Disjoncté

7 01 2017

Dans ma tête électrique, parcours un circuit électronique, fait de zéro, d’un, des décisions qui ne dépendent simplement que d’un choix, l’absence d’un autre. Tout est réglé, mesuré, compté au quart de tour, sans détour, j’analyse les possibilités qui se subdivisent. Je ne laisse rien au hasard, car certains croient qu’il n’existe pas. Je ne me réserve aucune surprise, je laisse cela aux autres. Je suis un minutieux maniaque du détail et de la cédille, je prends toujours le soin de préciser, je sais que ça en énerve plus d’un, c’est plus fort que moi. Quand sur des pages blanches mon crayon s’applique à décrire des lignes trop droites, trop parfaites. Ma main qui tremble un peu, depuis toujours, ne me laisserait pas prendre un scalpel, mais un crayon oui. Ce petit zigzag fin dans ma ligne m’enrage, ce n’est pas parfait, ce n’est pas droit, ce n’est pas moi. Pas moi dans ma tête, moi dans les faits, car personne n’est parfait. Je m’énerve, parce que les parcours empruntés par ma tête ne sont pas ceux que mes mains, mes gestes, mon être suivent toujours. J’ai toujours un mot pour tout, j’aime relancer, j’aime discuter, j’aime avoir raison, comme tout le monde quoi. J’ai cette folie tranquille d’admirer les brouillons, les gens qui sont incapable de faire une ligne droite parce que ça leur lève le coeur, ça les rend fous, je les rends fous. Je m’énerve par moment, j’aimerais comme mon trait soit brouillon, un peu sale, comme les dessins de Joann Sfar, que mon cerveau disjoncte au contact du crayon, du clavier. Que je cesse cette droiture, cette limitation de pensée qui me fait faire des lignes droites, des courbes parfaites, des dessins sans bavure. J’aurais besoin qu’on change mon programme, un peu, simplement pour faire différent, rien de bien drastique, qu’une petite modification de logistique. Revedenir dégourdi comme dans le temps, le temps où je ne pensais pas à demain, pas même à hier, surtout pas à hier. J’ai besoin de me faire pirater la tête électrique, un peu, pour que je laisse ma main qui tremble faire ce quelle doit faire, qu’elle donne vie à mes personnages qui n’existe que dans ma tête, pas encore sur papier. Je dois me détacher les idées, les laisser fuir comme bon elles se sentent. Les laisser prendre vie.

Joann Sfar

Défi du jour : Hack





Elle lui

10 05 2016

Il déposa un genou à terre, ses yeux à elle se remplirent d’eau, il attacha sa chaussure, elle essuya ses larmes et la remplaça par son éternel visage froid avant qu’il ne se relevât. Il avait toujours la même question « quoi? », elle avait toujours la même réponse « Rien! ». Cet échange de bon procédé durait depuis des années, quatre ans au total selon lui, quatre ans, deux mois et treize jours, pour elle. Ils s’étaient rencontrés avant, avant étant une contrée maintenant bien éloignée, dans le temps où on se prenait la tête avec rien, qu’on s’embrassait dans les bars simplement parce qu’on s’était vu, qu’on se trouvait beau, qu’on en avait envie. C’est elle qui avait fait le premier pas, elle qui avait toujours fait le premier pas, qui l’aimait depuis le tout début, qui l’avait vu en premier, dans son jeans, dans un t-shirt ridicule qui portait un logo que tout le monde connaissait, un jeu vidéo, ça n’avait pas d’importance. Quand elle le vit, elle sut, tout de suite, qu’il était lui, qu’il était à elle. Elle ne le quitta que de très rare fois après ce premier jour où il se rencontra. Lui, il était là, ce soir-là, à contrecœur, parce qu’on l’avait poussé, parce qu’on l’avait supplié, il n’avait pas envie de célébrer, jamais, il avait peur des gens, pas vraiment peur, mais les foules l’effrayaient, il préférait rester là, ailleurs, en petit groupe, pas dans ce capharnaüm lubrique où tous les coups était permis. Quand il l’a vue, elle qui rentrait pour déposer son manteau, il eut chaud, il pensa que s’hydrater à coup de pinte lui ferait du bien, il buvait rarement, l’alcool prenait vite le contrôle sur lui. Il ne la perdait pas des yeux, ses amis ne lui prêtant pas attention, par habitude, parce qu’on le connaissait ainsi, il n’était pas méchant, simplement difficile à saisir par moment. C’est à sa troisième pinte que ses pieds s’arrondirent, à peine pour lui faire sentir le sol, un peu de légèreté, il fut même entrainé sur la piste de danse, où il se laissa aller, enfin, un moment. Ce moment où elle le vu, son sourire, mais surtout ses yeux, son regard qui ne la quittait pas, qui maintenant la fuyait à son contact réel. La soirée continua ainsi, d’une série de regards timides, de pintes qui finirent par être insipides. Elle décida de se lancer, doucement, se tenant sur ses pieds, elle s’approcha de lui, on la connaissait pour ses lubies, elle le tira vers elle et lui dit « Ça te dirait qu’avec moi tu passes ta vie? », elle croyait qu’il n’avait pas compris, dans la cohue de cette soirée, elle l’avait simplement embrassé.

