Cinglant

26 04 2023

Il tenait un sabre à la main, son sabre. Lentement les gouttes d’hémoglobine se formaient et quittaient sa lame Damascus dans ce qui aurait pu ressembler à un ralenti. Il se tenait à genou, devant l’autel, devant Jésus qui, tout compatissant, saignait avec lui. Ses mains tremblaient et un filet de sang glissait sur son menton. Il pleurait, je ne sais pas pourquoi, car il ne parlait pu quand je l’ai trouvé ainsi. Il avait l’air à comprendre quelque chose, aurait aimé m’en parler, seul le bruit des gargouillis était audible. Ces petites bulles qui remontaient à travers le sang et voyaient le jour encore pour quelques instants. La fin était proche, il le savait, je le savais aussi. Figé devant lui, je ne savais que faire. Mon appareil mobile en main, mais aucun mouvement, sinon qu’un léger tremblement. Il ne me regardait pas, il regardait droit devant lui, implorant le Christ de l’aider, de venir mettre fin à sa souffrance. Même si le temps qui lui restait lui filait entre les doigts, il aurait aimé que tout se passe plus rapidement. Du moins cette scène, car encore très jeune, il n’aura pas eu le temps de vivre pleinement ce qu’il aurait aimé vivre. Ses choix furent responsables de son destin. Je me doutais un peu de qui était responsable de cette situation. Cette femme qui l’avait repoussé dans ses tranchées, qui l’avait transformé à ne plus être ce qu’il avait déjà été. Cette magnifique femme aux yeux clairs que je n’avais vue qu’une fois, une seule, à cette fête du Nouvel An chinois, en 2011, où elle portait ce masque de lapin tout en fourrure sous un parapluie rouge. Elle était magnifique que de par ce qu’il m’en disait, on aurait pu tomber amoureux même aveugle de cette femme. Un poison pour l’esprit qui tournait sans cesse dans sa tête telle une ritournelle qu’on souhaite voir disparaitre, mais qui n’en fait rien. C’est surement à bout qu’il se fit harakiri, pour que cesse cette image d’elle qui ne faisait que ressurgir à tout moment, quand la plaie se refermait doucement, elle revenait y insérer les doigts une fois de plus, ne demandant rien de plus que de ne pas sombrer dans l’oubli.

Défi IA : « La dernière fois que j’ai vu cette personne, elle portait un masque de lapin et tenait un parapluie rouge. »





Se rendre

27 03 2023

Je ne suis pas allé. Je ne me suis jamais rendu, du moins pas pour le moment. L’idée qu’on se fait entre le chemin à faire pour une destination et le temps qu’il en prend pour s’y rendre est bien différente, j’ai décidé d’attendre, un brin, un moment, un instant. Je n’ai pas baissé les bras, je les ai simplement détendus un peu. Histoire de me reposer. Changer de vie, de carrière, se rendre ailleurs, ça prend de l’énergie, surtout dans l’imprévu. Vouloir y aller trop vite, sans prendre de raccourcis pour autant, découvrir en cours de route que le chemin n’est pas ce que l’on pensait qu’il serait. C’est le printemps, le temps du changement, l’arbre vieillissant se fragilise sous le poids de la neige. Du moins, il y croit. On vieillit, rien ne change, il prend seulement de l’expérience, une prise de conscience, un moment de trop pour penser et s’en rendre compte qu’avec le temps on est simplement plus peureux dans une même situation. On devient tropophobe dans un monde ou tout va à une vitessse qui prend plus de s qu’il en est nécessaire. On attend, on espère, on manque notre coup. Où sont mes couilles d’il y a trente ans? Celle qui me servait à sortir la machine à écrire de ma mère pour clamer mon mécontentement à de grandes entreprises. Le temps nous transforme-t-il vraiment d’acteur en spectateur? Est-ce moi qui mets sur le dos du temps tout le fardeau des décisions que je ne prends pas? De l’action qui ne se passe pas. Quand j’ai laissé la peur avoir le dessus, elle qui main dans la main avec la colère me propulsait en avant, dans le changement, dans l’évolution de qui j’étais? Se rendre compte, c’est déjà le début de quelque chose non?





