Je me souviens de peu de choses qu’il disait. Il était comme ça, un homme de peu de mots qui relatait souvent le passé bien plus que le présent. Un passé qui lui plaisait de raconter parce qu’il y avait des prouesses qui lui permettaient de bomber le torse, plutôt que de serrer les poings, les dents. Il était de roc mon père, un homme fort. Un homme qui n’avait pas vu ce que l’on voit à l’école, mais qui avait compris à sa façon dans la vie, à la dure, à coup de vent, à coup de coeur, à coup de poing. C’était quelqu’un qui a su me surprendre, quand un jour, épuiser par le travail, par le patron, par tout ce qui en découlait, j’étais revenu à la maison, j’avais éclaté en sanglots, c’était l’hiver, il ne travaillait pas. M’entendant m’effondré dans ma chambre, je n’avais que 17 ans, il me dit de sa voix la plus douce qui était toujours aussi forte « Qu’est-ce qu’il y a? » et moi doucement de lui répondre entre deux sanglots, après un respire, « Je suis tanné de ma job! ». Ce cri sortait des tripes, du fond de moi, du fond de mon être, ça avait muri avec le temps, pris de l’ampleur, de la superficie, toute la place. Mon père n’avait pas les mots complexes, il avait peu de mots, il les a donc tous réunis pour simplement me dire « Ben arrête de brailler et trouves-en une autre! ». Rien de plus vrai, rien de plus simple. Chaque fois que je sens que ça ne va pas au bureau, je repense à lui, à ces mots tout simple, à cette solution qui reste, la meilleure quand on a essayé d’y faire.
Le temps a passé, j’ai trouvé mon père encore plus fort, à travers la maladie, à se battre sans cesse, chaque jour, jusqu’au dernier. Ce dernier jour où j’ai pu me retrouver que quelques minutes seul avec lui, où tous étaient passés, où ma mère peinée avait quitté l’espace de quelques minutes sans plus. Je me tenais accoudé à son lit, une main dans la mienne, les larmes coulant sur mes joues, je ne savais plus quoi dire, quoi faire, quoi comprendre. Si près de lui, mais si loin de ce qui lui arrivait. Et c’est à ce moment où je lui ai dit une parole, une simple phrase qui fait qu’aujourd’hui quand j’y pense encore, je ne peux m’arrêter de pleurer, même si j’entends encore sa grosse voix. Une parole qui restera toujours, entre lui et moi.
Défi du jour : Arrêter de pleurer
Maintenant, c’est moi qui est sans mot …