Se rendre

27 03 2023

Je ne suis pas allé. Je ne me suis jamais rendu, du moins pas pour le moment. L’idée qu’on se fait entre le chemin à faire pour une destination et le temps qu’il en prend pour s’y rendre est bien différente, j’ai décidé d’attendre, un brin, un moment, un instant. Je n’ai pas baissé les bras, je les ai simplement détendus un peu. Histoire de me reposer. Changer de vie, de carrière, se rendre ailleurs, ça prend de l’énergie, surtout dans l’imprévu. Vouloir y aller trop vite, sans prendre de raccourcis pour autant, découvrir en cours de route que le chemin n’est pas ce que l’on pensait qu’il serait. C’est le printemps, le temps du changement, l’arbre vieillissant se fragilise sous le poids de la neige. Du moins, il y croit. On vieillit, rien ne change, il prend seulement de l’expérience, une prise de conscience, un moment de trop pour penser et s’en rendre compte qu’avec le temps on est simplement plus peureux dans une même situation. On devient tropophobe dans un monde ou tout va à une vitessse qui prend plus de s qu’il en est nécessaire. On attend, on espère, on manque notre coup. Où sont mes couilles d’il y a trente ans? Celle qui me servait à sortir la machine à écrire de ma mère pour clamer mon mécontentement à de grandes entreprises. Le temps nous transforme-t-il vraiment d’acteur en spectateur? Est-ce moi qui mets sur le dos du temps tout le fardeau des décisions que je ne prends pas? De l’action qui ne se passe pas. Quand j’ai laissé la peur avoir le dessus, elle qui main dans la main avec la colère me propulsait en avant, dans le changement, dans l’évolution de qui j’étais? Se rendre compte, c’est déjà le début de quelque chose non?