Le temps passa et il s’aima, longtemps, toujours, d’une fusion incompréhensible pour certains, moins pour d’autres. Ils se complétaient, ils se synchronisaient, ils se suivaient sans se nuire, ils s’aimaient sans se faire souffrir. Elle dans sa tête, repensant à ce premier soir où elle le voulait pour toujours, espérant le grand jour. Lui, timidement, il l’aimait éperdument, il avait la frousse, qu’on jour certain tout ça ne se fane, ne se brise, ne s’efface. Quatre ans, il faisait tout pour faire durer l’amour, il angoissait presque chaque jour. Il était convaincu que ça pourrait durer, mais jamais il ne s’était lancé.

Il tenait dans sa main la sienne. Il savait que c’est « Rien » n’était pas des rien pour de vrai. Il n’en pouvait plus et voulait y mettre fin. Cette fin qui brise tout, qui fait tant pleurer, qui donne l’envie de mourir un peu à chaque fois que cette fin arrive. Il savait qu’il ne retournerait plus jamais en arrière, il savait que ça serait le coup de grâce. Il avait fait cent fois le tour de la question, il savait qu’il n’y avait pas d’autre solution. Sur sa joue une larme coula, de sa main il se retira. « Quoi? » elle lui demanda. Et lui pour seule réponse il lui dit « Ça te dirait qu’avec moi tu passes ta vie? », elle fit comme si elle avait compris et une fois encore l’avait tendrement embrassé.

 

Défi du jour : « Les deux pieds sur terre, il profite de cette attention, c’est tout à son intérêt. Tandis qu’elle tombe dans une lubie. »





