J’étais là autour de la table à attendre de me faire servir, c’était la première fois que ça m’arrivait, c’est moi qui cuisine normalement. Pas parce qu’elle ne veut pas, mais parce que j’aime ça, ce n’est pas vraiment important c’est chose là, du qui fait quoi et quand, c’est plus important de comprendre pourquoi ça se passe ainsi, sans brimer la vie de personne qui participe à l’expérience. La première fois en deux ans, j’avais hâte, j’avais mis la table, ouvert la bouteille de rouge, servi les verres pendant la préparation parce qu’un verre de vin en cuisinant, ça fait aussi parti de la recette. La radio jouait ce qu’on lui avait demandé, Folk-Indie, j’ai toujours été fan de guitare-voix. L’heure filait doucement au son de Bon Iver, dans la maison flottait un arome italien bien connu. C’était la première fois, les pâtes c’est toujours un bon premier choix, surtout avec moi, pâtes, pain, patates, peu importe ce que l’on en dit. Les discussions étaient rares, efficaces, on se connaissait depuis près d’un an maintenant et j’ai toujours été un homme de peu de mot, du moins tant que le vin ne faisait pas effet, après je m’emportais dans des tirades passionnées parce que c’est un peu ça ma vie. Elle tient à peu de choses, mais elle m’impressionne toujours, ces gens, ces lieux, enfin tous ces petits riens qui en font un univers magique. On se parlait peu de boulot, peu de nos familles, peu de nos vies. On savourait le temps ensemble, parce que c’est tout ce que l’on connaissait. Deux mondes, deux réalités, deux êtres ensembles dissociés de tout. Pourquoi ce soir elle décida de faire le repas? Peut-être que tout ça avait changé, ce temps où l’on vivait bien, où l’on ne décidait de rien, où la vie nous trimbalait dans son courant. Peut-être je me faisais trop d’idées, tant d’histoire je suis capable de me raconter. On riait beaucoup semble, tous les jours, je pense à elle, simplement dans le but de la revoir, de la sentir, tout près, là. Les dernières semaines avaient été plus difficiles, d’un manque de conversation elle est passée au secret. On les a tous, mais pourquoi maintenant, elle le faisait consciemment ? Le vin avait goût un peu plus amer, la chaleur étouffante de la canicule y étant surement pour quelques choses. Le pain sorti du four, la valse de service à la table commença. Quand atterrit devant moi mon grand bol de spaghetti, je compris que tout était fini. Fourchette et cuillère à la main je me suis retrouvé impuissant devant mon assiette, rien à faire avec ces armes de guerre, sans la regarder j’ai su que c’était notre dernier repas, je déposai ma fourchette et conserva la cuillère, il n’y avait plus rien à faire, on avait tué les spaghettis.
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