creusé et remplis de mes larmes. Pourquoi y es-tu allé sans moi, sans me le dire, sans même m’en parler, sans me faire signe de la main, m’avertir que je me noyais, juste me le dire avant que je t’en parle, avant lui sans moi. Où étais-je encore une fois, seul chez moi, regardant au loin le pendule qui revenait m’écraser la figure?





T’utiliser

21 03 2016

Pourrais-je t’utiliser? S’il te plait. Comme bon il me semble, simplement parce que l’on se ressemble. Simplement parce que me mots s’inventent sur toi. Je suis Picasso et toi la toile, ou l’idée derrière ce qui s’y retrouvera. Tristement, parce que mes mains ne peuvent toucher ta peau, que mon clavier me sépare, me garde loin, distant, seul. Parce que j’imagine avec toi, sans toi. L’un ne me plait pas plus que l’autre, mais j’aime ce qu’ils provoquent. Mes idées s’entrechoquent, se frappent, se touchent du revers de la main, me faisant frissonner, rougir. Gêner, d’être déjà en train de le faire sans y avoir été autorisé, t’utiliser. D’une main dans tes cheveux et de mes lèvres dans ton cou, je m’égare, ma demande n’a plus de sens, j’ai dépassé cette ligne, imaginaire, entre le vrai, le moins vrai, celui qu’on tait, celui qu’on dit trop haut, trop fort, trop souvent. Je tente de contrôler mes pulsions, mes pensées, mes doigts qui parlent de toi. C’est impossible, c’est plus fort que moi, c’est peut-être facile, c’est peut-être sans raison, c’est ça, je n’ai plus ma raison, ou de raison de le faire, ne pas le faire. C’est peut-être juste à cause de toi, tu existes donc je sens, je sais, je te connais, depuis un jour, depuis toujours. Reste, ce n’est quoi moi qui t’utilise, pas méchamment, simplement, parce que tu raisonnes, surement plus que moi. Parce que je déraisonne, c’est aussi simple que ça. Ça n’a rien de méchant, de déplaisant, je t’ai entendu, frémir sous mes lèvres. Je t’ai écouté frissonner sous mon baiser. Je t’ai entendu, quand dans la fermeté de ma main, tes cheveux emprisonnés te rattachaient à moi. J’ai senti ta proximité et je me suis empoisonné, à jamais d’un parfum qui n’est pas le mien. Je paralyse, à l’idée de l’avoir encore fait, sans même que tu m’autorises, de mettre, là, simplement en mot parce que c’est tout ce qui me reste, parce que c’est tout ce qui me reste. Ai-je vraiment besoin que tu me dises que je le peux, quand quelque part, rien de tout ça n’existe vraiment? Parce que, même si mes lèvres, se détachant de ton cou, glissaient à ton oreille et que d’une autre main sur ton ventre, me réchauffant l’être, que mes mots, doucement à ton oreille s’accumulent simplement pour affirmer que j’allais t’utiliser.





Le silence et le temps

20 03 2016

Tout à commencer par des mots, il fallait bien que tout se termine par des silences, s’était écrit, mais personne n’en parle. On ne se voyait même pas, maintenant on ne se verra plus. On se débattait, comme sous l’eau, on manque d’air, en manque de ce qui fait de la vie existe. Au début, c’était de ma faute, à la fin aussi, deux fois j’ai brisé le silence, les résultats étaient si différents pourtant. En fait, ce n’était pas ma faute, c’était celle du silence, celui qu’à un moment on apprécie, celui qui à un moment on veut briser, parce qu’il est insupportable, parce que l’utilisation des mots est plus réconfortante, quand elle est faite consciemment, par des gens qui comprennent le verbe.

Le temps et le silence. Le temps d’un silence, je me suis ouvert les yeux et tu n’étais plus là, je n’ai pas compris pourquoi, j’ai fait tout, j’ai tout fait, j’ai même écouté à savoir si tout cela avait du sens pour toi. J’ai retenu, je me suis retenu, puis je me suis souvenu que tu voulais ta liberté, ton air, ton temps pour toi, ton amoureux quand tu veux, ta solitude quand tu ne le voulais plus. On s’est fané à l’aube de l’été, avant le printemps, avant que le soleil nous rejoigne, avant même que l’on rejoigne le soleil. Tu voulais tout, pour toi, sans choisir parce que choisir laisse concevoir que l’on manquera quelque chose, que l’on ne peut pas tout avoir. Le silence et le temps, un poison qui s’infiltre à notre insu dans l’entièreté de notre être, entre le toi et le moi, entre le temps qu’il faut pour simplement arrêter de se souvenir. Se souvenir d’hier, celui qui faisait sourire sur l’oreiller, celui qui faisait qu’on était bien en silence.

Le temps et le silence, trois fois le temps de le briser pour me dire je t’aime durant toutes ces années, c’est bien peu, mais je me suis tue, je me suis tué de l’intérieur à espérer que tu le brises à nouveau, l’oreille attentive, j’osais espérer. J’ai même appris à faire de même, parce que ce verbe t’effraie, quand pour d’autre il réconforte. J’ai laissé le temps faire, j’ai laissé le silence agir, patiemment, sachant qu’il ne menait à rien, sachant que les sentiments qui me trainait au fond de la gorge m’étouffaient, me tuaient à petit feu, comme on décide de ne plus se battre contre le cancer. Mes mots mourraient là où il n’était pas autorisé de sortir. La douleur dans mes yeux, celle que tu ne voyais pas à force de te regarder, celle que tu n’interrogeais plus parce que les mots sensibles t’effraient, ils sont si impliquant, si engageant, importants. Je tenais le coup, la barre, le tempo de tes humeurs, je tenais en silence les sentiments qui me brûlaient en dedans. J’ai même pensé de faire un cadeau, à la Saint-Valentin en la laissant passer avec des promesses qui ne se sont pas réalisées, simplement pour t’éviter de dire ce que l’on dit en cette journée, aux gens que l’on est aime.

Le silence et le temps, une pause. Le silence. Une pause. Le temps d’une autre pause ou un silence. Puis un mot, un autre. Tu demandes une autre pause. Je demande le silence. Un sanglot qui s’infiltre, plus fort qu’un silence, plus fort que le temps. La larme qui sonne l’alarme en silence, ça fait son temps. Un signe s’impose sur ma silhouette. Un sentiment en silence. Quelques mots. Le sexe, puis le silence. L’insupportable silence. Celui qui dure depuis toujours, que l’on consomme doucement depuis trop longtemps. Savoir. Avoir su. S’endormir. Se réveiller après ses propres sanglots, que l’on tente d’étouffer, encore un temps. Se lever et s’enfuir. Ce sentiment de vouloir ne plus être là, simplement parce que le silence lourd m’étouffe. Se rendre compte que je suis chez moi. S’enfuir avec elle pour une dernière fois.

Silence.

Temps.