Dis-moi dix mots : Gontrand

22 03 2016

Quand Gondrand s’est levé ce matin-là, il était encore tôt. Il le savait parce que seule la lumerotte éclairait son petit appartement sans rideau. Il sentait qu’il ne pouvait, qu’il ne pourrait pas faire de cette journée un moment mémorable. Comme ces journées où on se lève trop tôt, où il est trop tard pour se rendormir, où la seule envie qui nous reste est celle de rester au lit pour la journée. Une journée où le temps est mauvais, où rien n’ira comme sur des roulettes, où son pied le premier à toucher le plancher sera surement celui qui lui portera tant de malheur. Gontrand s’assied donc sur le rebord de son lit, comme chaque matin, se disant qu’en ne changeant pas sa routine, il éviterait peut-être le pire. Il prit de sa main droite ses lunettes qui reposait sur la table de nuit, pour tenter de distinguer la vie dans son une pièce et demie. Le vent d’automne soufflait des rafales dans ses trois petites fenêtres. Il drache depuis plusieurs minutes, c’est un peu ce qui l’a réveillé. Il passe la main gauche sur le bas de son visage, histoire d’essuyer les résidus d’une nuit passée un peu ivre, ça l’aide à dormir. La bouche pâteuse lui rappelle qu’un verre d’eau repose sur la table de nuit. Sur sa porte, donnant sur l’escalier extérieur de l’immeuble, il entend un bruit sourd, surement le journal, il devra faire vite s’il veut lire quelques pages, car la pluie ravagera rapidement les vieilles nouvelles de la veille. En ouvrant la porte, une bourrasque inonde l’entrée, le journal repose dans un sac de plastique, à deux mètres de la porte. Il se dépêche à sauter sur le balcon pour ramasser le journal quand la porte se referme sur lui. Un peu surpris il se dépêche vers celle-ci et se rend compte qu’elle n’était pas verrouillée, celle-ci qui dans ces habitudes l’est toujours. Il entre, dépose le journal sur la minuscule table ronde, s’en va à la salle de bain histoire de s’éponger un instant. Au retour, il se fait un petit ristrette pour accompagner sa lecture. Gontrand lit toujours les mêmes sections dans son journal de quartier, la première page, la politique et les arts et spectacles, toujours dans cet ordre, et ce depuis toujours. Il garde toujours pour la fin, la météo et la chronique nécrologique pour la fin. Il est content de ne pas être plus au nord, où ils annoncent de la poudrerie pour la journée, que certaines écoles sont déjà même fermées. Gontrand éprouve un certain plaisir à lire et à regarder les photos de cette dernière section, se demandant comment on peut choisir cette photo plutôt qu’une autre, comme cette Pauline Miron à l’air chafouine, comment sa famille c’est arrêté à cette photo. Et il s’invente des histoires sur ces gens qui sont disparus à des âges variables, simplement parce que la vie en avait décidé autrement de leur plan. Chaque fois c’est pareil, il y passe des heures. Il a même déjà fait le tri parmi ses photos, pour trouver la sienne quand ça serait le temps, il ne se pardonnerait jamais de laisser à qui que ce soit la liberté de l’identifié dans une position où il n’était pas à son meilleur, homme champagné, il n’avait pas envie d’être la risée du quartier avec une photo où il aurait l’air un peu fada. Il en a quand même choisi trois, s’assurant de détruire celle qu’il ne prendrait surement pas, et mis ses préférées sur le frigo dans une petite