Sans raison, parce que si la raison s’en mêlait ça ne serait pas la même chose. Je ne pense pas à ce genre de chose, je laisse aller comme c’est, tout simplement parce que ça existe, du moins en moi. Le seul moment de raison que j’ai, c’est au début, probablement que c’est parce que je me souviens de la fois d’avant, la fois qui a fait mal, la fois avant toi, ou même celle d’avant. Je le sais parce que quand je le sens, ça m’effraie terriblement, un petit moment de raison à qui je dis de la fermer, pas toujours rapidement, parce que j’aime mieux quand elle n’est pas là, c’est plus naturel, plus instinctif, ressenti, vrai. Tu sais, on ne la perd jamais vraiment la raison, elle finit toujours par raisonner quelque par dans notre tête, à tue-tête. J’aime les vraies choses, les vrais sentiments, la vraie lumière qui scintille dans le coin de ton oeil parfois. Tu ne l’as pas vu dans mon oeil, chaque fois que je te vois? C’est une peu ça, pas besoin d’être sorcier, d’être clair, d’être réfléchi, c’est là, c’est tout. Je pourrais t’en donner des raisons, plein, mais ça n’appartiendrait qu’à la raison justement, ça explique, mais ne justifie pas, ça rassure les cartésiens, les artistes eux, ils s’en foutent pas mal de déraisonner, d’être déraisonnable. Ton nez dans mon cou, ta voix dans ma voiture, qui s’époumone sur trois petits accords, ta bouche, ton côté fillette, tes peurs, tes rêves que tu ne partages que très rarement par peur d’être jugée peut-être, ou peut-être parce que ce n’est justement pas raisonnable. Ton dos nu sur lequel j’empêche mes mains de se promener pour ne pas te réveiller. Tout de toi. Alors, si tu te demandes pourquoi je t’aime encore, c’est parce que t’es toujours toi… et que moi non plus je n’ai pas changé… mais ta question en soi répond à la mienne.
Magnifiquement beau !