Laurence est au bar

16 03 2023

Laurence est au bar le soir. Laurence est au bar le matin.

Laurence est barmaid le soir. Laurence est barista le matin.

J’ai tendance à m’assoir au bar, simplement parce que ça me donne l’impression d’être moins seul que je le suis vraiment. Simplement parce qu’il y a toujours de l’action, si ce n’est pas le bruit des préparations et de simples conversations. Les bars sont bien vivants, plus que moi à cet instant. Toujours quelque chose devant, autre que le vide d’une chaise ou d’un manque de conversation. Je suis au bar, matin et soir. Démarrer avec un peu de caféine, quelques lignes d’une héroïne, le son des machines qui baragouine des breuvages qui assassinent. Je ne suis qu’un voyeur de bar. Là et las, plus le soir que le matin. Laurence est au bar, donc moi aussi. Je ne suis pas là pour elle, mais elle est là pour moi. On est simplement là. Le soir pour calmer l’excitation de la caféine, le matin pour faire disparaitre l’odeur de robine. Moi pour y perdre mon temps, elle pour gagner sa vie, matin et soir, elle aussi.

Laurence est au bar le soir, Laurence est au bar le matin. Je ne sais pas si c’est le fait que je sois dans un autre endroit, ou bien si c’est moi, mais Laurence ne se ressemble pas.





Le retour à la normale

14 03 2023

Où est rendu le monde? Vraiment, il est où? La fin d’une pandémie, le début d’une vie normale, rien ne l’est plus, rien n’est revenu comme « avant ». Certains travailleurs n’ont pas vu de changement, que ce soit sur les sites de construction, suite au retour en classe des étudiants et bien d’autres milieux. Un peu différemment, pas totalement. Les bureaux déserts du centre-ville hantent Montréal. La diplomatie est de mise, le manque d’employés et le manque de preuve que c’est mieux ou pire de travailler de la maison ou pas. On ne froisse pas les uns pour garder les compétents, on ne froisse pas les autres simplement par équité. La panique s’installe quand l’entreprise parle d’un 40% de retour au travail, 2 jours par semaine, les employés demandent des paiements pour les lunchs, le transport, les vêtements, le temps que l’on perd de l’autre. La guerre de l’efficacité déclarée. Les uns réclament la collaboration inefficace, les autres, une perte de temps, de leur temps, parce que le trente, quarante-cinq, soixante ou quatre-vingt-dix minutes, deux fois par jour, d’improductivité personnelle est gravement touchée par le retour au travail et avec raison. Le milieu des uns ne fait pas le bonheur des autres. On s’enlise dans ces discussions sans décision. On recule quand la masse quitte le navire parce que le voisin offre aujourd’hui ce que l’on avait hier.

Le réel impact est difficile à saisir. Mon réel impact s’est fait sentir plus vite que je ne le croyais. Tenir le fort, être présent, savoir que certains souffrent de cette solitude prolongée, être là. Bien que la majorité d’une équipe de plus de quinze employés ne souhaite pas tant retourner au travail, certain le font par « obligation », pour faire plaisir, mais se rendent compte rapidement de l’efficacité de mettre cinq développeurs dans une salle pour la priorisation, la ségrégation des tâches, le mentorat, le coaching, la démo des tâches réalisées, la planification du prochain cycle. Un jeudi après-midi, une fois par deux semaines. Que ce soit cette personne vivant seule, à plus de trente minutes de Montréal, vivant des moments difficiles, le plaisir de retrouver ses collègues, au moins deux fois par semaine, si vous y aller, faite lui signe, elle ira vous tenir compagnie pour la journée. La solitude et les événements de la vie, votre présence sera simplement de mettre un baume sur un vide que plus personne ne soupçonne. Sinon que ce soit pour changer d’air, pour finalement organiser un lunch avec un collègue que l’on n’avait pas vu depuis longtemps (surement avant la pandémie), chose que l’on faisait avant, régulièrement. Ceux qui l’essaie, y trouve que du positif, même si le train n’est pas passé, si le bus a fait fausse route ou si quelqu’un c’est lancé devant un métro, ce qui retarde leur arrivée.