enveloppe sous l’aimant du mot commémoratif de sa femme, morte depuis dix ans maintenant. Il jette un oeil à l’enveloppe, ne regarde même plus sa femme. La maladie l’a privé de son premier amour, son seul, qu’il avait rencontré lors d’un voyage à Haïti, où ils étaient allés pour la même raison, sans encore se connaitre avant cette rencontre-choc, où elle était tombée assise sur lui lors d’un transport en tap-tap entre l’aéroport de Port-au-Prince et St-Marc. Ils n’avaient tous deux que la vingtaine et tellement de promesses ils se faisaient déjà qu’à leur regard, avant même de s’être présenté. Il était furieux après elle de l’avoir quitté avant lui, il gardait au fond de lui une certaine rancoeur face à la vie et ne ce n’était jamais pardonné à lui même de ne jamais lui avoir dit combien il l’aimait. Le temps et la solitude broyant ses idées, il s’était laissé charmé par Huguette, la seule fleuriste du quartier où il faisait les livraisons pour arrondir sa pension. Il se fit un autre café, pour terminer sa lecture, pour terminer de regarder les grands décédés de la veille, il en meurt tellement de gens. Des jeunes, des vieux, des gens qui ont encore l’air heureux. Il prend soin de lire chaque texte, chaque mot, s’imprégnant de l’attention, ou de l’inattention des textes rédigés. Lui même n’était plus très vigousse, mais tout de même créateur à ses heures, il se demande ce que les gens pourraient bien dire de lui à son départ. « Elle laisse dans le deuil… » c’était toujours écrit cela, même sur celle de sa femme… Gontrand Longpré et Grace, leur fille adoptive qu’ils étaient allés chercher bien des années plus tard à Haïti, car il ne pouvait pas avoir d’enfant, il était stérile dû à une maladie qu’il avait eue. Aujourd’hui, sa fille était retournée dans son pays natal, pour faire comme ses parents, laissant Gontrand un peu seul, elle lui avait demandé de l’accompagner, mais à son âge et dans les conditions de guerre qu’on retrouvait là-bas, il n’allait être qu’une carcasse à transporter. Il détourna ses idées et son regard vers l’extérieur, comment il allait pouvoir travailler aujourd’hui, il appellerait peut-être pour déclarer malade, sa journée semblait déjà perdue, et ce depuis qu’il s’était levé. Retournant à sa lecture, son coeur s’arrêta, une larme sur sa joue coula, il était devant le drame de sa journée, il se leva d’un bond, saisi le téléphone qui dormait sur le comptoir, composa sur le téléphone un numéro, tentant de ne pas se décomposer. Parla un instant puis raccrocha. Il se rassois à sa place, poussant la tasse de café du revers de la main, l’envie n’y était plus, il pleurait en silence. Il pensa alors à sa fille, qu’il devait peut-être la rejoindre maintenant, pendant qu’il avait encore la vie, pendant qu’il ne pouvait plus rien attendre que la mort. Son regard se perdit dans le vide, de longue minute, à penser à rien, jusqu’à ce que la porte sonne. Il ouvrit la porte, ne pensa même pas à inviter le commis du dépanneur à l’intérieur, paya, pris son paquet et referma la porte. Il déposa la grosse caisse sur le comptoir, l’ouvrir et s’ouvris une bière, à 8h31 bien précisément. Ce manège continua en silence pendant la journée, jusqu’à ce que la caisse soit terminée, que lui aussi est un peu fini. Il décida de sortir, sans se soucier de ce qu’il portait, il titubait dans les rues en direction du fleuve.