Le retour à la normale

14 03 2023

Où est rendu le monde? Vraiment, il est où? La fin d’une pandémie, le début d’une vie normale, rien ne l’est plus, rien n’est revenu comme « avant ». Certains travailleurs n’ont pas vu de changement, que ce soit sur les sites de construction, suite au retour en classe des étudiants et bien d’autres milieux. Un peu différemment, pas totalement. Les bureaux déserts du centre-ville hantent Montréal. La diplomatie est de mise, le manque d’employés et le manque de preuve que c’est mieux ou pire de travailler de la maison ou pas. On ne froisse pas les uns pour garder les compétents, on ne froisse pas les autres simplement par équité. La panique s’installe quand l’entreprise parle d’un 40% de retour au travail, 2 jours par semaine, les employés demandent des paiements pour les lunchs, le transport, les vêtements, le temps que l’on perd de l’autre. La guerre de l’efficacité déclarée. Les uns réclament la collaboration inefficace, les autres, une perte de temps, de leur temps, parce que le trente, quarante-cinq, soixante ou quatre-vingt-dix minutes, deux fois par jour, d’improductivité personnelle est gravement touchée par le retour au travail et avec raison. Le milieu des uns ne fait pas le bonheur des autres. On s’enlise dans ces discussions sans décision. On recule quand la masse quitte le navire parce que le voisin offre aujourd’hui ce que l’on avait hier.

Le réel impact est difficile à saisir. Mon réel impact s’est fait sentir plus vite que je ne le croyais. Tenir le fort, être présent, savoir que certains souffrent de cette solitude prolongée, être là. Bien que la majorité d’une équipe de plus de quinze employés ne souhaite pas tant retourner au travail, certain le font par « obligation », pour faire plaisir, mais se rendent compte rapidement de l’efficacité de mettre cinq développeurs dans une salle pour la priorisation, la ségrégation des tâches, le mentorat, le coaching, la démo des tâches réalisées, la planification du prochain cycle. Un jeudi après-midi, une fois par deux semaines. Que ce soit cette personne vivant seule, à plus de trente minutes de Montréal, vivant des moments difficiles, le plaisir de retrouver ses collègues, au moins deux fois par semaine, si vous y aller, faite lui signe, elle ira vous tenir compagnie pour la journée. La solitude et les événements de la vie, votre présence sera simplement de mettre un baume sur un vide que plus personne ne soupçonne. Sinon que ce soit pour changer d’air, pour finalement organiser un lunch avec un collègue que l’on n’avait pas vu depuis longtemps (surement avant la pandémie), chose que l’on faisait avant, régulièrement. Ceux qui l’essaie, y trouve que du positif, même si le train n’est pas passé, si le bus a fait fausse route ou si quelqu’un c’est lancé devant un métro, ce qui retarde leur arrivée.

Tout coûte plus cher avec le retour au travail. C’est un peu une roue dans laquelle on est prise. Le coût de transport, de vêtement, de nourriture, mais surtout de temps. Passer par exemple d’un coût de transport de 0$ vers 95$ par moi (meilleur des cas sur l’ile de Montréal). Les restos ayant été désertés, les prix ont augmenté pour survivre, mais pour s’adapter aussi à l’inflation. On s’habille plus de la même façon quand on sort en ville pour aller travailler, en fait on ne s’habillait plus tellement. Le temps que l’on « perd » à écouter un collègue nous raconter sa vie, sa veille, son weekend. Le coût du temps, pour les familles avec des enfants. Comme si, l’avant n’avait jamais existé. L’avant cette peur qu’on avait d’envoyer tout le monde à la maison. L’avant où j’ai dit à mon patron, ça sera beaucoup plus difficile de ramener les gens au bureau.

