Elle lui

10 05 2016

Il déposa un genou à terre, ses yeux à elle se remplirent d’eau, il attacha sa chaussure, elle essuya ses larmes et la remplaça par son éternel visage froid avant qu’il ne se relevât. Il avait toujours la même question « quoi? », elle avait toujours la même réponse « Rien! ». Cet échange de bon procédé durait depuis des années, quatre ans au total selon lui, quatre ans, deux mois et treize jours, pour elle. Ils s’étaient rencontrés avant, avant étant une contrée maintenant bien éloignée, dans le temps où on se prenait la tête avec rien, qu’on s’embrassait dans les bars simplement parce qu’on s’était vu, qu’on se trouvait beau, qu’on en avait envie. C’est elle qui avait fait le premier pas, elle qui avait toujours fait le premier pas, qui l’aimait depuis le tout début, qui l’avait vu en premier, dans son jeans, dans un t-shirt ridicule qui portait un logo que tout le monde connaissait, un jeu vidéo, ça n’avait pas d’importance. Quand elle le vit, elle sut, tout de suite, qu’il était lui, qu’il était à elle. Elle ne le quitta que de très rare fois après ce premier jour où il se rencontra. Lui, il était là, ce soir-là, à contrecœur, parce qu’on l’avait poussé, parce qu’on l’avait supplié, il n’avait pas envie de célébrer, jamais, il avait peur des gens, pas vraiment peur, mais les foules l’effrayaient, il préférait rester là, ailleurs, en petit groupe, pas dans ce capharnaüm lubrique où tous les coups était permis. Quand il l’a vue, elle qui rentrait pour déposer son manteau, il eut chaud, il pensa que s’hydrater à coup de pinte lui ferait du bien, il buvait rarement, l’alcool prenait vite le contrôle sur lui. Il ne la perdait pas des yeux, ses amis ne lui prêtant pas attention, par habitude, parce qu’on le connaissait ainsi, il n’était pas méchant, simplement difficile à saisir par moment. C’est à sa troisième pinte que ses pieds s’arrondirent, à peine pour lui faire sentir le sol, un peu de légèreté, il fut même entrainé sur la piste de danse, où il se laissa aller, enfin, un moment. Ce moment où elle le vu, son sourire, mais surtout ses yeux, son regard qui ne la quittait pas, qui maintenant la fuyait à son contact réel. La soirée continua ainsi, d’une série de regards timides, de pintes qui finirent par être insipides. Elle décida de se lancer, doucement, se tenant sur ses pieds, elle s’approcha de lui, on la connaissait pour ses lubies, elle le tira vers elle et lui dit « Ça te dirait qu’avec moi tu passes ta vie? », elle croyait qu’il n’avait pas compris, dans la cohue de cette soirée, elle l’avait simplement embrassé.

Le temps passa et il s’aima, longtemps, toujours, d’une fusion incompréhensible pour certains, moins pour d’autres. Ils se complétaient, ils se synchronisaient, ils se suivaient sans se nuire, ils s’aimaient sans se faire souffrir. Elle dans sa tête, repensant à ce premier soir où elle le voulait pour toujours, espérant le grand jour. Lui, timidement, il l’aimait éperdument, il avait la frousse, qu’on jour certain tout ça ne se fane, ne se brise, ne s’efface. Quatre ans, il faisait tout pour faire durer l’amour, il angoissait presque chaque jour. Il était convaincu que ça pourrait durer, mais jamais il ne s’était lancé.

Il tenait dans sa main la sienne. Il savait que c’est « Rien » n’était pas des rien pour de vrai. Il n’en pouvait plus et voulait y mettre fin. Cette fin qui brise tout, qui fait tant pleurer, qui donne l’envie de mourir un peu à chaque fois que cette fin arrive. Il savait qu’il ne retournerait plus jamais en arrière, il savait que ça serait le coup de grâce. Il avait fait cent fois le tour de la question, il savait qu’il n’y avait pas d’autre solution. Sur sa joue une larme coula, de sa main il se retira. « Quoi? » elle lui demanda. Et lui pour seule réponse il lui dit « Ça te dirait qu’avec moi tu passes ta vie? », elle fit comme si elle avait compris et une fois encore l’avait tendrement embrassé.

 

Défi du jour : « Les deux pieds sur terre, il profite de cette attention, c’est tout à son intérêt. Tandis qu’elle tombe dans une lubie. »