Gontrand fut retrouvé 3 jours plus tard, endormi sur les berges du cours d’eau qui bordait sa ville. Il ne laissa dans le deuil personne qu’il aimait. Il se réveilla à l’hôpital, avec sa fille à son chevet lui tenant la main. Il décida de ne plus parler jusqu’à sa mort. Il décida de ne pas aller aux funérailles d’Huguette et ne pouvait même pas lui envoyer de fleur. Il attendu sa mort trop longtemps dans une maison de retraités avec traumatisme dû à son mutisme. Il s’éteignit un jour de mai, laissant dans le deuil son unique fille et cette rancoeur face à la vie.

 

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Cet exercice vient du site qui suit… chaque année ils sortent dix mots de la francophonie, Cette année c’était les suivants.
Pour la définition des dix mots dits… http://www.dismoidixmots.culture.fr/
en  France « chafouin » et « fada», au Québec « poudrerie » et « dépanneur », en Belgique  « lumerotte » et «dracher », en Suisse « ristrette » et « vigousse », en Haïti  « tap-tap » et au Congo « champagné ».




Saute

19 10 2014

J’ai marché seul le long de cette longue route de terre, car on m’avait dit qu’elle menait à la mer. J’ai ramassé tout au long de ma route, de petits cailloux pour me rappeler qui sur ma route j’avais rencontré. Je regardais la ligne d’horizon et marchait dans cette direction. J’étais seul, avec mes souvenirs pleins les poches, j’étais lourd, et marchais sans reproche. Quand la solitude me gagnait, souvent en même temps que la nuit, je glissais une main dans ma veste pour revivre un peu ce qui était parti. La main dans la poche, la roche dans la main, je caressais ce souvenir de mon pouce, l’usant doucement, faisant disparaitre le temps. Mes pas accompagner d’un petit claquement constant, j’étais jamais totalement seul sur ce chemin solitaire. J’ai marché, des jours et des nuits, n’ayant plus de place pour ajouter, les nouveaux petits cailloux que j’avais ramassés, j’ai du faire de la place et jeter les moins usés, ce qui ne me rappelait plus le temps où une autre route j’avais croisé. Parfois je jetais les plus coupantes, ceux à la lame tranchante, qui me blessait chaque fois que mon pouce glissait sur la paroi. J’étais lourd, mais continuait ma route, j’avais envie d’arriver au bout, laisser derrière moi les arbres et cette terre pour simplement poursuivre la mer. Je la voyais se rapprocher, quelques jours encore et je pourrais m’y baigner. Avec un certain songe, je décidai de m’arrêter pour me reposer, car demain la route serait longue. Je me suis endormi, adossé à ce grand chêne qui trainait là, un chêne centenaire qui me protégerait pour cette fois. Au matin dans le brouillard je me réveillai, ma main sur l’herbe la rosée balaya. Je devais reprendre ma route, j’arriverais ce soir à la plage, j’en doute. Le brouillard était épais, je marchais en regardant où mes pieds je mettais, car la blancheur de ses nuages me cachait le paysage. Je stoppai ma marche brusquement, quand sur ma route une brèche apparut, une fente dans le chemin qui ne continuait plus. Je me suis arrêté, pour évaluer par où j’allais passer, marchant d’un côté, puis de l’autre, cette fente dans la terre n’ayant pas de début ni de fin. Quand je revins près de ce ravin, sur la route qui m’avait accompagné, j’eu l’idée d’utiliser une roche simplement pour sonder la profondeur ce cet obstacle, rien ne m’empêchera de poursuivre mon pèlerinage vers cette eau salée. Je choisis dans ma poche, une pierre de couleur blanche, une pierre me rappelant mon enfance, en fait ce qui m’en séparait, je la jetai dans ce canyon, pour voir où j’allais finir si je manquais ma chute. Cette pierre perdue ne fit pas de bruit, j’en pris une plus grosse pour être sur que sans fond était ce puits. Silence. La frousse me prit, dans c’est bras pour la première fois. Je ne pouvais pas retourner en arrière, ça ne donnait aucun sens à ma vie, même si, tout au long de ma route j’ai appris. Je décidai de prendre une autre roche, une roche bleue, je fis un voeu, la balançant vers l’autre côté, espérant qu’elle trouverait une autre paroi à percuter. Je l’entendis, loin, mais pas inatteignable, une tranchée qui n’était pas insurmontable, je pris mon courage à deux mains, recula et m’élança. Sur le bord du précipice, je m’arrête, mais mes pieds glissent jusqu’à ce que je perde pied et que dans le vide je me vois pendouiller et une de mes poches fut vidée. Agripper sur le rebord, je remonte difficilement sur la route, n’ayant plus aucun doute, je ne peux traverser avec tout ce poids que je peux porter. Je pris un à un mes souvenirs, leurs dis adieu et les vit partir, jusqu’à je tombai sur la dernière pierre, est-ce le destin ou un hasard certain. Cette pierre en forme de coeur, un coeur de pierre, l’ironie et mon amour certain, accompagné un questionnement soudain. J’ai laissé tout s’envoler, je suis près a traversé, est-ce qu’une seule pierre pourrait m’empêcher, d’atteindre le but que longtemps j’ai recherché. J’ai pensé, une larme sur ma joue a roulé, sachant que je ne pouvais pas prendre cette chance, le moindre poids sur mes épaules pourrait me faire perdre ma confiance. J’étais triste de te laisser derrière, des souvenirs, mais surtout des sentiments sincères. Cette douleur qui nous sépare et maintenant, cette obligation de t’oublier. La deuxième fois que je me suis élancé, c’était pour te catapulter de l’autre côté. Je me suis finalement dit que cette distance n’était pas infranchissable pour toi non plus, je t’ai donc lancé de l’autre côté. Quand je me suis élancé pour la dernière fois, la mer et toi devant moi, le corps et le coeur plein de détermination, le rêve soudain que tout irait bien.

 

Défi du jour : La brèche et le saut

C’était le dernier sujet qu’on avait pour les défis du jour, je le fais un peu en retard, parce que j’avais l’inspiration noyée, les doigts engourdis, la tête ailleurs.

 





