Que toi

14 10 2016

« C’est juste qu’on ne se ressemble plus, depuis si longtemps, depuis si longtemps ». J’ai pleuré sur ces paroles, l’impression d’entendre mon histoire, notre histoire. Je ne sais pas pourquoi, je ne sais jamais comment c’est arrivé. La distance, elle arrive quand on la laisse s’installer, quand on la laisse prendre sa place. Elle prend ses airs, le mien en même temps, elle m’étouffe complètement. Je ne l’ai jamais laissé arrivé, du moins j’ai essayé, chaque petit moment où je le pouvais, une pensée sortie de nulle part, juste parce que dans ma tête il n’y avait que toi qui prenait l’espace possible. Peut-être ne m’ai-je pas laissé assez de place, peut-être m’ai-je oublié. Peut-être ma place je la voyais près de toi. J’ai tenté d’écouter, d’écouter tes silences, ton besoin d’être seule, de plus en plus présent, de plus en plus sans moi. Je t’ai laissé partir avec la distance, je me suis trompé, de route, de chemin, d’idée ou sur tes intentions. Aujourd’hui la distance creuse de plus en plus, comme un canyon avec le temps, comme cette distance que l’on prend par rapport aux autres planètes déjà à des années-lumière de la nôtre. Pourquoi moi, tu ne m’es jamais revenue, j’ai pu attendre, j’ai cru attendre si près de toi. J’ai juste voulu être ce que tu voulais que je sois. Je suis devenu fade, insipide, sans odeur et sans histoire. J’ai cru passé un mauvais quart d’heure, à m’oublier dans l’alcool, à nous oublier, un nous qui n’existe plus, depuis si longtemps déjà. Il n’y a que toi, le reste ne m’intéresse pas, ne m’allume plus, ne me parle pas. Tous les silences rassembler faisant un grand bruit en moi, résonnant sans cesse, je n’ai même pas chercher ma méthadone, mon fix, mon envie d’être pour quelqu’un ce que j’ai peut-être déjà été pour toi. Je suis triste, pas malheureux. Je suis déçu, pas fâché. Je ne sais pas ce qui me manque le plus. Je n’ai pas de place pour l’amour anymore. Je ne cherche plus anywhere. Mes pas me rapprochant de chez moi me rappellent la solitude, le bruit de mes pas seuls dans cette rue. Les bruits dans ma tête qui m’encourage à fuir, puis à m’accrocher, puis à tout laisser tomber. Je ne sais pas par où recommencer, je ne sais plus qui je suis. Je ne me ressemble plus, depuis si longtemps…

 

Inspiré par:Louise attaque – Il n’y avait que toi





Faites du bruit

18 09 2016

La solitude et le bruit me réveillent de cette nuit. Pas mon chat, qui respecte mon sommeil à la veille de cette fin si proche d’une errance totale. Cette fin où j’ai mis du bruit, simplement pour ne pas entendre mes pensées, simplement pour oublier que j’existais un moment. Le bruit, je le consomme par peur d’affronter le silence. Ce silence où seul je suis confronté à mon plus grand ennemi, moi-même. Mon plus grand adversaire, celui que je suis, celui que je voudrais être. Cette envie de tout lâcher, qui me donnerait surement d’autres problèmes à surmonter. Avoir peur d’être, de sentir, de vivre à nouveau, enfin. Je mets du bruit auquel je ne m’intéresse pas, ou si peu. Je bois du bruit pour ne plus me sentir, ou pour sentir mon esprit s’évader, encore un peu. Mille et une façons de me sauver de moi, chaque fois plus similaires que la précédente. Je n’ai plus l’imagination de la fuite, je n’ai plus d’idées inventées pour disparaitre temporairement, pour m’effacer, me faire invisible, me faire oublier le temps que je renaisse de mes cendres. Je suis brulé, fatigué, lasse de vouloir, trop épuiser pour oublier. Je ne veux pas devenir gris, je ne veux pas être fade, morne, triste. Je veux… Je veux… J’ai repris quelques mots que j’avais encore en bouche, en tête, en moi, pour te les raconter à toi. Pour me sentir autrement, pour les sortir doucement de moi, un à un enligné sur une ligne différée, où chaque mot qui précède est déjà passé et où le suivant n’existe pas encore. Le poids des mots martèle mon âme, m’assomme, m’assassine. J’accrocherai mon plus beau sourire demain, pour faire semblant que tout s’est bien passé, en fait, tout est surtout passé. Le bruit d’un sourire sur mon visage, comme un leure pour tromper, mais pour ne tromper que moi. Ça ne durera qu’un instant, l’instant d’entendre le bruit des autres, me taire. Garder le silence, espérer que tout change, rester immobile. Regarder le cadran qui sonne l’heure du départ, partir enfin. Recommencer. Encore. Parce qu’au fond on aime un peu ça, du moins on aime le bruit que l’on met dans notre vie. Qui a tué l’homme que j’étais, qui m’a laissé sans vie, sans rêve là dans ce qu’on appelle la vie? Qui est resté là à me regarder me détruire doucement, à me contempler de haute sphère, à souhaiter ma mort doucement, lente, prolongée. Je ne veux pas de ça, je ne veux pas mourir, pas maintenant, pas dans cet état, piteux comme état. C’est le temps de briser le miroir.





