Lendemain de veille

15 02 2017

Je suis resté là, à regarder la journée passée, doucement, illuminé de rouge, illuminée de blanc. Je voyais dans les yeux des gens, le temps qui pressait, qui allumait des désirs secrets suite à leur journée, suite à ce qu’ils ont dit. Se disant qu’elle ne servait a rien cette fête, que ce n’était que commerce, commercial, achat, fleurs… chocolats… Dans les yeux de tous, on voyait un espoir tout de même de ne pas être seul, d’être attendu, d’être gâté. Le marketing fait quand même bien son travail pour nous ramener à l’ordre des priorités. Qui est-ce qui n’aime pas l’attention qu’on lui donne? Cette douce impression d’exclusivité, d’être important pour quelqu’un. Ce temps que l’on prend, pour spécialement penser à l’autre, un soir, spécial. On finit parce ne plus ce souvenir de ce qui c’est passé avant cette journée, on change de focus, on oublie tout le reste, une journée. Après, on se compare, on se souvient, on remet en doute, basé sur cette soirée.

Moi je marchais seul, sans presse, la tête dans un livre, tentant de faire abstraction du rouge et de l’odeur horrible des fleurs que l’on n’offre pas. Ce sont les pires, celle que l’on ne peut pas donner. Je me suis souvenu que je ne t’en avais jamais offert. Ni cette journée ni une autre. Qui est-ce qui se rend compte des choses trop tard? C’est probablement moi. Je reste là, à me demander, à ne pas être capable de passer simplement à un autre appel. Et ceci non sans effort. J’ai pourtant été là, j’ai pourtant tout tenté sans vraiment essayer, ton image abondait dans ma tête qui se synchronisait doucement avec mon coeur. Je sais qu’il ne s’agit pas que de fleurs. Je sais qu’il ne s’agit pas que de moi. Je n’y peux rien.

J’ai décidé de laisser aller. De faire comme si. De faire semblant. D’attendre. De changer de place. De changer de vie, de boulot, de trottoir. Entre la fatigue de fuir la douleur et la fatigue toute simple de réfléchir à ce qui a pu arriver. Un mal de tête, la tête qui tourne, sans arrêt.

Défi du jour: Qui est-ce qui





Friable

15 11 2016

Fragile, je suis usé par le temps, tout me fait craquer, mais pas de la bonne façon. Je ne craque plus pour le sourire, le regard, l’odeur. Je craque et me démantibule, laissant à plat les mandibules, plus de mots, plus d’idées, plus d’envie. L’impression de me décomposer, comme étaler dans ce bac à me composter. Je ne peux oublier. Les gens cherchent, moi je n’oublie pas. Les gens se trompent, moi je me trouble à rester là. J’ai envie de me sauver avant d’être réduit en poussière, l’impression que mes pas se désagrègent plus j’avais dans ce vide immense. Les matins sont lourds, les soirs si lointains. Je regarde mon lit, il est trop tôt. Je n’ai plus envie d’écrire. Je le fais que pour ne pas perdre la main, en me disant que demain tout ira bien, tout ira bien mieux, tout sera comme c’était avant. Mes mêmes mes vieux souvenirs se sont dissociés de moi, je ne suis plus ce que j’étais. J’ai un seul souvenir, celui d’être seul, comme si c’était hier, comme si c’était maintenant. J’ai perdu l’empathie envers mes amis, momentanément, surement. J’ai qu’envie de la serrer dans mes bras, juste une dernière fois, la serrer si fort et me volatiliser en poussière. Je me berce de musique triste, en espérant que seuls mes tympans survivront le choc friable de ma vie. Je ne revis que des fragments, que des segments, sans avoir envie d’autre chose, d’autre part, d’autres figures pour me dire… tout ira bien, car c’est faux. Si tout allait bien, je le saurais, je le sentirais, je le verrais au fond de mon miroir éclaté reflétant de mon image dissocié. Je me perds dans les fines fissures, les mille morceaux ne formant qu’un moi incomplet, un moi fissuré par le temps et la sécheresse de mon coeur monautomne. Le froid qui vient, l’opportunité de quitter le pays, un an ou deux, me sauver de moi et de ce foutu miroir qui me rappelle sans cesse que je suis encore là, que je n’ai pas bougé, que je n’ai jamais cesser de penser à toi. Je regarde les autres et me demande pourquoi j’en suis là. Je regarde moi dans cette glace en fracas et je ne sais pas plus pourquoi. Me suis-je abandonné quelque part sur le coin d’une rue? Me suis-je perdu dans ce que je croyais être la vie, la mienne. J’appuie sur chaque touche qui recueille entre elles des parcelles de mes doigts qui s’effritent pour moi, pour me dire encore, que mon coeur batte, que je sente, que j’aurai peut-être un long comment à traverser dans ce désert, sans boussole et sans eau.