Tomber

5 10 2014

Je n’ai jamais eu peur des auteurs. J’ai surtout toujours eu peur du vide, qu’un jour ça ne donne plus rien, que mes mains comme amputées ne soient plus capables de taper. Taper dans le rythme, dans l’envie, dans l’espoir que le message passe, un message à personne, une lettre à moi-même. J’ai utilisé mille et une façons de me faire entendre, de me faire comprendre à moi même que je souffrais, je souffrais sans toi, ou avec toi. J’ai toujours pensé que ça ne faisait pas de sens, que ça faisait des lunes que je te cherchais, que je t’attendais et qu’en vain je te trouvais, parfaitement imparfaites. J’ai rêvé longtemps d’être aimer juste comme je le souhaitais, juste comme tout le monde fait, un peu, chaque fois en s’abandonnant à l’autre, simplement parce qu’une partie de nous n’a pas été aimé comme il fallait, ou simplement comme il nous manquait avec le temps, parce que quand on grandit, on espère toujours quelque chose. J’ai toujours aimé les femmes à tête forte, qui avaient soif de liberté, d’envie d’être, d’envie de devenir, comme si j’avais envie d’être là à l’éclosion de ce quelle allait devenir. J’ai compris que chaque fois j’arrivais trop tôt, que je voyais trop loin, que je n’étais pas un voyeur, mais un voyant. J’ai extrapolé trop souvent le devenir de celle qui partageait ma vie en ce que je voyais qu’elle pouvait être, j’ai toujours cru en elles. J’aurais aimé être plus, pour elle, toujours en restant moi. J’ai perdu bien souvent pied et quelquefois la raison. Je suis ce que j’ai toujours voulu devenir, travailleur et écrivain, travailleur généraliste, pour la croute et parce que j’aime bien, écrivain silencieux, car c’est tout ce que j’ai besoin. Quand les gens ont voulu plus pour moi, je me suis caché, quand les gens voulaient plus de moi, je me suis défilé. Comme si je demandais aux autres, une partie de ce que j’aimerais pour eux, comme si je n’avais rien compris de ce qu’eux voulaient pour eux. J’ai toujours eu peur du vide, quand j’ai sauté, j’ai pensé à toi, parce que j’avais envie d’être bien, que tu me tiennes la main sans un mot, sans vraiment poser de question, simplement là pour me rassurer, que tout irait bien, que tout serait bientôt très loin. La vitesse et le vent, plus aucune possibilité de retourner en arrière et une seule question, mais à vingt pieds au-dessus d’un lac sans fond, ce n’est plus vraiment le moment de se poser la question.

 

Défi du jour : 20 pieds au-dessus d’un lac sans fond

 





C’est toujours comme ça avant de partir en vacances

1 10 2014

 

Défi du jour : Herpès Mentale





D’instinct

1 10 2014

J’ai fait le chemin au moins quarante fois dans le passé, je me souviens y être allé tous les weekends, je me suis demandé à quoi ça pouvait ressembler trente ans plus tard. Quand j’ai mis de l’essence, j’étais vraiment convaincu que je pouvais m’y rendre. Ce n’est pas parce que j’étais assis derrière, que j’avais 7 ans, que je ne pouvais pas me souvenir du chemin, du moins je voulais y croire. Quand j’ai pris le chemin vers St-Cutbert, je ne me suis pas vraiment posé de question, droite, gauche, j’étais sur la route, tout allait bien. Quand le chemin c’est fait étroit, j’ai écouté mon instinct, sans vraiment ne jamais comprendre pourquoi je tournais à gauche où à droite. Je ne me suis pas demandé, d’un bout à l’autre de ma route, où j’allais, comme si je le savais. Quand j’ai emprunté la route de terre, dans ma tête, c’était facile… un pont en bois… deuxième pont en bois… il en manquait un pour arriver, je tourne à droite, le bruit de ma voiture sur le troisième pont me semblait familier. Quand j’ai tourné à droite tout de suite après, j’étais là, 30 ans plus tard, sans vraiment comprendre pourquoi j’étais là, comment j’avais pu réussi à me rendre, car la route n’était pas facile. Je me trouvais là, près de la fermette qui était à vendre, qui n’avait plus d’animaux, près de la piscine, qui n’avait plus d’enfants, près du chalet, du bois, probablement près d’un paquet de souvenirs qui refaisait surface sans prévenir. Quand j’ai repris la route, pour nulle part, la route complexe que j’avais suivie sans même retourner sur mes pas, j’ai compris à cet instant que je devais faire confiance à mon instinct, parce qu’en voulant retrouver ma route de retour je me suis perdu, parce que je la cherchais. Parce que quand j’ai pensé à toi, j’ai su où je pouvais te trouver.