Tout coûte plus cher avec le retour au travail. C’est un peu une roue dans laquelle on est prise. Le coût de transport, de vêtement, de nourriture, mais surtout de temps. Passer par exemple d’un coût de transport de 0$ vers 95$ par moi (meilleur des cas sur l’ile de Montréal). Les restos ayant été désertés, les prix ont augmenté pour survivre, mais pour s’adapter aussi à l’inflation. On s’habille plus de la même façon quand on sort en ville pour aller travailler, en fait on ne s’habillait plus tellement. Le temps que l’on « perd » à écouter un collègue nous raconter sa vie, sa veille, son weekend. Le coût du temps, pour les familles avec des enfants. Comme si, l’avant n’avait jamais existé. L’avant cette peur qu’on avait d’envoyer tout le monde à la maison. L’avant où j’ai dit à mon patron, ça sera beaucoup plus difficile de ramener les gens au bureau.

Et moi? Moi j’ai perdu beaucoup de repères dans cette expérience. J’ai tenu mon équipe le plus possible ensemble pendant la pandémie. J’espérais un retour, pour moi, pour mon équipe. Ils ont la chance de ne pas avoir un patron dans leurs chaussures et un patron bienveillant. Avant, en un coup d’œil, je décelais cette petite veine dans le front qui signifiait un stress peut-être un peu trop grand, le temps d’aller leur pousser une blague ou de les sortir de là pour relativiser la situation et leur apporter mon aide. Je ne peux plus le faire aussi facilement, les caméras souvent fermées ou les sourires, le temps d’une caméra et la quantité phénoménale de rencontres qui s’enchainent sans arrêt. Avant, je croisais les gens qui avaient le même rôle que moi, on pouvait comparer et se consoler, notre réalité était bien souvent très similaire, on pouvait faire front commun. J’étais aussi un de ces solitaires un peu introvertis qui prenait plaisir à croiser les collègues passés ou présents. Aujourd’hui, quand je fais ce trajet de trente minutes qui me sépare de mon boulot, c’est pour y trouver des étages bien vides, je dirais même par moment désert, qui étrangement me laisse croire que je suis tout seul dans cette expérience qu’est le travail. On ajoute à ça un patron qui n’est pas le spécialiste de la tape dans le dos, on obtient un cocktail un peu nocif pour la psyché qui se fracture doucement, fatigue qui augmente avec la motivation qui diminue. Et ça, c’est moi… mais quand tout lâche, on se rend compte que beaucoup sont dans la même situation. Ma solution? Du moins une partie… C’est de l’essayer… collectivement, d’être là, pour nous, pour les autres.





Quitter

6 03 2023

Elle est partie sans même que j’aie eu le temps de la saluer, cette fierté. Des années, vingt ans passés, peut-être même trente. Je ne l’ai pas vu venir, ou partir, ou se déplacer dans ce qu’était mon environnement. J’aurais dû, j’aurais pu, je n’ai rien vu. Je pourrais blâmer l’habitude, le temps, la routine, mais je ne peux que m’interroger sur moi. Je n’ai pas cru que ça pouvait m’arriver, je me croyais à l’abri, infaillible, fort. Un peu après le diner, cette portion de moi est morte, envolée, dévoilée. J’étais comme les autres, pareil ou pire… simplement différent. Tout s’est arrêté, sans aucun avertissement. La terre ne tournait plus, du moins pas dans le même sens qu’elle l’avait toujours fait. Enfin quelque chose de nouveau, je n’étais pas prêt même s’il le fallait. La mémoire, l’envie et cette capacité de décider envolées comme par magie. L’humain d’abord, mon œil, mon corps, ma tête, mon cul! C’est d’abord l’humain qui paie pour, les autres s’en balancent. Faire plus avec moins, simplement pour payer mon pain, mais c’est mon être tout entier qui a payé. La machine a accéléré lentement m’emportant la main, le bras, rendu jusqu’au coude. J’ai protégé ceux qui m’aidaient à y arriver, mais j’ai oublié quelqu’un encore une fois… moi. Dans ce grand manège où la charge augmente, mais où l’on manque de gens, de moyen, de temps, beaucoup paient et paieront de leur qualité de vie, seulement pour faire plaisir à des gens que l’on ne connait pas, parce que c’est ce que l’on nous demande, parce que sinon… sinon il y aura encore moins de gens qui resteront, pris dans cet engrenage, encore et encore, toujours dans ce même manège. J’ai été arrêté de force car seulement parce que mon corps a réagi et a décidé que s’en était assez. Le repos, même si artificiel, permet de relativiser, de se remettre sur pied, lentement.