J’itinérance

20 06 2016

Je laisse trainer des mots vides, simplement pour ne pas oublier comment écrire. J’ai pensé utiliser ce livre où les idées ne manquent pas, mais je suis tombé au hasard sur un truc qui parlait de mariage, je me suis dit que c’était pas nécessairement bon pour moi de me décomposer là-dessus aujourd’hui, comme ce ne l’était pas pour moi hier et probablement demain non plus. Le plus près que je sois passé du mariage, c’était des fiançailles, peut-être beaucoup trop jeune, pour elle. Elle venait d’être libérée de son foyer parental et je lui laissais aussi sa liberté, elle c’est envolée. L’autre moment, c’était des femmes mariées, où on jouait de charme tant que la réalité ne frappait pas. Elle frappe toujours la réalité. Pour moi c’est toujours le matin, très tôt, en même temps que le soleil se lève sur une nouvelle journée. J’aime aimer, j’en suis peut-être amoureux de ce sentiment. Je choisis quand même qui j’aime, peut-être à tort, peut-être de travers. Trop de questions s’imposent à moi. Je suis maitre que de mes sentiments, me valeur, mes rêves. J’ai toujours rêvé d’enfant, de mariage, de famille. J’ai toujours rêvé, de passion, d’amour, d’amitié. Aujourd’hui seul devant moi, je me regarde, un peu triste de ce qu’il me reste, un peu nostalgique de ce qui est passé, qui ne repassera plus, des bribes de bonheur parfois plus longues les unes que les autres. Mon image se décompose dans la glace, la chaleur immense me fait perdre la tête. Je tournoie puis m’assois un instant pour penser à moi. Où me suis-je mis, dans toutes ses histoires. Je suis l’itinérant en quête d’amour et parfois, on me lance avec dégout une poignée de mécènes. J’ai la parabole agile, mais rien ne dure, tout s’envole, comme ce que je suis, j’oublie, j’oisive seul sur ma branche. La seule chose que je me souvienne, c’est que je n’arrête pas d’oublier, de m’oublier. J’hypothèque à frais virés ma conscience loin d’être tranquille, me disait que l’intérêt viendra plus tard, que j’en tirerai des bénéfices, qu’un jour je deviendrai un arbre fruitier. Tout le monde aime quand l’on fructifie. Je me réveille, souvent trop tard, au pied de l’arbre trop sec, trop vide, comme un arbre… bien trop seul.

 





T’avais peut-être raison…

1 04 2016

T’avais peut-être raison.

Moi je garde tout, longtemps, un conservateur de la plume, du mot, du vêtement, de tout ce que j’ai, peut-être même toi. Je garde tout, longtemps parce que j’aime ce que j’ai, j’y fais attention, j’en prends soin, tout le temps. Je crois que j’ai aussi fait ça avec toi, j’ai pris soin de toi. Je suis conservateur, je respecte tout ce qui m’entoure, je suis le plus fidèle des hommes que je connaisse, en fait je ne crois pas connaitre d’homme qui ne s’est jamais égaré un jour, parce qu’il faisait soleil et que le vent soulevait trop la robe sous son regard distrait. Je suis comme ça, je donnerais tout ce que j’ai, trouverais tout ce que je n’ai pas, pour faire plaisir aux gens que j’aime. Parce que mes parents étaient comme ça, parce que j’ai grandi dans ça, chaque jour de ma vie. J’ai toujours voulu donner le beurre, l’argent du beurre et j’ai même probablement préparé une petite recette avec les restes, juste pour être sûr que personne ne perde rien.

