Laurence est au bar

16 03 2023

Laurence est au bar le soir. Laurence est au bar le matin.

Laurence est barmaid le soir. Laurence est barista le matin.

J’ai tendance à m’assoir au bar, simplement parce que ça me donne l’impression d’être moins seul que je le suis vraiment. Simplement parce qu’il y a toujours de l’action, si ce n’est pas le bruit des préparations et de simples conversations. Les bars sont bien vivants, plus que moi à cet instant. Toujours quelque chose devant, autre que le vide d’une chaise ou d’un manque de conversation. Je suis au bar, matin et soir. Démarrer avec un peu de caféine, quelques lignes d’une héroïne, le son des machines qui baragouine des breuvages qui assassinent. Je ne suis qu’un voyeur de bar. Là et las, plus le soir que le matin. Laurence est au bar, donc moi aussi. Je ne suis pas là pour elle, mais elle est là pour moi. On est simplement là. Le soir pour calmer l’excitation de la caféine, le matin pour faire disparaitre l’odeur de robine. Moi pour y perdre mon temps, elle pour gagner sa vie, matin et soir, elle aussi.

Laurence est au bar le soir, Laurence est au bar le matin. Je ne sais pas si c’est le fait que je sois dans un autre endroit, ou bien si c’est moi, mais Laurence ne se ressemble pas.





Rejouer en boucle

16 03 2023

On a parlé de tout, sauf de nous. Le périmètre qui nous entourait, s’éloignant lentement du centre, plus les mots défilaient. On était là, pas très longtemps, six heures à peine, pour une toute première fois. On s’est dit ce que l’on fait, d’où on vit, de qui nous entourent, de qui est disparu. Disparus non sans laisser de trace dans nos vies, mais sans faire de blanc non plus dans nos conversations. On s’est parlé de musique, de cinéma, de voyage, de bouffe. Comme tout le monde. On s’est parlé de tout et de rien. On s’est regardé en silence. Tu m’intimidais. L’intensité de ton regard perçait cette coquille de mon coeur fragile. Je te laissais faire, tout en te dévoilant l’effet que tu avais sur moi. Je te regardais en retour, intensément, avec ce désir puissant d’arrêter le temps, cet instant. Suspendre le temps, pas le moment, qu’il dure pour toujours. Toi et moi, là. Nos conversations n’ayant plus vraiment d’importance que de combler ici et là le vide incontrôlable de nos regards déjà bien remplit. On a caressé nos âmes en douceur, sous le regard d’une clientèle qui n’existait pas pour nous. On a parlé de tout, sauf de nous, parce que l’on se connaissait déjà.





Attendre

16 03 2023

Attendre le bus, le métro, la première rencontre d’une journée. Attendre le diner, son retour, la fin de cette journée. Attendre le métro, attendre le bus, attendre pour rentrer. Attendre sa douce pour souper, attendre pour souper avec sa douce. Attendre le livreur. Attente peut-être trop haute sur le goût du repas vu que l’on a attendu beaucoup trop longtemps. Attendre que l’émission commence, en choisir une autre. Attendre d’aller dormir, attendre son tour pour la douche et attendre de s’endormir.

Attendre son amour, attendre un enfant, attendre un appel qui ne viendra peut-être pas. Descendre ses attentes, mais continuer à le faire quand même. Attendre. Attendre de vivre parce que maintenant on travaille, on élève, on apprend, on s’occupe, on ramasse, on refait, on bâtit quelque chose, pour quelqu’un, pour nous, pour soi. Attendre des autres qu’ils lisent nos pensées, rester déçu. Ne pas attendre de leur communiquer notre déception.

Attendre que tout soit parfait, le timing, la femme, le boulot, le texte que j’écris, que je réécris pour la centième fois, qui fini pas ne plus être ce premier texte qui m’avait poussé à écrire, inspirer. Le revoir cent fois pour être certain que vous aimez ça. Attendre encore et encore de le publier.

Ne vous attendez pas à le lire, je l’ai effacé. En fait, je suis en attente de vider la corbeille. Expirer. Simplement parce qu’il n’y a rien de plus vrai que l’instant. Ce moment où s’ouvrent nos yeux pour la première fois, devant notre mère, notre soeur, notre première copine, nos premiers amis, notre premier emploi, l’amour d’une vie, nos enfants, une nouvelle destination, que l’on visite pour la troisième fois. Voir chaque fois, pour la première fois. S’émerveiller de chaque instant. S’éblouir encore et encore. Cesser d’attendre. Regarder. Aimer. Inspirer!

Ne jamais attendre sa mort.

Mourir.

Expirer.