Défi du jour : Le dernier adieu difficile





Phénix

13 02 2023

J’ai commencé à mourir quand je suis né, je me suis dit que c’était la meilleure façon de ne pas procrastiner. Je suis mort bien des fois depuis. Sans comprendre toujours pourquoi ces petites parties de moi me quittait doucement. Amour, d’un jour, d’une vie. Voir son amour, sa grand mère ou son père mourir me causait à chaque fois ces petites morts desquelles je me relevais souvent, tout le temps. Imbibé de ce que tout ça m’avait laissé comme marque, apprentissage, m’aidait à être ce que je suis.

Aujourd’hui, plus mort que jamais. STOP. Je suis partagé entre un bonheur que je croyais impossible et cette incapacité de bouger. STOP. Ma tête a lancé un signal au reste de mon être. STOP. Tout a arrêté d’un coup. STOP. Brusque comme un télégramme. STOP. En fait ce n’est pas une mort, mais une pause. STOP. Une pause. STOP. Une pause. STOP. Je n’étais pas bien. STOP. Je ne suis pas bien. STOP. Je m’excuse à ma douce. STOP. Elle me dit de cesser. STOP. J’aime ma douce. NONSTOP. Ma capacité à prendre des décisions m’a quitté. STOP. Mon sommeil m’a quitté. STOP. Mon docteur m’a mis en arrêt. STOP. Les pilules ont parlé avec mon insomnie. STOP. Mes idées ne font que tourner. STOP. Se bousculent. STOP. Je suis fatigué. STOP. Je ne trouve pas de solution. STOP. Je sais simplement que je ne veux pas que ça s’arrête. STOP. Je dois laisser le temps coulé. STOP. Le temps guérit tout. STOP. Le passé me l’a démontré. STOP. Je devrais renaitre quelque part au printemps. STOP. Comme la nature suit son cours. STOP et FIN.





La peur

23 09 2021

Survivre, c’est un peu ce que l’on souhaite tous à un moment ou à un autre. Que ce soit par peur que tout s’arrête ou par simple narcissisme, on souhaite à un moment ou à un autre la vie éternelle. On souhaite ne pas pourrir seul dans un coin, du moins la majorité de nous. On s’encombre de bien, d’animaux, d’enfants, pour éviter le silence, pour éviter de laisser derrière nous qu’un petit nuage de poussière. On ne sait jamais quand tout ça s’arrêtera et quand ça s’arrêtera, que restera-t-il de tout ce que l’on a fait pour ne pas disparaitre à jamais? Est-ce que tout ceci aura valu la peine, est-ce que tout ceci aura valu la peine? Essais et erreurs depuis des millénaires, un petit pas pour l’homme et pour la fin de l’humanité. On tente de se montrer à nous même que l’on a fait évoluer quelque chose quelque part. On tente de démontrer que l’on va plus vite, plus loin, plus longtemps tout le temps. On finit par s’ennuyer toujours plus rapidement, on arrive à cette fin à la vitesse de la lumière, celle qu’on ferme sur un cercueil vide. On ne se souvient plus pourquoi ni comment on est arrivé là, personne ne le sait, personne ne se pose plus la question. On fait les choses par mission, par ambition, par habitude. On ne se demande plus pourquoi on a commencé, pourquoi on a arrêté telle ou telle chose ? On reste à la maison par peur d’attraper un virus, un accident ou simplement de tomber, par terre ou en amour. On sort parce qu’on ne veut pas avoir passer notre vie à ne rien faire, on fait tout, l’adrénaline au fond, on risque, chaque minute de trop pour frôler la mort ou pire encore, un handicap qui fera qu’on reste dépendant du reste du monde pour le reste de l’éternité. On dort, on rêve, on se croit dans nos petites vérités. On juge, on est tous juges de quelqu’un quelque part, par habitude, parce qu’on nous a montrés, pourquoi les autres seraient meilleurs que nous? On tente par tous les moyens d’avoir le contrôle, sur les autres, sur ce que l’on fait, sur ce que l’on est, sans arrêt, on aime ce contrôle, que ce soit par petites bouchées ou par ambitions bien plus perverses. On tue, on procrée, on crée, on détruit pour les mêmes raisons. On court, on dort, on reste là, immobile. On aime, on déteste, on s’en fout un peu, malgré tout, au fond, parce que qu’est-ce que ça change au fait? On se souvient, on oublie, les mêmes choses, mais pas les mêmes gens et pas de la même façon. On se bat pour être unique, différent, unitaire, seul, mais en groupe. On divise et subdivise nos groupes sociaux pour s’en assurer. On veut l’égalité, mais on veut être différent. On se dit simple, mais on a de la difficulté à expliquer, qui on est, ce que l’on fait là. On écrit, on chante, on lit, on produit beaucoup de mots, beaucoup de bruit pour être accompagner dans cette solitude pour que ça reste quelque part, sans même se préoccuper du pour qui, du pourquoi. On s’instruit, on s’abrutit, on s’intoxique pour se sentir envie, toujours, sans arrêt. On finit par tourner en rond, en spirale, en boucle, pour se réveiller enfin malheureux, blaser et seul. On se donne des missions; guérir, aider, aimer, sauver le monde, simplement pour se donner bonne conscience, pour faire quelque chose, pour avoir bonne conscience, pour avoir en soi confiance. On s’explique mal la fatalité de nos vies, on vit mal cette réalité. Demain, je pourrais m’éteindre? Vraiment? On va laisser une poignée de souvenirs, parfois bons, parfois un peu tristes, sans qu’on l’aille vraiment voulu, sans avoir pu contrôler l’impact de nos actes modulés par tout ce qui fait qu’on a peur d’être en vie, le temps que ça durera. On oublie trop souvent de lâcher prise, d’être heureux, de comprendre pourquoi on fait les choses, simplement de les vivres, parce que ça nous fait du bien, un moment, peu importe sa durée. On fait les choses pour nous, on fait les choses pour les autres pour nous, on fait des choses jusqu’à ce que l’on soit plus en mesure de les faire, par fatigue, par ennui ou par manque de vie. J’écris parce que je veux me souvenir. J’écris parce que je dois garder hors de ma tête ce qui m’effraie. M’éteindre un jour.