Hier, pour me consoler, j’ai lu des vieux mots, des mots d’amour, des mots des autres qui avaient des mots pour moi, de mot beau « Tu me manques déjà », « J’ai déjà hâte de te revoir », « Mes vêtements portaient ton odeur, c’était hallucinant! » des mots qui sont d’un passé décomposé, d’un passé avant toi où ce que je faisais plaisait, où ce que je faisais m’était rendu. Des « Je pense à toi », « tu me manques » et même jusqu’à « PS. Je t’aime! », bien avant que le film sorte. Des mots qui sont morts, que je me suis rappelé hier, en fouillant dans ce que je gardais, simplement pour me rappeler que ces mots-là existent pour moi aussi, mais pas avec toi, t’avais raison.

Après pour comprendre, j’ai regardé les mots entre nous, les mots qui ont existés parce qu’il y en a eu. Nos premiers échanges, futiles, sur le sexe, ça oui il en a eu, ils sont morts avec notre consommation, on a plus eu besoin de dire, on faisait. Après, ce qui se rapprochait le plus de tes mots d’une marque d’affection ressemblait à un jeu de tic-tac-toe.

Puis, des mots durs, des mots qui m’ont fait arrêter de pleurer, presque instantanément, parce que j’ai comme compris, que t’avais raison. Des mots qui arrivaient toujours de la même façon, quelques mois après un voyage, quelques semaines avant ta fête. Il y a deux ans, je ne comprenais pas ces mots, j’ai tenté d’essayer, de voir, de pousser ma luck. Après la première fois, on s’est laissé, on s’est retrouvé, ça avait changé. Les mêmes mots, tu pourrais probablement me les dire aujourd’hui, du moins c’est tout ce que je peux imaginer.

Et encore, j’ai remarqué qu’il était plus facile de réutiliser mes mots plutôt que de comprendre ce qui se passait chez toi « t’a raison, je sais pas ce que je veux », « Je suis pas certaine de l’avoir jamais su ». « Je suis une éternelle insatisfaite! », avec moi en arrière-plan, qui rame pour tenter d’atteindre ton ile. Moi qui tentais de combler chaque petit vide que je saisissais au vol, histoire de garder ton sourire. Ça marchait, ça marchait toujours, un moment, puis, de moins en moins longtemps, jusqu’à ce que tout revienne, comme il y a deux ans.

Maintenant, je vais arrêter d’être fâché après moi, pensant qu’il y a quelque chose que je n’ai pas fait, de toute façon, tu ne me l’aurais pas dit. Je suis pris dans un tourbillon d’émotion qui change depuis trop longtemps. T’as même décidé de me tuer, quelque part entre décembre et maintenant, quand on avait tant de complicité. Aujourd’hui je n’existe plus, alors je m’écris à moi-même, pour simplement me soulager des maux que je gère en silence.

Ce qui reste de nous se déconstruira avec le temps. Là je suis trop fâché, fâché après moi, fâché d’être encore capable de t’aimer, d’avoir envie que tu sois heureuse, de te souhaiter toujours le meilleur. Chaque jour est lourd, de moins en moins, surtout ce matin. On ne peut se battre contre le vent. Personne ne pourra jamais te donner totalement ce que tu désires, et ça, c’est vrai pour tout le monde, t’apprendras peut-être un jour à faire avec.

T’avais peut-être raison, mais je me souviens plus vraiment à quel sujet cette fois-ci.