Et moi? Moi j’ai perdu beaucoup de repères dans cette expérience. J’ai tenu mon équipe le plus possible ensemble pendant la pandémie. J’espérais un retour, pour moi, pour mon équipe. Ils ont la chance de ne pas avoir un patron dans leurs chaussures et un patron bienveillant. Avant, en un coup d’œil, je décelais cette petite veine dans le front qui signifiait un stress peut-être un peu trop grand, le temps d’aller leur pousser une blague ou de les sortir de là pour relativiser la situation et leur apporter mon aide. Je ne peux plus le faire aussi facilement, les caméras souvent fermées ou les sourires, le temps d’une caméra et la quantité phénoménale de rencontres qui s’enchainent sans arrêt. Avant, je croisais les gens qui avaient le même rôle que moi, on pouvait comparer et se consoler, notre réalité était bien souvent très similaire, on pouvait faire front commun. J’étais aussi un de ces solitaires un peu introvertis qui prenait plaisir à croiser les collègues passés ou présents. Aujourd’hui, quand je fais ce trajet de trente minutes qui me sépare de mon boulot, c’est pour y trouver des étages bien vides, je dirais même par moment désert, qui étrangement me laisse croire que je suis tout seul dans cette expérience qu’est le travail. On ajoute à ça un patron qui n’est pas le spécialiste de la tape dans le dos, on obtient un cocktail un peu nocif pour la psyché qui se fracture doucement, fatigue qui augmente avec la motivation qui diminue. Et ça, c’est moi… mais quand tout lâche, on se rend compte que beaucoup sont dans la même situation. Ma solution? Du moins une partie… C’est de l’essayer… collectivement, d’être là, pour nous, pour les autres.





Le poids de la neige

7 03 2023

Mercredi 18 janvier, je me suis effondré comme un arbre dans une forêt. Sans bruit. Est-ce que quelqu’un m’a vu ou entendu? On m’a simplement ramassé quand le soleil avait commencé à se coucher. Je dis ramasser, mais je devrais dire cueillie sur la neige quand déjà j’étais rendu tout mou, inerte et que je me vidais de la sève qui me restait. Déjà bien asséché par le vent et le froid, j’ai craqué, sous le poids de cette neige qui ne cessait de tomber. Si de mes grands bras je protégeais tout sous moi, je ne sais même pas si la fracture procura la peur assez pour de moi s’éloigner. Le poids de la neige, par fines couches accumulées, au fil du temps, lentement. Une neige commencée bien trop tôt, voir à l’été, une neige bien trop froide pour s’évaporer. Cette neige venant d’ici, de là-bas, de moi. Le poids que je lui accordais, mais le poids aussi des années, des attentes et du temps. Est-ce moi seulement qui pensais que c’était plus grand que c’était? Est-ce simplement cette envie d’être le plus fort au milieu de cette forêt? Quand je laissais siffler le vent entre mes branches pour laisser entendre ma complainte, je me sentais simplement seul et muet. Je m’imposais ce poids de la neige, pour protéger des gens qui ne m’avaient rien demandé. J’ai protégé des gens parce que l’on fait cela quand l’on aime les gens, que c’est ce que j’ai vu qu’il fallait faire en grandissant et que la solitude pèse bien plus lourd que la neige!





Pour moi

20 09 2020

Briser mon cœur, j’ai brisé mon cœur mainte et mainte fois simplement par amour pour moi. L’idée que je m’en faisais, l’idée simplement de l’amour m’enivrait, aveugler par le fait que tout ça n’était pas vraiment vrai. J’ai baissé les bras, la tête haute, simplement par amour pour moi. Je me suis fermé, je me suis enfermé, comme le coffre d’une banque, le cœur trop fragile. L’idée d’être, demain dans un futur proche, dans un avenir qui m’était impossible aujourd’hui, hier en fait, mais aussi impossible demain. Diseur de bonne aventure, je lisais leur avenir, pas le mien. Je me suis immunisé, « equalizer » sur une fréquence que même moi je ne pouvais plus ressentir. Cassé, déçu, désabusé, désamusé, je me suis perdu sans même savoir pourquoi.

Guéri par une sorcière du sommeil éveillé pour ne plus me rappeler ce que c’était d’aimer. Elle m’a, en fait, brisée encore plus que je ne l’étais et le temps pour guérir ne fut que trop long. Je suis un persévérant, un battant et je guéris avec un peu de temps parfois plus que je ne le souhaiterais.

Pour moi, j’ai décidé d’arrêter de me protéger, de cesser de m’en faire, sans jamais arrêter de m’écouter. La douceur est arrivée, la douceur m’a complètement enveloppé, enfin, irréelle, bien présente. Parce que c’était comme pour elle, mais pour moi, le synchronisme enfin parfait, le temps se suspendant à nos lèvres laissant peu de mots pour se dire : je t’aime.





Quand?