Réf.:

friable [fʀijabl] adjectif (du latin, de friare « briser »)
Qui peut facilement se réduire en menus fragments, en poudre. Galette à pâte friable.





Le grand froid

12 09 2016

J’ai les mots morts en moi, comme ces morceaux de casse-tête seuls sur cette table. Comme un mobile immobile, je reste là suspendu dans l’air, au milieu de toi avec toujours cette même impression que rien a changé, tout est pareil, je suis toujours là pour toi, simplement parce que j’en ai envie. Je suis incapable de passer à autre chose, de penser à autre chose, de faire autrement. Je suis surement capable, mais je n’en ai aucune envie. Je suis comme un vieux film qu’on a mis sur pause, comme ce jouet dans le bac à sable, espérant qu’on vienne le retrouver. Le temps passe, mais jamais l’envie de te serrer, toujours et encore dans mes bras, une autre fois. Sans que les gens soient tristes, sans qu’il y ait de raison, sinon simplement que c’est bon. Je me suis tue à tue-tête, simplement parce que personne ne voulait m’entendre, simplement parce que je ne voulais pas le voir. Chaque matin est lourd, comme le précédent, rien ne grandit, rien ne diminue, tout reste immobile dans le temps. Mes sentiments restent là, ils ne savent que faire, ils ne savent comment se consoler, car ils ne savent pas pourquoi on les a abandonnés. Ils ont gelés, comme si on leur avait annoncé la mort d’un trop proche pour être vrai, ils n’ont pas compris, parce qu’il n’y avait pas de mots. Je ne parle plus de bonheur, de rêve ou de fantasme. Je ne parle plus. Ce matin, je me suis obligé ce matin à vomir des mots qui me paraissent inconnus, qui me font pleurer, car ils me semblent tout de même vrais. Tu es partie et depuis ce temps, j’ai arrêté.





J’itinérance

20 06 2016

Je laisse trainer des mots vides, simplement pour ne pas oublier comment écrire. J’ai pensé utiliser ce livre où les idées ne manquent pas, mais je suis tombé au hasard sur un truc qui parlait de mariage, je me suis dit que c’était pas nécessairement bon pour moi de me décomposer là-dessus aujourd’hui, comme ce ne l’était pas pour moi hier et probablement demain non plus. Le plus près que je sois passé du mariage, c’était des fiançailles, peut-être beaucoup trop jeune, pour elle. Elle venait d’être libérée de son foyer parental et je lui laissais aussi sa liberté, elle c’est envolée. L’autre moment, c’était des femmes mariées, où on jouait de charme tant que la réalité ne frappait pas. Elle frappe toujours la réalité. Pour moi c’est toujours le matin, très tôt, en même temps que le soleil se lève sur une nouvelle journée. J’aime aimer, j’en suis peut-être amoureux de ce sentiment. Je choisis quand même qui j’aime, peut-être à tort, peut-être de travers. Trop de questions s’imposent à moi. Je suis maitre que de mes sentiments, me valeur, mes rêves. J’ai toujours rêvé d’enfant, de mariage, de famille. J’ai toujours rêvé, de passion, d’amour, d’amitié. Aujourd’hui seul devant moi, je me regarde, un peu triste de ce qu’il me reste, un peu nostalgique de ce qui est passé, qui ne repassera plus, des bribes de bonheur parfois plus longues les unes que les autres. Mon image se décompose dans la glace, la chaleur immense me fait perdre la tête. Je tournoie puis m’assois un instant pour penser à moi. Où me suis-je mis, dans toutes ses histoires. Je suis l’itinérant en quête d’amour et parfois, on me lance avec dégout une poignée de mécènes. J’ai la parabole agile, mais rien ne dure, tout s’envole, comme ce que je suis, j’oublie, j’oisive seul sur ma branche. La seule chose que je me souvienne, c’est que je n’arrête pas d’oublier, de m’oublier. J’hypothèque à frais virés ma conscience loin d’être tranquille, me disait que l’intérêt viendra plus tard, que j’en tirerai des bénéfices, qu’un jour je deviendrai un arbre fruitier. Tout le monde aime quand l’on fructifie. Je me réveille, souvent trop tard, au pied de l’arbre trop sec, trop vide, comme un arbre… bien trop seul.