Le temps d’un printemps

22 03 2016

J’ai mal, comme si on m’avait arraché un morceau de chair, une partie de moi. Chaque jour ça élance autant, ça m’empêche de penser à autre chose, ça ne m’empêche pas de penser à toi. Je ne laisse pas guérir, j’ai pourtant pris le temps, j’ai pourtant pris la semaine, j’ai l’impression de ne pas voir avancer les jours, les heures, les minutes, les secondes. Je n’arrête pas de jouer dans la plaie, simplement parce que je ne comprends pas ce qui est parti, pourquoi? Parait que le sel guérit, aide a cautériser la plaie, j’ai beau pleuré au-dessus que rien n’y fait. J’ai simplement mal, plus le temps avance moi j’ai confiance de comprendre tes silences, ceux qui étaient passés, présents, à venir. Je suis là, à me contempler l’être de façon idiote, à ne plus avoir faim, à me dire que c’est mon chat qui déclare maintenant l’heure de manger, deux fois par jour. C’est lui qui gère la routine, c’est un peu comme ça qu’on s’embourbe, je crois. Un pas à la fois dans la même direction. J’aurais dû te retenir quand je t’ai vu t’installer là dedans, mais je n’ai rien dit, simplement parce que tu n’aimes pas ça te faire dire quoi faire, toi même tu ne décides pas pour toi. Je suis resté là, à te regarder dériver, simplement parce que je t’aime. Simplement parce qu’on ne peut pas se battre contre le courant, contre les gens, contre la vie de façon générale. La vie, le cirque, où chacun joue son rôle, son bout de scène, son moment de gloire. Tout le monde couche avec tout le monde, simplement parce qu’à un moment, ça pourrait servir, ça pourrait au pire faire du bien. Je pense que je suis brisé, depuis toujours, parce que j’excelle dans le contraire, parce que si j’aime, j’aime abondamment, que toi, pour toujours, jusqu’à ce que tu changes d’avis, sinon moi, ça arrive aussi, mais je t’expliquerais, t’inquiètes pas. Tu n’auras jamais l’impression que je te joue dans le dos, parce que je ne sais pas comment, je ne sais pas comment jouer à ça et à regarder les gens faire, je n’en ai surtout pas envie. J’aurais pu être un père, un jour, le genre de père qui restent à maison, qui cuisine à sa femme, qui s’occupe des enfants, qui trouve sa femme toujours aussi radieuse le matin et qui s’endors après s’être enlacé le plus longtemps, le plus souvent possible. Parait que c’est impossible, pour moi, parce que pour les autres ça se peut, ça arrive. Ça ne dure jamais, mais c’est là, l’instant un temps, d’un an, peut-être même plus, mais ça casse en mille morceaux, sans faire de bruit, sans le regard des gens, sans leur jugement. Ça casse de tous les bords, de tout côté, la sève qui commence à couler et les oiseaux à roucouler. Ça sent le sexe dans les yeux des gens qui se désirent là, qui ne se désirent pas, qui se désirent le temps d’un regard, d’une baise torride dans un printemps qui sent la merde en dégelant. Qui après la première pluie d’été se retourne en se demandant où ils en sont rendus. Je reste là, las, à regarder la vie, à me demander quoi faire, moi qui voulais tant aimer et qui reste, une fois de plus les mains vides, le coeur rempli de tristesse, le corps replis de fatigue, à avoir trop souvent échoué.





Le silence et le temps

20 03 2016

Tout à commencer par des mots, il fallait bien que tout se termine par des silences, s’était écrit, mais personne n’en parle. On ne se voyait même pas, maintenant on ne se verra plus. On se débattait, comme sous l’eau, on manque d’air, en manque de ce qui fait de la vie existe. Au début, c’était de ma faute, à la fin aussi, deux fois j’ai brisé le silence, les résultats étaient si différents pourtant. En fait, ce n’était pas ma faute, c’était celle du silence, celui qu’à un moment on apprécie, celui qui à un moment on veut briser, parce qu’il est insupportable, parce que l’utilisation des mots est plus réconfortante, quand elle est faite consciemment, par des gens qui comprennent le verbe.

Le temps et le silence. Le temps d’un silence, je me suis ouvert les yeux et tu n’étais plus là, je n’ai pas compris pourquoi, j’ai fait tout, j’ai tout fait, j’ai même écouté à savoir si tout cela avait du sens pour toi. J’ai retenu, je me suis retenu, puis je me suis souvenu que tu voulais ta liberté, ton air, ton temps pour toi, ton amoureux quand tu veux, ta solitude quand tu ne le voulais plus. On s’est fané à l’aube de l’été, avant le printemps, avant que le soleil nous rejoigne, avant même que l’on rejoigne le soleil. Tu voulais tout, pour toi, sans choisir parce que choisir laisse concevoir que l’on manquera quelque chose, que l’on ne peut pas tout avoir. Le silence et le temps, un poison qui s’infiltre à notre insu dans l’entièreté de notre être, entre le toi et le moi, entre le temps qu’il faut pour simplement arrêter de se souvenir. Se souvenir d’hier, celui qui faisait sourire sur l’oreiller, celui qui faisait qu’on était bien en silence.