On se manque

6 05 2018

On se manque toujours, par le hasard des choses, par habitude ou par conséquent. On se manque toujours, d’un poil, de cheveux, d’une seconde. Je trouvais drôle qu’on se manque tant, car quand je te manque, tu me manques terriblement. J’en finis même par mélanger les concepts qui deviennent un peu flous avec le temps. N’être pas arrivé à temps ou être parti trop tôt. Simplement éviter, connaitre, savoir pour m’assurer d’être ou ne pas être là. Toi quand tu me manques c’est pas pareil, on dirait que tout tourne autour de moi, pas par égoïsme, mais par amour.

Amoureuse… dans amoureuse, je n’existe pas, tu es amoureuse de moi, mais je n’ai rien à y voir. Sinon peut-être que le nom, l’idée que l’on se fait, mais je ne suis pas dans l’équation. C’est sans égal, sans être négatif ni positif. C’est réaliste, mais pas vraiment réel, ça existe, mais ça ne compte pas. On est l’idée projetée d’un concept un peu flou qu’on a appelé l’amour quelque part où on ne savait pas comment exprimer ce que l’on ressentait, quelque part où l’on croyait bien faire, et pas mal faire, bien… mal. Certains détruisent, d’autres s’inventent, chacun tente de faire différent, de faire vrai, de faire son possible pour être heureux. Concept que j’ai perdu un peu avec le temps, heureux… malheureux, aucun des deux. Je suis satisfait, insatisfait, je suis drôle, je suis triste, je suis seul… mais heureux qu’est-ce que c’est?

Je suis fatigué de manquer de toi, de tout, de nous. J’empile les souvenirs, les secondes qui passent à travers la poussière, le silence et la solitude. Je regarde mes projets de haut, mais c’est eux qui m’ont dépassé. Je suis dépassé, je vois tout trop grand, trop vaste, j’ai le vertige. Je perds l’équilibre, sur le fil, sur la corde raide. Au moment où je n’y crois plus, un message sur mon téléphone, rassurant quelque part, je sais que quelqu’un veut la même chose que moi même si on ne se rejoint pas. Je suis l’éternel optimiste qui s’accroche à la petite portion d’humanité qui reste tant bien chrétienne, mais qui me rappelle une chose, la valeur de mes valeurs, l’amour d’un rêve qui s’est estompé trop vite, mais qu’au fond de moi, je continue à caresser.