14 09 2016

On me dit que demain ça ira bien mieux. C’était hier et j’ai l’impression que rien n’a changé. C’était hier chaque jour depuis quelques jours, semaines, mois même et j’ai toujours l’impression qu’on est demain, un demain statique, qui fait collé les cheveux, l’âme, le coeur. Tout semble passé, le temps, le vent, le facteur encore plus souvent. Je n’ai pas de lettres de toi, pas de mots, pas de phrases pour me faire passer à demain. Ce que tu m’as dit hier, ça avait peu de sens, on ne peut pas seulement ne pas savoir, du moins pas pour toujours. Est-ce toi, moi, quelqu’un d’autre que moi qui t’ai privé de demain ensemble? Hier je me demandais encore ce que j’ai bien pu faire pour en être là, chaque fois tu me réponds en me demandant si je vais bien. Je me dis que ça arrêtera demain, mais qu’encore hier tu me suivais dans l’ombre de ma journée. Je te demandais hier de ne plus me contacter, chose que je regrettais de lendemain, j’ai bien plus envie de ta présence comme hier que de ton absence constante, dans chaque demain qui existe. J’ai fini par tenter de me faire croire que demain n’existe pas, jamais. Donc demain ça n’ira jamais mieux puisqu’il n’existe pas. Combien de gens m’ont menti, m’ont dit ça hier? J’ai trouvé enfin la solution, il était trop tôt ce matin, je n’avais pas les idées claires pour avoir une telle idée, mais hier n’existe pas non plus, donc personne ne m’a menti, parce que personne ne le savait en fait que demain n’existe pas et je ne peux les blâmer d’un hier qui n’existe pas plus. Je suis donc pris aujourd’hui, avec la simple illusion de souvenirs qui ne s’estompe pas, avec le sentiment d’avoir envie de quelque chose, mais pas la force de le saisir maintenant. Je suis peut-être trop nouveau dans ce nouvel espace temps qu’est aujourd’hui. Ai-je tenté de vivre dans un temps qui n’existe pas, qui n’existe plus ou qui n’existe pas encore? Dois-je réapprendre à vivre là, maintenant, actuellement? Je sais ce que je suis, ce que j’aime, ce que je veux et ne peux plus attendre demain ce que j’ai voulu d’hier.





Un peu de réconfort

19 06 2016

Les cloches sonnent, pour appeler les fidèles en ce dimanche où les rues sont encore vides. Je me suis levé trop tôt, trop tôt pour bouger, pour écrire, mais jamais pour penser. Dans ma tête raisonne mes idées, déraisonne le passé, le présent, l’avenir qui n’existe plus. Je tente d’entendre ta voix, elle n’est plus là, que le corbeau qui croasse depuis toujours. Les journées sont longues, interminables et lourdes. Je ne crois plus à rien. J’en ai besoin pourtant, comme jamais, comme une preuve que tout ceci existe toujours. Je ne bouge plus, où à peine de la maison, si j’y entre je n’en sors plus, simplement pour attendre que tout passe. Je cultive le silence dans un jardin démoli par le temps. Mes idées se rassemblent, une à une, simplement dans un désordre total et me font toujours aussi mal. J’ai le vide douloureux, celui qui traine en longueur, qui m’empêche d’être, qui n’a envie que de s’embrouiller quand la fatigue le gagne. Je ne veux pas être triste, je ne veux pas être triste, je ne veux pas être triste. Un mantra qui ne fonctionne plus, je suis triste, je dois laisser me transpercer ce sentiment, le laisser passer à travers moi pour que demain il soit derrière moi. Je suis fâché, déçu, désillusionné, amer. Je reste seul, pour ne pas contaminer les autres autour de moi, pour ne pas a avoir à jouer la comédie du gars qui se colle un sourire de bonhomme patate dans le visage. Je ne peux plus faire semblant. J’aimerais avoir la grosse main lourde de mon père sur la tête, réconfortante. « Pleure pas mon grand » comme seule parole de réconfort. Ça serait bien assez. Juste une seconde ou deux, pour enlever une partie de la lourdeur que je traine depuis longtemps. J’ai besoin de légèreté, de faire attention à moi, de me refaire une vie.