Le temps et le silence, trois fois le temps de le briser pour me dire je t’aime durant toutes ces années, c’est bien peu, mais je me suis tue, je me suis tué de l’intérieur à espérer que tu le brises à nouveau, l’oreille attentive, j’osais espérer. J’ai même appris à faire de même, parce que ce verbe t’effraie, quand pour d’autre il réconforte. J’ai laissé le temps faire, j’ai laissé le silence agir, patiemment, sachant qu’il ne menait à rien, sachant que les sentiments qui me trainait au fond de la gorge m’étouffaient, me tuaient à petit feu, comme on décide de ne plus se battre contre le cancer. Mes mots mourraient là où il n’était pas autorisé de sortir. La douleur dans mes yeux, celle que tu ne voyais pas à force de te regarder, celle que tu n’interrogeais plus parce que les mots sensibles t’effraient, ils sont si impliquant, si engageant, importants. Je tenais le coup, la barre, le tempo de tes humeurs, je tenais en silence les sentiments qui me brûlaient en dedans. J’ai même pensé de faire un cadeau, à la Saint-Valentin en la laissant passer avec des promesses qui ne se sont pas réalisées, simplement pour t’éviter de dire ce que l’on dit en cette journée, aux gens que l’on est aime.

Le silence et le temps, une pause. Le silence. Une pause. Le temps d’une autre pause ou un silence. Puis un mot, un autre. Tu demandes une autre pause. Je demande le silence. Un sanglot qui s’infiltre, plus fort qu’un silence, plus fort que le temps. La larme qui sonne l’alarme en silence, ça fait son temps. Un signe s’impose sur ma silhouette. Un sentiment en silence. Quelques mots. Le sexe, puis le silence. L’insupportable silence. Celui qui dure depuis toujours, que l’on consomme doucement depuis trop longtemps. Savoir. Avoir su. S’endormir. Se réveiller après ses propres sanglots, que l’on tente d’étouffer, encore un temps. Se lever et s’enfuir. Ce sentiment de vouloir ne plus être là, simplement parce que le silence lourd m’étouffe. Se rendre compte que je suis chez moi. S’enfuir avec elle pour une dernière fois.

Silence.

Temps.





À terre

28 02 2016

À terre, j’ai posé le pied. Il semble qu’il y avait longtemps que ma tête tournait, il semble que je n’aie vraiment pas le pied marin. À force de vouloir garder l’équilibre, je passe d’une dépendance à l’autre. De l’amour, à l’achat, je me lance maintenant dans le travail, les chiffres, ceux qui ont hanté mon enfance, je les manipule comme je veux, pour les faire parler, pour les obliger à me répondre toujours. J’ai oublié qui j’étais, je l’oublie chaque jour, même mon miroir ne me retourne plus mon image. Ne suis-je pas toujours celui qui instaure le premier regard? Je ne m’aventure plus, je ne pousse plus, je pèse et sous-pèse chaque mot, chaque mouvement que je sens sans ne plus pressentir, ressentir. Que m’est-il arrivé et quand? Je ne me laisse touché que par la musique, quand d’une main j’essuie une larme d’une histoire déjà depuis trop longtemps passée. Caresse ma joue, s’il te plait. À terre, je ne tiens qu’à, je ne tiens qu’à toi, qu’à toi, à toi. Ton regard ne me berce plus, je te cherche comme les jours se passent. Seule ma mémoire tiens le coup, seule ma mémoire prend un coup, oublie, une minute, une heure, une soirée entière, pour ne plus me sentir moi, pour ne plus me souvenir ce que tu me disais hier. Tu es partie, tu reviendras toujours, un coup de hache dans mes jambes qui tienne qu’à terre, tu ne m’ébranles plus, de tes mots traites qui m’ont si longtemps charmé, ton amertume envers moi reflète ce que tu n’as jamais compris de moi. Et le temps, qui va doucement sous mon oreiller, le sommeil léger jusqu’à la prochaine fois. J’ai toujours raison d’avoir tort, je n’ai jamais tort d’avoir raison. Tu es l’interprète des mots que je ne dis pas, que je ne dis plus à personne, parce qu’à force de les user, ils ne servent plus à grand-chose. Les mots sortent et tombent à terre, à plat, aux oubliettes. Je suis le rêveur déçu d’avoir trop longtemps espéré ce qu’aujourd’hui tu peux me permettre, toujours trop tard, toujours trop loin de ma réalité. La réalité où un jour en mer, ton coeur de sirène est venu m’hameçonner pour ensuite me laisser m’échouer sur le quai. Aujourd’hui amer, je ne vais plus en mer et je préfère ne plus être moi même et garder un pied à terre.