Je t’ai cherché

26 03 2018

Je t’ai cherché sans le savoir vraiment. Je t’ai trouvé par hasard, d’un premier regard. Tu ne me regardais pas, du moins pas en même temps, la magie de cette vitre qui nous séparait. Puis je t’ai aimé, beaucoup, tout d’un coup, au complet, en un instant, sans vraiment me demander pourquoi, seulement parce que je le savais, comme chaque fois, je me trompe rarement. Je le sais, simplement parce que je le sens, c’est comme ça. Je n’ai rien demandé, parce que je demande rien, je me satisfais, simplement parce que c’est moins difficile après, quand le temps passe, quand le temps casse. Je n’ai pas vu venir ce coup-ci, ce coup-là dans la gueule, je n’ai pas compris ce qui s’est passé, j’ai attendu, encore et encore, que tu reviennes… sans nouvelles. Je ne t’ai plus cherché, je savais que t’existais, quelque part. J’ai juste attendu, encore et encore, jusqu’à se que mon corps se détériorise, espérant que ce serait ma mémoire qui flancherait en premier, ou mes pores qui ne cessent de te réclamer, mais ça n’a rien donné. Le temps ne fait que le prendre trop souvent. Il me laisse las à chaque fois. Il me fait me questionner sans arrêt. Puis je finis toujours par y comprendre pourquoi je t’ai cherché, sans vraiment le savoir, pourquoi je t’ai laissé filer, sans que je puisse serrer les doigts assez fort pour te retenir encore.





Combien d’histoires

26 02 2018

J’ai cherché quoi écrire dans le dictionnaire, mais il n’y avait que des mots sans idées. J’ai cherché dans un livre d’idée simplement pour m’inspirer et je me suis rendu compte que ce n’était pas mes idées alors j’ai laissé tomber. C’est là que tout s’est cassé, en commençant par mes doigts, et ce, jusqu’à mon coeur pris de froid. Puis j’ai pensé à toi. Puis j’ai arrêté parce que ça ne me servait à rien, car je n’avais plus de mains. Cette expérience me laissant sans voix, je n’ai même pas pu demander à Siri de taper pour moi. Ensuite j’ai regardé mon chat, qui se foutait de moi, « N’y pense même pas! » Je n’avais plus les moyens de m’exprimer, de mettre sur papier, plastique, numérique, les mots qui étaient à mes sentiments rattachés. Être, avoir, savoir, chercher, comprendre ou aimer, des verbes biens singuliers pour exprimer ma pensée. Regarder, réfléchir, imaginer qu’on est en mesure de tout faire, tout dire, ce qui n’a pas déjà été dit ou fait, par confiance de mettre un mot devant l’autre, qu’on est vraiment quelqu’un d’autre. Combien de combinaison possible entre les mots pouvons-nous trouver, combien de mots pouvons-nous trouver, en inventer, reconstruire en une histoire qui sera, le souhaite-t-on, différente à celle de l’autre qui a déjà été faite. Dans la quête de l’originalité se perd en fait le bruit que l’on a entendu, celui que l’on a vu, transformer et recracher. Combien d’histoire d’amour on peut écrire avec les mots “Je t’aime” sans que l’histoire ne devienne pas une comédie ou encore pire une scène d’horreur où on se permettrait de mélanger les genres. Vit-on tous les mêmes histoires, encore et encore, avec les noms des personnages qui changent, les lieux qui varient, l’époque qui navigue d’une décennie à une autre, comme dans un moins bon roman Harlequin. Le nouveau est le vieux remâcher simplement pour le plaisir de se souvenir combien la première version était bien sympathique. Est-ce que mes histoires ont été vécues par d’autre, devrais-je me donner la peine de me raconter, ce que je me souviens, ma perception, mon état d’être, d’âme, d’échec.