J’écris

24 05 2016

J’écris. J’écris pour toi, j’écris pour ça, mais j’écris surtout pour moi. J’écris depuis que je peux tenir un crayon, probablement parce que j’ai peur de la solitude, parce que les mots sont toujours présents, ils sont là pour me réconforter. J’écris par ennui les jours de pluie et j’écris pareil les jours de soleil. J’écris simplement parce que je ne sais pas quoi faire d’autre, parce que le monde m’effraie toujours un peu, parce que de me lire me rassure, je suis humain. J’écris sur mes peurs, j’écris sur mes amours, j’écris sur toi, tu fais un si beau papier. J’écris par habitude, je verse mes certitudes, je suis sensible, j’aime, je vis. Tant de mots pour te dire je t’aime, tant de mots pour tenter de l’oublier. Mon crayon s’accroche, hameçonner à la réalité, ma réalité, je suis là à attendre un prochain chapitre, je suis là à pleurer mon âme pas encore morte, à ne pas vouloir la laisser partir, comme si après c’était la fin, l’ultime, la dernière fois. Je décris ce que je ressens, je me fais du mauvais sang, je fais, je vis et je ne m’apprivoise jamais assez. J’ai peur de demain, de ne plus jamais aimer après toi, simplement par manque d’envie et parce que le futur n’existe pas. J’écris pour me rassurer que je suis toujours en vie, même si des fois je n’en ai pas envie, même si des fois je devrais me taire, le silence n’a vraiment rien pour plaire. Je rêve, comme j’écris. La pluie, les draps, la nuit. Le soleil, la plage, mais toi aussi.





Elle lui

10 05 2016

Il déposa un genou à terre, ses yeux à elle se remplirent d’eau, il attacha sa chaussure, elle essuya ses larmes et la remplaça par son éternel visage froid avant qu’il ne se relevât. Il avait toujours la même question « quoi? », elle avait toujours la même réponse « Rien! ». Cet échange de bon procédé durait depuis des années, quatre ans au total selon lui, quatre ans, deux mois et treize jours, pour elle. Ils s’étaient rencontrés avant, avant étant une contrée maintenant bien éloignée, dans le temps où on se prenait la tête avec rien, qu’on s’embrassait dans les bars simplement parce qu’on s’était vu, qu’on se trouvait beau, qu’on en avait envie. C’est elle qui avait fait le premier pas, elle qui avait toujours fait le premier pas, qui l’aimait depuis le tout début, qui l’avait vu en premier, dans son jeans, dans un t-shirt ridicule qui portait un logo que tout le monde connaissait, un jeu vidéo, ça n’avait pas d’importance. Quand elle le vit, elle sut, tout de suite, qu’il était lui, qu’il était à elle. Elle ne le quitta que de très rare fois après ce premier jour où il se rencontra. Lui, il était là, ce soir-là, à contrecœur, parce qu’on l’avait poussé, parce qu’on l’avait supplié, il n’avait pas envie de célébrer, jamais, il avait peur des gens, pas vraiment peur, mais les foules l’effrayaient, il préférait rester là, ailleurs, en petit groupe, pas dans ce capharnaüm lubrique où tous les coups était permis. Quand il l’a vue, elle qui rentrait pour déposer son manteau, il eut chaud, il pensa que s’hydrater à coup de pinte lui ferait du bien, il buvait rarement, l’alcool prenait vite le contrôle sur lui. Il ne la perdait pas des yeux, ses amis ne lui prêtant pas attention, par habitude, parce qu’on le connaissait ainsi, il n’était pas méchant, simplement difficile à saisir par moment. C’est à sa troisième pinte que ses pieds s’arrondirent, à peine pour lui faire sentir le sol, un peu de légèreté, il fut même entrainé sur la piste de danse, où il se laissa aller, enfin, un moment. Ce moment où elle le vu, son sourire, mais surtout ses yeux, son regard qui ne la quittait pas, qui maintenant la fuyait à son contact réel. La soirée continua ainsi, d’une série de regards timides, de pintes qui finirent par être insipides. Elle décida de se lancer, doucement, se tenant sur ses pieds, elle s’approcha de lui, on la connaissait pour ses lubies, elle le tira vers elle et lui dit « Ça te dirait qu’avec moi tu passes ta vie? », elle croyait qu’il n’avait pas compris, dans la cohue de cette soirée, elle l’avait simplement embrassé.