Impuissant #1

1 08 2015

J’ai marché d’un pas anticipé pour aller te retrouver. Il y a longtemps, un an, peut-être deux déjà qu’on ne se voyait pas. Mes jambes avaient du mal à me soutenir, à me donner cet air rassuré, un pas déterminé, elles n’arrêtaient pas de trembler. Je ne savais pas sur qui j’allais tombé même si ça fait quoi, vingt années qu’on c’est rencontré. Je manquais d’air, je montais une pente, mais les deux ensembles n’avait rien à voir. Je pensais à ce que j’allais dire, ce que j’allais écrire, puis j’ai simplement eu envie de garder le silence. Je me suis dit que t’avais peut-être envie de ça, peut-être envie que je sois simplement là, moi c’est ce que je souhaitais car des mots j’en manquais. Quand je suis entré dans l’immeuble, mon sang c’est figé, mon coeur c’est arrêté, j’ai eu l’impression de divaguer, de m’évader à l’interieur de mon corps, avec cet envie d’être là, et pas.

Quand je suis monté, j’avais l’impression d’être le chien dans un jeu de quille, c’était ma première fois, pas dans cet endroit mais là. J’ai manqué d’air, je suis devenu aveugle, je ne connaissais pas la chambre, j’ai demandé mon chemin sans l’écouté, une question d’instant, j’allais te reconnaitre. En voyant le numéro de la chambre, je me suis rendu compte que j’avais enregistré la réponse qu’on m’avait donnée parce que mes jambes ont barrées, on se retrouvait deux dans la même position, si ce n’est que pour la verticalité de mon être. Figer, je savais plus, je ne savais pas, j’ai reculé, je suis revenu sur mes pas, et je suis revenu à ta chambre, parce qu’on tentait de m’en éloigner. Tu n’étais pas seul quand je suis entré, y avait déjà quelqu’un qui se tenait à ma place, en fait à celle où j’avais envie d’être. Je suis resté là, l’autre c’est retourné et dans mes yeux elle a vu qu’elle devait s’en aller, avec des promesses de revenir, elle m’a laissé seul avec toi, enfin. Avant de partir, elle m’a laissé des lettres sur un papier, un crayon pour m’exprimer, dès qu’elle est sortie je les ai déposés, je n’avais pas envie, je ne me possédais que très peu.

T’étais là, pareil comme avant, avec tes grands yeux bleus qui me disaient bonjour. Cloué au lit par tous tes membres qui se refusaient de t’obéir. Connecté de tout bord tout coté, t’empêchant de me saluer comme tu sais le faire, avec tant de choses à dire, ça faisait si longtemps. Tous ces fils, ces tubes, ses bips qui t’aidaient à survivre et moi pris dans mon corps, pas par imitation, mais par compassion. T’étais là à attendre que je dise un mot, je ne savais pas quoi faire, je ne savais pas quoi dire, j’étais pris dans tout le chimique qui paralysait ma mécanique. L’autre est revenue, simplement pour me dire que je n’avais pas attendu mon tour, que d’autres attendaient avant moi. Mes yeux lui ont fait comprendre qu’ils allaient attendre, ma bouche, que je ne serais pas longtemps. Presqu’une porte de sortie pour le mal qui me torturait à l’intérieur.

Mes yeux sont revenus sur toi qui me regardais toujours. J’ai dit quelqu’un mot d’usage un peu maladroit, simplement parce que j’étais paralysé, mais content d’être avec toi. Je t’ai dit que j’étais là parce que je pensais toujours à toi, que j’étais content de te voir, que j’aurais aimé mieux te voir ailleurs que là, dans se grand lit qui était maintenant un peu ta prison. À chaque phrase que je disais, tu me répondais par un oui, par un non de la tête, tu haussais les épaules, c’est tout ce qui te restait de ta grande mobilité que je connaissais depuis vingt ans. J’ai dit que tu devais trouver ça horrible de ne pas pouvoir bouger. Les mots me manquaient, j’ai eu envie de m’enfuir. Je t’ai dit que je pensais toujours à toi depuis que je savais que t’étais là. Je t’ai promis de revenir, avec l’autre membre de notre trio, que des gens attendaient pour te voir, t’as eu l’air d’hausser les épaules en voulant dire que tu t’en foutais. J’ai senti que t’avais envie que je reste, mais je suis parti, avec l’envie que tu ne me voies pas éclater en larme, comme si t’avais besoin de ça en plus.