 





T’avais peut-être raison…

1 04 2016

T’avais peut-être raison.

Moi je garde tout, longtemps, un conservateur de la plume, du mot, du vêtement, de tout ce que j’ai, peut-être même toi. Je garde tout, longtemps parce que j’aime ce que j’ai, j’y fais attention, j’en prends soin, tout le temps. Je crois que j’ai aussi fait ça avec toi, j’ai pris soin de toi. Je suis conservateur, je respecte tout ce qui m’entoure, je suis le plus fidèle des hommes que je connaisse, en fait je ne crois pas connaitre d’homme qui ne s’est jamais égaré un jour, parce qu’il faisait soleil et que le vent soulevait trop la robe sous son regard distrait. Je suis comme ça, je donnerais tout ce que j’ai, trouverais tout ce que je n’ai pas, pour faire plaisir aux gens que j’aime. Parce que mes parents étaient comme ça, parce que j’ai grandi dans ça, chaque jour de ma vie. J’ai toujours voulu donner le beurre, l’argent du beurre et j’ai même probablement préparé une petite recette avec les restes, juste pour être sûr que personne ne perde rien.

Hier, pour me consoler, j’ai lu des vieux mots, des mots d’amour, des mots des autres qui avaient des mots pour moi, de mot beau « Tu me manques déjà », « J’ai déjà hâte de te revoir », « Mes vêtements portaient ton odeur, c’était hallucinant! » des mots qui sont d’un passé décomposé, d’un passé avant toi où ce que je faisais plaisait, où ce que je faisais m’était rendu. Des « Je pense à toi », « tu me manques » et même jusqu’à « PS. Je t’aime! », bien avant que le film sorte. Des mots qui sont morts, que je me suis rappelé hier, en fouillant dans ce que je gardais, simplement pour me rappeler que ces mots-là existent pour moi aussi, mais pas avec toi, t’avais raison.

Après pour comprendre, j’ai regardé les mots entre nous, les mots qui ont existés parce qu’il y en a eu. Nos premiers échanges, futiles, sur le sexe, ça oui il en a eu, ils sont morts avec notre consommation, on a plus eu besoin de dire, on faisait. Après, ce qui se rapprochait le plus de tes mots d’une marque d’affection ressemblait à un jeu de tic-tac-toe.

Puis, des mots durs, des mots qui m’ont fait arrêter de pleurer, presque instantanément, parce que j’ai comme compris, que t’avais raison. Des mots qui arrivaient toujours de la même façon, quelques mois après un voyage, quelques semaines avant ta fête. Il y a deux ans, je ne comprenais pas ces mots, j’ai tenté d’essayer, de voir, de pousser ma luck. Après la première fois, on s’est laissé, on s’est retrouvé, ça avait changé. Les mêmes mots, tu pourrais probablement me les dire aujourd’hui, du moins c’est tout ce que je peux imaginer.

Et encore, j’ai remarqué qu’il était plus facile de réutiliser mes mots plutôt que de comprendre ce qui se passait chez toi « t’a raison, je sais pas ce que je veux », « Je suis pas certaine de l’avoir jamais su ». « Je suis une éternelle insatisfaite! », avec moi en arrière-plan, qui rame pour tenter d’atteindre ton ile. Moi qui tentais de combler chaque petit vide que je saisissais au vol, histoire de garder ton sourire. Ça marchait, ça marchait toujours, un moment, puis, de moins en moins longtemps, jusqu’à ce que tout revienne, comme il y a deux ans.

Maintenant, je vais arrêter d’être fâché après moi, pensant qu’il y a quelque chose que je n’ai pas fait, de toute façon, tu ne me l’aurais pas dit. Je suis pris dans un tourbillon d’émotion qui change depuis trop longtemps. T’as même décidé de me tuer, quelque part entre décembre et maintenant, quand on avait tant de complicité. Aujourd’hui je n’existe plus, alors je m’écris à moi-même, pour simplement me soulager des maux que je gère en silence.

Ce qui reste de nous se déconstruira avec le temps. Là je suis trop fâché, fâché après moi, fâché d’être encore capable de t’aimer, d’avoir envie que tu sois heureuse, de te souhaiter toujours le meilleur. Chaque jour est lourd, de moins en moins, surtout ce matin. On ne peut se battre contre le vent. Personne ne pourra jamais te donner totalement ce que tu désires, et ça, c’est vrai pour tout le monde, t’apprendras peut-être un jour à faire avec.

T’avais peut-être raison, mais je me souviens plus vraiment à quel sujet cette fois-ci.