Le temps passa et il s’aima, longtemps, toujours, d’une fusion incompréhensible pour certains, moins pour d’autres. Ils se complétaient, ils se synchronisaient, ils se suivaient sans se nuire, ils s’aimaient sans se faire souffrir. Elle dans sa tête, repensant à ce premier soir où elle le voulait pour toujours, espérant le grand jour. Lui, timidement, il l’aimait éperdument, il avait la frousse, qu’on jour certain tout ça ne se fane, ne se brise, ne s’efface. Quatre ans, il faisait tout pour faire durer l’amour, il angoissait presque chaque jour. Il était convaincu que ça pourrait durer, mais jamais il ne s’était lancé.

Il tenait dans sa main la sienne. Il savait que c’est « Rien » n’était pas des rien pour de vrai. Il n’en pouvait plus et voulait y mettre fin. Cette fin qui brise tout, qui fait tant pleurer, qui donne l’envie de mourir un peu à chaque fois que cette fin arrive. Il savait qu’il ne retournerait plus jamais en arrière, il savait que ça serait le coup de grâce. Il avait fait cent fois le tour de la question, il savait qu’il n’y avait pas d’autre solution. Sur sa joue une larme coula, de sa main il se retira. « Quoi? » elle lui demanda. Et lui pour seule réponse il lui dit « Ça te dirait qu’avec moi tu passes ta vie? », elle fit comme si elle avait compris et une fois encore l’avait tendrement embrassé.

 

Défi du jour : « Les deux pieds sur terre, il profite de cette attention, c’est tout à son intérêt. Tandis qu’elle tombe dans une lubie. »





Grief

21 07 2014

T’as vu comme il fait étroit ici? Je me sens tout pris, tout m’étourdit. J’ai tenté de faire de la place, mais j’ai envie de ne rien jeter. Tu te souviens, l’espèce de chanson que tout le monde connait et sur laquelle tu m’avais planté ta hache dans le dos? Et bien, je la joue encore à la guitare, simplement pour être sur que je ne l’oublie jamais, on dirait que pour la plaie, ça va, ça fini par guérir, mais la musique, je ne sais pas, ça me reste toujours dans la tête. Tu me connais, si je n’étais pas si timide, je répondrais à tout le monde par des paroles de chansons, je crois que j’en connais assez pour ne jamais manquer de voyelles. Je ne sais pas, j’ai beau remplir les sacs-poubelle, il y a toujours quelque chose qui reste, simplement pour que je me souvienne, peut-être parce que je n’ai pas envie en fait que ça se termine, peut-être que je ne suis pas capable de fermer la porte, fermer mes yeux complètement, en anglais, ils appellent ça « Grief » en français, ce n’est rien que je peux expliquer, c’est latent, c’est là, c’est douloureux, mais pas de la douleur, Google ne connait rien à la traduction des sentiments, j’ai essayé. Si Ricardo faisait des recettes de sentiments, il saurait lui comment l’expliquer c’est quoi « grief »… Tu sais, quelque chose du genre, 1 tasse de nostalgie, 1/2 tasse de mélancolie, 1/2 tasse d’amertume, 1/3 de tasse de malchance, 1 c. à table de pitié, 1 c. à thé de destin, 1 c. à thé d’apitoiement, une pincée de larmes, tu mets ça dans un grand verre, d’avale d’un trait et ça passe toujours de travers avec le temps. Lui il connait ça les recettes. Moi j’ai toujours les ingrédients sous la main, j’ai les ingrédients pour toutes les recettes et j’ai beaucoup trop d’ingrédients, c’est comme ça chez nous, on est inquiet de père/mère en fils/filles… on remplit de tout pour être sur qu’on ne manque de rien… mais la foutue recette… elle est où? C’est toujours la même chose, on finit par jeter parce qu’on n’a rien fait avec ce qu’on avait, on finit par ne même pas profiter de ce qu’on a. Je suis là à jeter dans un grand sac ce qui marche pu au lieu de regarder ce qu’il reste dans les armoires ce que je pourrais bien utiliser pour justement ne pas perdre. Des fois, j’ai envie de fermer les yeux, tout jeter, pis racheter en neuf, le problème là-dedans, c’est qu’on fini par acheter des affaires qu’on avait déjà. Elle est où cette foutue recette?