 

Défi du jour : Route de terre

 





L’histoire

1 10 2014

C’est comme si c’était une surprise à chaque page de ma vie que je tournais. Quelque chose qui sort de l’ordinaire, qui sort de nulle part, comme si c’était la première fois que je le lisais ce foutu livre. Quand je suis rendu à la fin, ça me laisse toujours plein d’images, trop d’images. J’ai tenté de tourner les pages, une à une, encore et encore, mais c’est toujours la même chose, le même effet de surprise, le même effet de me dire chaque fois qu’il me semble que ce n’était pas comme ça la dernière fois. C’est toujours pareil. Je suis certain, le livre n’a pas changé, l’histoire non plus, les personnages s’animent toujours autant, toujours dans la même position, toujours un peu plus mou parce que le carton n’est plus à ses premières heures. Il y a toujours un détail que je remarque de plus, la face d’un personnage, un mouvement, mais le fond, le fond de l’histoire c’est que rien ne change, c’est toujours pareil, plus les surprises font surface, plus on se rappelle de ce qu’elle représentait pour nous. On finit par connaitre les rouages, les mouvements même subtils, mais on décide de le reprendre, de le relire encore et encore, comme s’il y avait toujours une part de magie, une partie que l’on ne comprend pas, une partie qui nous échappe, qui nous glisse entre les mains chaque fois et qui nous donne envie de recommencer.

 

Défi du jour : Pop-up book

 





Aux plats

30 09 2014

Elle n’aimait pas ça qu’on en parle. Madame parfaite, jamais un plis de travers, toujours le sourire, pas besoin de maquillage, toujours impeccable. Le temps que je la découvre et qu’elle le couvre. J’ai rarement vu des gens ne pas avoir aucun complexe, en fait je n’en ai jamais vu, il y a toujours un truc qui dérange, au moins un, des fois subtiles, mais des fois tellement douloureuses pour l’autre. Elle, elle savait y faire, savait dissimuler, cacher, omettre de le présenter. Ça oui elle avait le talent d’une prestidigitatrice pour le faire disparaitre sans que personne ne s’en rendent compte. On ne dévoile jamais les trucs des magiciens, elle ne dévoilait pas le sien. Parfois on dirait que les choses nous rattrapent, que l’on est pris au dépourvu, que l’on arrive sans que l’on s’aperçoive et que l’on nous pousse, au bout du mur. Pour elle, c’est un peu arrivé comme ça, pas de détail sur le shooting qui allait se faire. Rendue sur place, elle paniqua rapidement, tout le monde déchaussé sur le plateau, elle pensa à s’enfuir, avec ses souliers, sans rien dire. Ça aurait fait tant de bruit, sur le plateau, mais surtout dans le monde qui flashe. Elle avança timidement quand le photographe lui cria « Montrer ce pied que je ne saurais voir! ».

 

Défi du jour : Ce(s) pied(s)





La route

30 09 2014

William marchait sur le bord de la route, vers le soleil, il le sentait sur son visage, mais moins dans ses yeux, car ses lunettes le protégeaient un peu. Le ciel peignait des couleurs magnifiques, il allait bientôt perdre sa lumière, mais rien ne perturbait la marche de William, il avançait d’un pas décidé, sans vraiment savoir où il allait finir. Ça faisait déjà au moins quatre heures qu’il marchait, il se savait sans même regarder sa montre qui avait sonné quatre fois depuis son départ. La fatigue se faisait sentir, mais il n’arrêtait pas. Le village d’où il partait était vraiment tranquille, il avait compté huit voitures sur la route, deux qui allait d’où il venait et les autres s’enfuyait elles aussi comme lui. Il savait qu’il atteindrait son but, il se coucherait enfin en même temps que le soleil. Il trébucha de fatigue, une auto qui allait en sens contraire ralenti près de lui lui demanda s’il avait besoin d’aide, William demanda simplement si le conducteur avait croisé le pont sur sa route et s’il était encore loin. Moins d’un kilomètre, c’était plutôt encourageant, il refusa l’aide du passant et continua sa route, laissant ce dernier un peu inquiet.

Quand la police arriva au pont, il était déjà trop tard, la voiture que William avait croisée avait appelé les secours, trouvant l’homme mal en point. Il était étendu sur le sol, gémissant, l’air un peu amoché, pleurant de ne pas avoir réussi pour une fois ce qu’il avait entrepris. La police lui porta assistance, attendant l’ambulance. William avait entendu plusieurs fois que des gens s’étaient suicidés en sautant en bas de pont, ça lui semblait une bonne idée, mais son expérience fut douloureuse et périlleuse, car sauter par dessus le parapet d’un petit pont sur une route de campagne pour un aveugle n’était pas une chose facile.

 

Défi du jour : Le pont (couvert ou pas)