Cherche

26 03 2016

Ce matin je t’ai cherché, dans mes draps pour me coller. J’avais l’impression de tourner en rond dans un grand lit rectangle, ça ne faisait aucun sens. Je sais que tu n’étais pas là, je sais que tu es plus là, j’ai tout de même tenté ma chance. Je ne fais jamais les choses par habitude, je fais les choses parce qu’elle mérite d’être faite. Te chercher ce matin, je me suis dit … des fois que. Le chat couché en boule sur un vieux pyjama qui trainait là, il m’a regardé, j’ai compris, j’ai pleuré. J’ai pleuré pour plein de raison, tel que remplir le vide, l’eau on sait que ça remplit bien n’importe quoi d’assez étanche. J’ai pleuré pour me vider de ma peine, c’était comme des verres communiquant, avec la seule impression que ça ne fonctionnait pas, qu’il en restait toujours un peu, profondément, quelque part, quelque chose qui voulait pas partir, comme rattaché à toi, parce que je t’aime, parce que le vide se replis pendant longtemps. Je t’ai cherché toi longtemps, j’ai toujours un peu cherché en fait, même quand tu étais là, j’ai cherché à me faire aimé, à ne pas me faire oublier. C’est fou de mettre autant de temps dans un projet qui n’en est pas réellement un, dans une histoire qui se finit un jour. J’ai toujours eu de la misère à lire pour cette raison, je n’aime pas les histoires qui terminent, surtout quand je trouve qu’elles sont belles, on aurait envie d’en écrire des pages et des pages encore, pour ne pas que ça se termine, pour que ça chemine au long des chapitres. Je n’ai jamais lu en diagonale, je ne sais pas comment, je ne veux pas savoir comment, j’aime trop ces mots qui me parlent de toi, un peu dans chaque histoire. Il y a des chances que je cherche longtemps comment, pourquoi, quand, les trois mousquetaires d’une réflexion qui fait aucun sens. Je sais quand, je ne sais pas pourquoi ni comment. J’ai l’impression d’avoir tout faite pour pas que ça arrive, j’ai l’impression de n’avoir rien fait pour que ça arrive non plus. Le silence m’horripile, je sais que je dois mettre fin à ma recherche, que ça ne servira à rien, comme du temps de la ruée vers l’or, ce que l’on veut est rarement ce que l’on trouve.





Le large

9 11 2014

J’ai peur que tu m’oublies, j’y ai rêvé mercredi, je te serrais fort dans mes bras et tu glissais doucement entre mes doigts. Tu glissais comme le sable, celui d’un sablier, ou celui de la mer, celui qui glisse doucement sans que je ne puisse rien y faire. Je n’ai jamais cru que le sable serait si cruel, sauf quelques fois oui, dans mes souliers, où il s’était infiltré en douce pour me blesser juste un peu, un petit peu, à chaque pas que je faisais. Il est parfois si doux, si fin, si chaud lorsqu’avec toi j’y marchais en même temps que le soleil glissait dans sa fente pour passer la nuit. Je m’ennuie du sable, du soleil, de toi. J’ai enlevé mes souliers, parce que ça me faisait mal. Je ne croyais pas que tu prendrais le large, si vite, trop vite. Doucement vers la mer je te voir repartir, j’ai le coeur gros et encore tant à te dire. Ces mots qui glissent comme des galets qu’on utilise pour les ricochets, propageant l’écho à la surface de l’eau, tombant dans l’oubli bien avant la nuit. Je suis pétrifié, cherchant où je dois aller, j’ai perdu mon sens, j’ai perdu mon essence, j’ai perdu dans la mer bien plus que mon coeur de pierre.





Eau trouble

6 07 2014

Je me suis oublié, il y a quelques jours, pour ne pas penser à toi. Ça m’arrive parfois, quand je vais moins bien que la veille. C’est comme si ça se remplie, comme un vase, un moment, j’ai un creux, je me remplis de tristesse, un grand vase de tristesse, je pense plus à moi, je me lance une grenade en pleine gueule. Je ne sais jamais pourquoi exactement je fais ça. Quand je me relève, je suis mal amoché, j’ai oublié une partie de moi, j’ai détruit une partie de ce que je suis, rien n’est différent, rien n’est réglé. Sinon, j’ai mal à ce vide revenu, je le remplis à nouveau de tristesse, jusqu’à ce que je vois trouble, les yeux en larmes, mais n’entendant pas l’alarme. Je dois bien être protégé de quelconque façon, je me relève chaque fois, après chaque détonation, même si ça ne fait qu’une chose, agrandir ce trou béant, que je remplis jour après jour de sombre, de noir, de tristesse insoluble.





