Dans un cube

10 01 2021

Dans mon cube, je connais les murs par coeur, à force de m’y heurter de jour en jour comme un prisonnier. J’ai fait de long en large, de large en long, j’ai même osé des diagonales, juste pour voir si ça ferait moins mal. Vous savez, quand vous connaissez si bien un endroit qu’il ne sent plus rien, il ne sent même plus chez soi parce qu’on ne sait pas vraiment ce qu’autre chose sent. Ah! au début ça va! C’est nouveau, rester chez soi et profiter de la proximité de notre nid, aujourd’hui ça fera bientôt un an et ça me semble infini. L’avantage devient le désavantage, se réinventer devient une habitude. Moi qui n’avais pas besoin de personne, qui était fort seul et bien seul, je me rends maintenant compte que je profitais des gens à leur insu. Je profitais des odeurs, des regards, des sourires ou même d’une main sur un bras ou une épaule, qui était une habitude invisible, mais tout ça est devenu absent. L’accumulation du silence, de la poussière et de la routine pèse en lourdes couches les unes sur les autres, cachant de plus en plus la lumière et l’espoir que tout soit derrière soi. La solitude en bloc, le choix de cette solitude au profit de la vie, on ne connait jamais si bien ce cube. On a beau se faire des bulles, même elles deviennent familières et habituelles. Surement que le temps aurait été vraiment plus long, mais l’expérience d’une communauté à laquelle on appartient, que l’on partage dans la vie de tous les jours, ces échanges pleins de hasard, de découvertes, de partages restent sans doute la meilleure façon de rester heureux. Les grandes familles, vivant dans la même boite sont-elles plus heureuses? Je n’en sais rien, car de mon cube je n’y vois rien.