J’ai marché, longtemps. J’ai écrit à notre ami pour lui donner des nouvelles de toi, lui dire que t’avais envie qu’on soit là. J’ai eu envie de fumer, de pleurer, de me coucher en boule dans un coin pour pleurer la vie. J’ai pensé à toi chaque jour qui ont suivi. Aujourd’hui je mets en mot ce que j’ai ressenti, parce que je suis tellement triste de te savoir ainsi. J’ai lu sur ta maladie, le syndrome Guillain-Barré, pour me rendre contre que je ne savais pas quand t’allais me revenir sur deux jambes et je trouve ça tellement difficile.





Le temps file

25 02 2015

Le temps file et je m’y accroche sans grâce, les doigts dans la glace, je glisse doucement, vers un sommeil jamais assez profond. Le temps file, les mois qui défilent, me font vieillir sans cesse, sensation subite de sombrer dans un tourbillon sans vraiment de direction. Je n’accumule plus les brouillons, je n’accumule que les mots dans ma tête, ceux que je n’ose dire, ceux que je ne couche plus sur ce papier informatisé. Je ne veux pas devenir l’ombre d’un blogueur déjà actif, dans un passé composé de temps, de phrases et de sentiments. Je me suis ennuyé de moi, je me suis tait trop de fois, ligoté sur le divan, un bâillon entre les dents et la fatigue qui me lie les pieds et les mains, la fatigue comme seule excuse de remettre mes maux à demain. Je reprends un peu de moi, je me suis écouté me dire de sortir, j’ai obéi. Je suis allé me réfugier dans un bois, trappeur urbain, je me suis perdu au loin, le plus loin que je pouvais, à bout de souffle, au bout de moi. Je suis allé le voir juste avant de partir, une triste image qui me rappelle son sourire. La dernière fois que j’étais allé le vois avant de partir, c’était lui qui s’en allait, pour de bon, pour toujours. Sur la grosse roche devant l’arbre en V, je me suis échoué, autour de moi il n’y avait que des arbres, de la neige, le vent dans les arbres et sa main sur mon épaule. Sa main… et sa voix d’outre-tombe qui me disait doucement à l’oreille « N’aie pas peur! » comme pour me rassurer, comme avant. J’ai séché les larmes qui gelaient sur mes joues, j’ai mis à mes pieds des raquettes de bois métallique et de babiche plastique, puis j’ai marché, à en perdre le souffle, l’humeur et à entendre en bout de ligne que les battements de mon coeur qui voulait sortir, me dire, me laisser savoir qu’il ne s’était pas arrêté, comme si j’en avais douté. Je suis allé chercher un peu de force qui trainait par-là, un peu de force qui venait de toi, pour moi, pour eux, pour nous tous qui ne t’avons jamais oublié, la force brute que tu nous donnais simplement pour avoir la force d’avancer, de changer, de continuer. Tu sais, le temps file, mais un rien nous sépare, un souffle, un gouffre, un battement, une simple envie que tu sois là.





Eau trouble

6 07 2014

Je me suis oublié, il y a quelques jours, pour ne pas penser à toi. Ça m’arrive parfois, quand je vais moins bien que la veille. C’est comme si ça se remplie, comme un vase, un moment, j’ai un creux, je me remplis de tristesse, un grand vase de tristesse, je pense plus à moi, je me lance une grenade en pleine gueule. Je ne sais jamais pourquoi exactement je fais ça. Quand je me relève, je suis mal amoché, j’ai oublié une partie de moi, j’ai détruit une partie de ce que je suis, rien n’est différent, rien n’est réglé. Sinon, j’ai mal à ce vide revenu, je le remplis à nouveau de tristesse, jusqu’à ce que je vois trouble, les yeux en larmes, mais n’entendant pas l’alarme. Je dois bien être protégé de quelconque façon, je me relève chaque fois, après chaque détonation, même si ça ne fait qu’une chose, agrandir ce trou béant, que je remplis jour après jour de sombre, de noir, de tristesse insoluble.