À quoi tu joues?

24 06 2014

« À quoi tu joues? » que je lui ai demandé, avant qu’elle ne se mette à tourner sur elle même, nue, étant dans son bras et son doigt devant, venant de se lever promptement du lit dans lequel elle dormait à ses cotés. « À quoi je joue hein? Mais je ne joue à rien! » ne cessant sa ronde, les yeux un peu fous, les yeux un peu flous. J’étais pourtant là, à côté, quand ils se sont regardés, pour la première fois. Comme un tableau dessiné, moi je les regardais, mais eux ne me voyaient pas, encore une fois. La rage me brûlait, me consumait en dedans. Je n’osais plus bouger, ne pas faire de bruit, simplement regarder jusqu’où ça pouvait aller. Les têtes se rapprochant, mon coeur s’arrêtant chaque fois, un peu de battre pour elle, puis reprenait, simplement pour la haïr davantage. Flash, je suis là à côté, dans le même lit, dans de beaux draps, où les mouvements ne laissent rien deviner, car ils ne sont que là, bien réel. « À quoi tu joues? » que je lui ai demandé, sans désir profond de le savoir, trop blessé, trop brisé par l’instant, partant, me réfugiant, seul, encore. Mes larmes coulant sur mes joues, ne voulant plus d’explication, ne voulant que le silence, le coeur déchiré, mais pire encore, l’être réduit à néant, vide et vivant. J’ai crié « Nooooon! » et ça m’a réveillé, les larmes coulaient pour de vrai, c’était comme un rêve, mais en vrai.





Dollars d’argent, étoiles dorées

23 01 2013

Ça faisait quand même un temps que j’étais là. J’avais la tête qui ne reconnaissait plus le nord, plus vraiment de point de repère en fait. Des jours, des mois… voir des années, je ne sais plus vraiment, quand tu étais là, tu m’orientais, tu me remettais les pieds sur terre, tu m’attachais, m’enlaçait, sans arrêt. Je sentais le temps passé, doucement, sur ton visage, parce que je te faisais trop sourire, j’aimais ça. Là, la solitude du temps qui pèse m’écrase dans ma cellule, seul vaisseau pour je ne sais où. J’ai appris à me comprendre, à te pardonner de ne pas être là. En fait, ce n’était pas ta faute, je n’avais pas de place. J’ai pris un calepin en guise de toi, un crayon, pour t’écrire des lettres que tu ne liras peut-être pas, je ne sais même pas si je te reverrai. Tu sais que je suis parti sans un autre choix que celui-ci. Je devais partir, c’était peut-être mon unique chance. Seras-tu là à mon retour, reviendrais-je? Ici tout est vaste, tout est vide, tout est noir. Tout est comme moi en fait, j’ai l’impression d’être fait pour cet espace. On ne m’a pas dit vraiment où je m’en allais, mais j’ai toujours voulu, c’est ce que je disais quand j’avais cinq ou six ans, je veux être astronaute. De toute façon, je ne les aurais pas compris, moi le russe, je ne connais que les Da, Niet et autres composants de salutation simple souvent lier à l’alcool. J’ai pris en cachette les dollars d’argent appartenant à mon père, je les ai mis dans ma poche, sous ma combinaison. C’est en fait celles qu’il m’a laissées en quittant lui aussi, pour son voyage, je ne sais pas si je le reverrai un jour, ma nièce disait qu’il était la lune, je ne l’ai pas vu. J’ai arrêté mon voyage, à quelque reprise, le temps d’une pause, de refaire les ravitaillements dans les différents points d’ancrage éparpillés dans une galaxie qui est beaucoup trop vastes et en voie de développement. Chaque fois que j’ai arrêtée, j’ai déposé dans l’espace un dollar d’argent, en suspend dans l’univers, bien placé pour que le soleil y reflète, bien en place pour que tu puisses les voir. J’ai pris la peine de viens les polir avant de partir. Le soleil sur de l’argent, une étoile dorée pour toujours de regarder, pour que tu saches que je pense à toi, pour que tu saches où je suis, à jamais dans l’univers. Quand quand je prends ce temps pour t’écrire, j’ai l’impression d’être avec toi et je m’ennuie terriblement.

Sujet : Vous êtes un astronaute, décrivez votre journée parfaite.<

P.-S. Pour une meilleure compréhension, lire en prenant en considération que le narrateur est mort.