Ce que je suis

7 03 2023

Quand la limite fut dépassée, j’ai simplement arrêté, à bout de souffle, de ne plus m’écouter ne faisait aucun sens. Ce que je voulais et ce que je vivais détonnaient, je subsistais simplement entre deux eaux par habitude. Un kick d’adrénaline qui revenait comme ce besoin de boire sans raison particulière. Je me retrouvais toujours dans de beaux draps, entre bonnes mains, un instant, puis je recommençais, même bras, mêmes draps, jamais bien plus loin. L’oasis où il est bien de se reposer, le rêve raté, l’homme que l’on ne possède pas, le mystérieux qui reste là sans un mot, ce qu’il reste, celui qui après mure réflexion valait peut-être la peine. La peine que l’on m’a faite, que je me suis infligée les yeux fermés pour me retrouver encore et encore seul. Ces mêmes personnes qui ne m’aimaient pas vraiment, ou du moins m’aimaient pour cet instant précieux où il est difficile de porter une armure. Quand l’envie de baiser est remplacée par l’envie de vomir juste à l’idée de se retrouver seul, dans un futur proche, plus rien ne faisait plus de sens pour moi. Être fatigué de savoir qu’il n’y a pas de suite en se disant « peut-être que… ». Des peut-être qui s’étiole dès que le vent souffle un brin. L’idéalisation de ce que c’est l’amour. L’espoir de l’amour. Faire l’amour. Aucun regret, simplement l’envie de tourner la page, de faire différent, d’attendre, d’aimer, d’être aimé, mais simplement pour ce que je suis et pas pour ce que l’on voulait que je devienne. Simplement. Si simplement que ça existe, pour vrai. Tellement vrai que ça fait peur, comme ce rêve où le réveil brutal ne donne envie que de se rendormir un instant, pour la vie. Tellement réel que je n’ai plus envie de dormir, si jamais je ne me réveillais pas.





Le poids de la neige

7 03 2023

Mercredi 18 janvier, je me suis effondré comme un arbre dans une forêt. Sans bruit. Est-ce que quelqu’un m’a vu ou entendu? On m’a simplement ramassé quand le soleil avait commencé à se coucher. Je dis ramasser, mais je devrais dire cueillie sur la neige quand déjà j’étais rendu tout mou, inerte et que je me vidais de la sève qui me restait. Déjà bien asséché par le vent et le froid, j’ai craqué, sous le poids de cette neige qui ne cessait de tomber. Si de mes grands bras je protégeais tout sous moi, je ne sais même pas si la fracture procura la peur assez pour de moi s’éloigner. Le poids de la neige, par fines couches accumulées, au fil du temps, lentement. Une neige commencée bien trop tôt, voir à l’été, une neige bien trop froide pour s’évaporer. Cette neige venant d’ici, de là-bas, de moi. Le poids que je lui accordais, mais le poids aussi des années, des attentes et du temps. Est-ce moi seulement qui pensais que c’était plus grand que c’était? Est-ce simplement cette envie d’être le plus fort au milieu de cette forêt? Quand je laissais siffler le vent entre mes branches pour laisser entendre ma complainte, je me sentais simplement seul et muet. Je m’imposais ce poids de la neige, pour protéger des gens qui ne m’avaient rien demandé. J’ai protégé des gens parce que l’on fait cela quand l’on aime les gens, que c’est ce que j’ai vu qu’il fallait faire en grandissant et que la solitude pèse bien plus lourd que la neige!