Sensible

25 02 2018

Je suis seul. C’est peut-être plus simple maintenant, moins douloureux. C’est vraiment triste par contre, parce qu’à deux c’était bien dans le temps, quand on partageait nos soupers, nos soupirs, nos sourires et nos désirs. Seul, je fais la même chose qu’à deux. Le sexe est plus platonique seul, tout comme les déjeuners, les diners, les soupers. C’est peut-être juste à cause de la vie tout ça. C’est peut-être juste parce qu’à un moment donné, je suis trop resté moi, je n’ai pas pu être différent au début, je n’ai pas pu être sur un High fictif qui fait qu’on a un Down horrible avec le temps, quand on retombe les pieds sur terre, quand l’autre se rend contre qu’on est peut-être plus terne qu’on le pensait. Le mur, qui arrive un jour ou l’autre, en plein visage, sans prévenir. Celui qui fait craquer les os du corps lors de la force d’impact, qui nous laisse tout mous, tout flasques sur le sol. J’avais décidé de ne pas aller là, pour faire différent, pour me rassurer, pour me protéger de l’impact du mur, sans savoir s’il viendrait un jour. Quand le mur est arrivé, ça fait moins mal, mais ce n’était pas moins désagréable dans l’ensemble. Je suis capable de ça parce que docteur m’a un petit peu hypnotisé dans le temps, m’a juste fait voir ma vraie couleur parce que je croyais que je ne méritais pas l’amour qu’on voulait me donner. Toujours une peur quelconque non fondée qui tournait dans ma tête, qui m’emportait, loin de la réalité, loin de ce que j’étais en train de manquer, loin de ce que je perdais chaque fois que je le faisais. Moi qui n’a jamais trompé personne, moi qui pense toujours à l’autre, qui à toujours une attention inattendue, une surprise surprenante, une oreille qui ne fait pas juste se tendre ou prétendre. Quand souffle devenait un ouragan, qui m’emportait dans le doute, la crainte, mais surtout l’angoisse de n’être pas aimé pour ce que j’étais, je devenais quelqu’un que je n’étais pas. Depuis, je comprends mes sentiments, ils sont réels, forts, authentiques et dénudés de toutes peurs. Je m’ennuie parfois de ce manège qui me donnait le vertige, les sensations fortes, le vent dans le visage qui fait perdre le souffle, qui mouille les yeux. Je ne m’ennuie pas de la descente aux enfers, vers ce mur qui vous défigure pendant plusieurs mois. Je suis seul parce que je suis resté moi-même.  J’ai décidé de ne pas me faire aimer si ce n’était pas pour moi qu’on le faisait. Je ne veux pas être l’idée idéale d’une relation qui ne tient pas debout. J’ai changé comment je faisais les choses, j’en arrive au même point. Peut-être que c’est juste pas pour moi tout ça. Peut-être aussi parce que j’ai rencontré la personne que j’ai été avant, simplement pour me dépeindre ce que j’ai pu être pour d’autre, mais je l’ai tout de même aimé, fondamentalement, chaque jour qu’elle m’a permis d’être à ses côtés.





Vas t’en

27 03 2017

Va-t’en… mais pas tout de suite. Tout de suite, va-t’en, mais reste, pour que j’y croie encore un peu, à nous deux, quand on était heureux. Heureux, je ne le suis plus, quitte donc mon univers le temps que le gazon redevienne vert, dans ma cour, pas celle du voisin, je ne le regarde jamais tu le sais bien. Tu sais bien, il faut que tu disparaisses de ma vue, à tout jamais, jusqu’à ce que mon coeur se soigne par lui même, ce qu’il n’a jamais eu le temps de faire parce qu’il attendait. Il attendait ce téléphone, ce mot, ce signe qui vient toujours quand on s’y attend le moins, quand tout est oublié, quand tout est déjà perdu d’avance. Perdu d’avance, comme ce signe qui est arrivé dans le passé, qu’on aurait envie de conjuguer au futur, pour une dernière fois, au cas où. Au cas où, je me serais trompé, puis toi par la suite, pourrait-on se tromper ensemble, sans vraiment se tromper, tu sais que là non plus je n’irai pas. Je n’irais pas, j’ai toujours dit ça, sauf avec toi, une fois où tu pleurais dans mes bras. Dans mes bras, je n’ai pas dit ça, quand on s’est perdu, on était plus là, puis on est revenu sur nos pas, ton chagrin partit, je n’étais plus nécessaire. Plus nécessaire d’être avec moi, d’être près de toi, d’être ce que je suis, ce que tu es, où sommes-nous? Où sommes-nous aujourd’hui, ma tête passe à mon corps, à mon coeur, un message. Un message que je ne comprends pas encore que je n’accepte pas, dont je connais l’existence, mais je ferme les yeux, juste encore un peu. Un peu pour conserver les dernières images, les derniers silences, les touchers qui enflammaient ma peau, une odeur lointaine qui me revient sans cesse. Sans cesse je ne ferai qu’oublié, morceau par morceau ce qui s’est passé, ce qui ne s’est pas passé, ce qui est mort comme un bruit dans l’espace. Dans l’espace d’une vie où je ne vivrai plus, où tu deviendras celle qui a été là, à un certain moment, qui a disparu en silence. Silence qui voulait simplement dire: Je ne t’aime plus.